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ANCIENS GLACIERS DE LA SUISSE

vallée. Il est hors de doute qu’un fleuve de glace de cette profondeur étonnante a autrefois coulé dans la vallée de Hasli.

Plus loin est le sommet du Siedelhorn ; et, si nous le gagnons, nous verrons le glacier de l’Unteraar s’étendre à nos pieds comme une carte. De cette position élevée nous distinguons, parfaitement marquée sur les flancs de la montagne, la hauteur à laquelle le glacier arrivait autrefois. La partie de. la montagne que la glace a usée, se distingue parfaitement des crêtes crevassées qui, à cette époque reculée , s’élevaient au dessus de la surface du glacier, et qui devaient alors présenter l’aspect de crêtes et de pics isolés au milieu d’un océan de glace.

Nous descendons maintenant le Siedelhorn pour rentrer , dans la vallée de Hasli, le long de laquelle nous suivons les traces de la glace, sur une distance de plus de vingt milles : ce sont des précipicee cannelés, des plaques polies et des dômes de granit parfaitement arrondis. Ces traces sont visibles à une grande hauteur, à droite et à gauche, sur les flancs de la montagne. Nous suivons les vestiges du glacier jusqu’au lac de Brienlz ; et si nous prolongions nos recherches, nous apprendrions qu’à l’époque dont nous nous occupons, les bassins de tous les lacs de cette région supportaient la pression d'immenses masses déglacé.

Au lieu de la vallée de Hasli, nous pourrions prendre celle du Rhône. Les traces d’un grand glacier qui remplissait autrefois cette vallée sont visibles jusqu’à Mar? tigny, qui se trouve à CO milles du glacier actuel. A Martigny, le glacier du Rhône se grossissait d’un autre glacier qui descendait du mont Blanc, et les masses soudées s’avançaient, en rabotant les montagnes à droite et à gauche, jusqu’au lac de Genève, dont elles remplissaient

entièrement le bassin. D’autres preuves démontrent que le glacier ne se terminait pas là, mais s’étendait à travers le pays jusqu’à ce qu’il rencontrât la barrière du calcaire des monts Jura.

Blocs erratiques. — Quelles sont ces autres preuves? Nous avons vu d’énormes rochers en équilibre sur les moraines de la Mer de Glace, et nous savons maintenant qu’à moins qu’ils ne soient fendus et morcelés par la gelée, ces rochers seront, dans bien longtemps peut-être, transportés par le glacier des Bois dans la vallée de Chamouni. Vous avez déjà appris que ces blocs révèlent souvent la nature minéralogique des montagnes entre lesquelles le glacier a passé ; que celui-ci apporte ainsi dans la vallée des échantillons tout à fait différents des rochers parmi lesquels ils finissent par s’arrêter : c’est ce qui arrive d'une manière frappante pour les blocs erratiques échoués le long du Jura.

En effet, le Jura lui-même, nous l’avons déjà dit, se compose de roches calcaires ; il ne se trouve dans ces montagnes aucune trace de granit natif. Malgré cela, le long du flanc de la montagne, au-dessus de la ville de Neufchâtel, et à environ 800 pieds au-dessus du lac de Neufchâtel, nous trouvons une ceinture de blocs de granit qui proviennent du mont Blanc. Et quand nous enlevons la terre végétale du flanc de la montagne à côté de ces blocs, nous trouvons sur les roches calcaires les écorchures faites par l’ancien glacier qui a apporté le granit.

Le plus fameux de ces blocs, appelé la Pierre à Bôt, a 50 pieds de long, 40 de haut, et 20 de large. Si nous faisons le produit de ces trois nombres, nous trouvons que le volume du bloc est de 40000 pieds cubes (plus de 410 m. cubes).

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