CREVASSES LONGITUDINALES
carpé, arrive à une plaine moins inclinée, qui lui permet de s’étendre librement dans le sens latéral, son mouvement se trouve en partie arrêté, et la partie du glacier qui occupe la plaine subit la pression des parties qui descendent des hauteurs. Ici, la ligne de poussée se trouve dans la direction de la marche du glacier, et la ligne perpendiculaire à celle-ci est une ligne de tension. Le glacier se brise perpendiculairement à cette dernière, et c’est ainsi que se forment les crevasses longitudinales.
Nous trouvons des exemples de ces crevasses dans la partie inférieure du Glacier du Rhône, vu de la Passe de Grimsel, ou d’un point quelconque des montagnes qui le bordent.
Influence de la courbure du glacier. — Il ne nous reste plus à discuter qu'un seul point, et nous en savons assez pour le comprendre facilement. Vous n’avez pas oublié qu’au commencement de nos recherches, lorsque nous avons traversé la Mer de Glace, en allant du bord du Chapeau au bord du Montanvert, nous avons remarqué que le bord du Chapeau avait plus de fissures que le centre ou le bord du Montanvert. Quelle en est la raison? Comme nous savons maintenant que le bord du Chapeau marche plus vite que l’autre bord du glacier, et que le point de plus grande vitesse se trouve, non au centre, mais assez loin à l’est, nous pouvons très-facilement répondre à cette question.
Soient ab et CD les deux bords recourbés de la Mer de Glace, au Montanvert, et soit mn une ligne droite qui traverse le glacier. Appelons o le point de plus grande vitesse. Voici comment on peut expliquer les conditions mécaniques auxquelles se trouvent soumis les deux bords du glacier. Supposons que mn soit un cordon élastique
fOi LES CURIOSITÉS DES GLACIERS
dont les extrémités s’attachent à deux points fixes; saisissons ce cordon entre le pouce et l’index, au point o, et
tirons-le jusqu’en o', de telle sorte que la distance entre o' et le côté dc reste constante. Alors la longueur no du cordon sera devenue no', et la longueur mo sera devenue mo', et l'on voit aisément que l’allongement de la partie no est relativement plus grand que celui de mo. En d’autres termes, la tension de no' est plus grande que celle de mo', de sorte que si cette tension doit déterminer une rupture, elle s’opérera plutôt sur la ligne la plus courte.
Ces deux lignes représentent l’état de tension des deux bords du glacier. Les bords sont retenus, et le centre tend à avancer, ce qui détermine une tension entre le centre et les bords. Mais le déplacement du point de plus grande vitesse dû à la courbure de la vallée, rend la tension plus grande sur le bord oriental que sur le bord occidental. C’est pour cela que les crevasses sont plus nombreuses sur le bord oriental du glacier que sur le bord occidental.
De là vient la difficulté que l’on trouve à suivre le bord oriental de la Mer de Glace, ce qui a été une des raisons pour lesquelles nous avons traversé le glacier en face du Montanvert. Le bord oriental présente deux courbures convexes pour une qui se trouve sur le bord opposé, et par conséquent, à tout prendre, c’est le bord oriental de la Mer de Glace qui est le plus crevassé.