PLUIES TROPICALES
les pluies les plus fortes tombent dans les régions qui reçoivent les rayons verticaux du soleil. Examinons avec plus de soin l’origine de ces pluies.
Supposons que l’on ait rempli une vessie aux deux tiers avec de l’air pris au niveau de la mer, et qu’on la porte au sommet du Mont Blanc. A mesure que l’on monte, la vessie se gonfle de plus en plus ; au sommet de la montagne, elle est complètement tendue, et résiste évidemment à la pression du dedans. Mais, si l'on redescend au niveau de la mer, on la verra se détendre peu à peu, et redevenir aussi flasque qu'auparavant.
Le fait s’explique facilement. Au niveau de la mer, l’air contenu dans la vessie a à supporter la pression de toute l’atmosphère, ce qui le réduit à un volume assez petit. Quand on gravit la montagne, on laisse au-dessous de soi une partie de l’atmosphère de plus en plus considérable ; la pression diminue d’autant, pendant que l’air contenu dans la vessie réagit par sa force d’expansion, et gonfle celleci de plus en plus. Au sommet de la montagne, la dilatation de l’air intérieur tend complètement la vessie, parce que la pression intérieure est plus grande que la pression extérieure. Avec la machine pneumatique, on peut facilement montrer comment se dilate un ballon à moitié rempli d’air, sous un récipient oü l’on a fait un vide partiel.
Mais pourquoi insister sur ce fait? Simplement pour faire comprendre que l'air libre, échauffé à la surface de la terre et s’élevant en vertu de sa plus grande légèreté, doit se dilater de plus en plus à mesure qu’il s’élève à travers l’atmosphère.
Et maintenant il faut que je vous parle d'un autre fait, auquel vous êtes suffisamment préparés par ce qui précède. Ce fait s’énonce ainsi : — l'air qui monte se refroidit
en se dilatant. Ce refroidissement est même une des causes du froid qui règne dans les régions supérieures de l’atmosphère. Et maintenant, considérez attentivement ces courants d’air et de vapeur d'eau mélangés, qui s'élèvent de la surface chaude de l’océan, entre les tropiques. Us partent avec toute la chaleur nécessaire pour maintenir la vapeur dans le même état ; mais, à mesure qu’ils s'élèvent, ils trouvent des régions déjà très-froides, et ils se refroidissent encore plus par l’effet de leur propre dilatation. Le résultat est facile à prévoir. La vapeur dont l’air est chargé se condense en grande partie, des nuages épais se forment, leurs particules se réunissent en gouttes de pluie, et celles-ci tombent chaque jour en telle abondance, qu’on se sert avec raison du mot torrentielles pour désigner ces pluies. Il ne serait pas impossible de vous faire voir ce refroidissement par dilatation, ainsi que la condensation de nuages qui en résulte.
Ainsi, bien avant que l’air parti de l’équateur ne soit arrivé aux pôles, une grande partie de sa vapeur s’en est séparée, pour retomber sur la terre sous forme de pluie. Néanmoins une proportion notable de vapeur continue son chemin, et va porter aux régions du nord et du sud la grêle, la pluie et la neige.
Expériences. — J’ai dit que l’air se refroidit en se dilatant. Voici comment on peut le prouver. On prend un récipient en fer, muni d’un robinet ; à ce robinet on adapte une pompe de compression, et on accumule de l’air dans le récipient, jusqu’à ce que l’on ait doublé ou triplé la densité de l’air intérieur. Immédiatement après, un thermomètre convenablement disposé indique que la boite et l’air qu’elle renferme se sont échauffés. Ouvrons maintenant le robinet, et laissons échapper l’air