ANCIENS GLACIERS DE L’IRLANDE
souvenir de nos excursions dans les Alpes vous fera néces sairement appeler mon attention sur les traces marquées sur les rochers, traces que vous attribuerez sans hésiter à l’action des glaciers. Ainsi mis sur le qui-vive, nous débarquons à l’extrémité du lac, et nous remontons la Vallée Noire jusqu’au pied des Reeks de Magillicuddy : tout vous portera à conclure que cette vallée porte des traces aussi surprenantes que celle de Hasli.
Nous nous rembarquons et retournons à l’auberge en suivant le lac d’en haut. Ses Ilots ont maintenant un nouvel intérêt pour nous. Les uns sont nus, les autres couverts entièrement ou en partie d’une végétation luxuriante; mais tous portent les traces des glaciers. L’action des siècles n’a pas changé leurs formes : rocher du Canon, Cercueil du Géant, Vaisseau de Guerre, tous sont sculptés comme si le ciseau y avait passé de notre temps. Ces lacs, maintenant embellis par une ceinture de bois verdoyants, étaient autrefois tous occupés par la glace. Elle a disparu, et le vent a apporté ici, des régions voisines, les graines des arbres, des arbustes, des fougères et des herbes qui font la beauté de Killarney. L’homme même n’a, dit-on, paru sur le globe qu’après cette période glaciaire ; mais sur l’époque réelle de cette apparition et la manière dont elle s’est faite, on ne peut guère prétendre en savoir bien long, depuis qu’on a donné un sens nouveau aux récits et aux mythes magnifiques de la Bible, pour les mettre d’accord avec la science.
L’esprit humain a une tendance naturelle à porter ses regards en arrière et en avant; il voudrait reconstituer le passé et dévoiler l’avenir. Grâce à cette tendance, les données auxquelles nous arrivons à force de patience et de pénibles travaux, nous permettent de ramener en esprit
un état de choses qui a existé des milliers, et peut-être même des millions d'années avant le commencement de l’histoire de la race humaine.