‹ Les glaciers et les transformations de l'eauChapitre 46 sur 126 · LA MARCELIN SEE · texte numérisé non relu

LA MARCELIN SEE

que le Bel Alp. En se portant plus bas encore, nos regards rencontrent le plus beau groupe de montagnes de toutes les Alpes, — je veux dire le Dom et les pics voisins, le Matterhorn et le Weisshorn. C’est là un spectacle vraiment grand etimposant, à l’effet duquel viennent encore ajouter une multitude de pics et de crêtes que nous ne pouvons nommer ici.

Mais tout au fond, à notre droite, au milieu des montagnes qui l’abritent, se présente un objet dont la beauté surprend ceux qui n’y sont pas préparés. C’est, dans le lointain, le flanc nu du glacier, qui présente à la vue de brillantes falaises de glace, de soixante ou soixante-dix pieds de haut. On dirait qu’en cet endroit l’Aletsch cherche, sans y parvenir, à passer un bras par une vallée latérale. Autrefois en effet, ce bras passait par cette vallée; mais maintenant il se brise constamment tout près du corps du glacier, et un grand espace, que la glace couvrait autrefois, est rempli par les eaux qui proviennent de sa fonte. Ces eaux forment un lac du plus beau bleu , qui arrive jusqu’à la base des falaises de glace, les mine comme les vagues de l’océan arctique minent les glaciers du Groënland, et reçoit les masses qui se brisent et s'en détachent. Tandis que nous contemplons le lac, nous voyons flotter à sa surface tranquille de petites banquises, qui ont l’air d’autant de cygnes au plumage blanc, chacun accompagné de son ombre.

C’est là le beau petit lac de Mârgelin, ou, comme on l’appelle dans le pays, la Mârgelin See. Vous voyez l’eau qui rejaillit, et aussitôt après vous entendez le bruit que fait la glace en plongeant. Le glacier vient de se briser sous nos yeux, et il a laissé tomber une banquise dans le lac. Sur toute la surface du lac l’eau est en mouvement, et

représente ainsi sur une petite échelle les vagues énormes produites par les grandes îles de glace qui tombent des glaciers arctiques. Regardez l'extrémité du lac. Elle est encombrée des restes de grands glaçons maintenant échoués, qui y ont été en partie poussés par le vent, et en partie lentement amenés par l’eau qui se dirige insensiblement de ce côté.

Supposons un moment que nous soyons en bas, sur le bord du lac, comme il m’est déjà une fois arrivé de m’y trouver. Vers le milieu se trouve une grande banquise isolée. Tout à coup nous entendons un bruit semblable à celui d’une cataracte; nous regardons du côté de la banquise, et nous voyons l’eau ruisseler de ses flancs. D’où vient cette eau '! La fonte de sa partie inférieure a peu à peu déplacé le centre de gravité de la montagne de glace; elle perd l’équilibre, et, en se renversant, elle entraîne avec elle une énorme quantité d’eau qui se précipite en cascade le long de ses flancs. Remarquons que la glace, qui était, un instant auparavant, aussi blanche que la neige, présente maintenant la couleur bleu pâle qui caractérise la glace bien compacte. Mais l'action du soleil va bientôt la rendre blanche comme nous la voyions tout à l’heure. Les banquises plus énormes encore des mers polaires se renversent quelquefois de la même façon. Une semaine passée sur l’Æggischhorn ne serait perdue ni pour le plaisir ni pour l’instructioh.

LeBelAlp. — De l’Æggischhorn je pourrais vous mener, en suivant la crête de montagne qui longe la Betten See, dont nous avons déjà goûté les poissons, jusqu’au Iiieder Alp, et de là, en traversant l’Aletsch, jusqu’au Bel Alp. C’est là une belle excursion dans les montagnes; mais nous aimons mieux suivre le glacier qui nous mènera jus-

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