GLACES ET BANQUISES ARCTIQUES
afin de ne laisser place à aucune erreur due à cette cause, je citerai comme autorité le journal d’un explorateur calme et intrépide des mers arctiques , Sir Léopold M« Clintock. Il décrit une banquise de 250 pieds (76 m ) de haut, qui était échouée dans un endroit où la mer avait une profondeur de 500 pieds (152“). Il fallait donc que la hauteur totale de la banquise fût de 750 pieds (228“), ce qui n’est pas rare pour les grandes banquises.
De la baie de Baffin, ces masses énormes passent dans le détroit de Davis, et de là dans l’océan Atlantique. Il faut beaucoup de chaleur pour liquéfier la glace ; aussi la fonte des banquises est-elle si lente, que les plus grosses résistent quelquefois encore après avoir été entraînées à près de 2000 milles de l’endroit qui les a vues naître.
Quel est cet endroit? Ce sont les glaciers des régions arctiques. Du haut des montagnes de l’intérieur, les neiges durcies glissent dans les vallées et les remplissent de glace. Les glaciers ainsi formés se meuvent et descendent sans cesse comme ceux de la Suisse. Mais les glaciers arctiques arrivent à la mer, et y entrent ; souvent même ils en labourent le fond et y tracent des moraines sousmarines. Minés par l’action des vagues, et incapables dé résister à l’effort exercé par leur propre poids , ils se rompent transversalement, et laissent tomber dans l’océan des masses énormes. Quelques-unes vont s’échouer sur les côtes voisines, où elles se maintiennent souvent pendant plusieurs années. D’autres s’acheminent vers le sud, et finissent par se dissoudre dans les eaux chaudes de l’Atlantique. La figure i de la planche VI a été copiée sur une photographie prise par M. Bradford dans une des dernières expéditions aux mers polaires. La figure 2 représente une masse de glace observée sur le Glacier
des Bossons. Leur ressemblance annonce leur commu* nauté d’origine.
L'Æggischhorn, La Mârgelin See et ses banquises. — Je ne veux cependant pas que vous quittiez la Suisse sans voir les banquises qu’elle peut montrer; d'ailleurs j’ai aussi à vous faire connaître des glaciers encore plus imposants que la Mer de Glace. En cherchant la source du Rhône, vous avez déjà remonté la vallée de ce fleuve. Retournons ensemble à cette vallée ; arrêtons-nous à la petite ville de Viesch, et de là rendons-nous tout droit à l’excellente hôtellerie qui s’élève sur le flanc de l’Æggischhorn. C’est là que nous allons établir notre quartier général, pendant que nous explorerons le roi des fleuves de glace de l’Europe, — le grand glacier d’Aletsch.
Avec le plus long de ses affluents, ce superbe fleuve de glace a environ vingt milles de long ; et, vers le milieu de son cours, il a près d’un mille et quart d’une rive à l’autre. Les plus grandes montagnes de l’Oberland bernois, la Jungfrau, la Monch, le Trugberg, l’Aletschhorn , le Breithorn, leGlethcserhorn, et bien d’autres cimes élevées, alimentent ses névés. De trois grandes vallées situées au coeur des montagnes, ces névés tombent, et se réunissent pour former le tronc de l’Aletsch en un endroit qu’un montagnard d’esprit a nommé la « Place de la Concorde de la nature. j> Si cette expression signifie grandeur calme, beauté de formes et pureté de teintes, elle est bien à sa place.
Notre hôtel n’est pas au haut même de l'Æggischhorn, mais nous partons dès le matin, et une marche rapide nous suffit pour atteindre le sommet. De là nous voyons le glacier qui, semblable à un large fleuve, s’étend en haut jusqu’à la base de la Jungfrau, et en bas plus loin encore