THÉORIE DE LA PLASTICITÉ
En 1760, Altman et Grüner émirent l'idée que le3 glaciers avancent en glissant sur leurs lits. Près de quarante ans plus tard, de Saussure fit revivre cette idée, qui a en conséquence été appelée la « théorie de de Saussure » ou a théorie du glissement » sur le mouvement des glaciers.
Il n’y avait cependant aucune raison de rattacher le nom de de Saussure à cette théorie des glaciers, ou à toute autre. Entièrement occupé d’observations d’un autre genre, cet homme célèbre a consacré très peu de son temps ou de ses réflexions à la question du mouvement des glaciers. Ce qu’il a écrit sur ce sujet semble moins l’élaboration d’une théorie que l’expression d’une opinion.
Théorie de la plasticité. — Aucun de ces écrivains n’attribue à la glace des glaciers la viscosité ou plasticité; et cependant, l’apparence que présentent un grand nombre de glaciers suggère si bien cette idée, que nous sommes sfr s qu’elle aurait été exprimée plus souvent, si elle n’avait semblé si complètement en contradiction avec ce que nous savons de la glace par l’expérience de tous les jours.
Néanmoins cette idée trouva des défenseurs. Dans un opuscule, publié en 1773, sous le titre de « Voyage pitto-, resque aux glaciers de la Savoie, » Bordier de Genève écrivait ce qui suit : — « Il est temps, maintenant, de considérer tous ces objets avec les yeux de la raison ; d’étudier d’abord la position et le mouvement des glaciers, et de chercher l’explication de leurs principaux phénomènes. Dès que l’on regarde les montagnes de glace, une observation se présente qui semble suffire à tout expliquer : toute la masse de glace est une et avance en descendant comme le font les liquides. Considérons donc la glace, non comme une masse entièrement rigide ët immo-
bile, mais comme un amas de matière coagulée, ou comme de la cire molle, flexible et ductile jusqu’à un certain point t. » C’était probablement la première fois qu’on exprimait l’idée de la plasticité de la glace.
Pour nous qui sommes familiarisés avec l’aspect des glaciers, il doit nous sembler étrange qu’une fois exprimée, cette idée n’ait pas été sur-le-champ admise et développée. Mais les explorateurs étaient rares à cette époque, et il est probable que le Voyage pittoresque était peu connu, de sorte que l’idée de la plasticité de la glace sommeilla encore pendant plus d’un demi-siècle. Mais à Bordier succéda enfin un homme d’une portée et d’une pénétration scientifiques bien plus grandes; je veux parler de Rendu, prêtre catholique et chanoine, à l’époque où il écrivit son ouvrage, et plus tard évêque d’Annecy. En 1841, Rendu soumit à l’Académie royale des sciences de Savoie sa « Théorie des glaciers de la Savoie, » ouvrage à jamais mémorable 2 .
Rendu saisit avec autant de puissance que de clarté l'idée de la plasticité des glaciers, et la suivit résolûment dans toutes ses conséquences. Nous ne savons s’il avait jamais lu l’ouvrage de Bordier ; il est probable que non, car il n’en dit pas un mot. Je veux vous citer quelquesunes des expressions de Rendu, bien qu’elles ne donnent pas encore une idée suffisante de sa pénétration et de la
précision de sa pensée : — « Entre la Mer de Glace et un
fleuve la ressemblance est si complète, qu’il est impossible de trouver pour le glacier un seul fait qui ne se
Je dois ici exprimer ma reconnaissance à mon éminent ami, le professeur Studer de Berne, qui a appelé mon attention sur le livre de Bordier, ainsi qu’à mes amis du Musée Britannique, qui se sont donné la peine de le trouver pour moi.