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DES MORAINES

Les débris^ transportés sur le dos des glaciers, nesout pas toujours à Tétat de fine poussière, comme ceux qui constituent les bandes ou rubans. Habituellement les glaces sont chargées de pierres dont les dimensions varient depuis les graviers jusqu'aux blocs les plus colossaux. Ces blocs qui , disposés en longues files, voyagent tantôt sur les flancs, tantôt sur le milieu du glacier, et semblent être Tossature du monstrueux serpent de glace , constituent les moraines.

Formation et classification des moraines. — Les flancs delà vallée encaissante, composés de roches plus ou moins friables, se désagrègent sous l'influence des agents atmosphériques. La pluie les délaye, la gelée les déchire, la foudre

les brise, les orageset les avalanches les labourent t et provoquent des éboulements partiels qui bondissent de rocher en rocher et se répandent sur la glace à peu de distance des rives. Parfois c*eBt un bloc de granit ou de serpentine qui, détaché des hauteurs, dans un nuage de poussière, parcourt l'espace avec la vitesse d*un boulet ; parfois encore c*estune roche plus friable, brisée dans sa chute , et dont les débris s'éparpillent comme les éclats d'une boîte à mitraille. Tantôt ce sont des éboulements de sable, de terre, de marne, mélangés de pierres ; tantôt de simples coulées entraînées par l'affouillement de quelque torrent.

Tous ces débris se répandent sur le bord du glacier, oii ils forment une arête qui suit les moindres sinuosités de la rive et s'appelle la moraine latérale. Un seul endroit friable sur un versant suffit pour former une moraine latérale aussi parfaite que si les éboulements avaient lieu sur tout le flanc de la vallée ; en effet, la glace marginale, sollicitée par le mouvement, vient défller sous l'endroit ébouleux, pour se chaîner de matériaux qu'elle entraine sur tout son parcours.

Dans le cas d'une roche encaissante très-dure,

la moraine latérale ne régnera pas sur toute I rive, mais elle commencera au-dessous de Ten^ç^ droit friable, pour se prolonger jusgu*au pîeô du glacier. Là elle sera déposée pour former les ailes de la moraine frontale. La moraine^ frontale n'est donc autre que la moraine latérale, abandonnée par le glacier à l'extrémité de celui-ci, et dont les matériaux sont souvent accumulés à de grandes hauteurs.

Lorsqu'un glacier est formé de plusieurs tributaires, comme la Mer de glace, par exemple, les moraines latérales a et b des glaciers du j Géant et de Léchaud(PU XII, fîg, 25) se réunissent à l'extrémité du promontoire du Tacul, pour ne former qu'une seule moraine c qui, en vertu du mouvement progressif des deux branches, suit, sur le glacier-tronc, une ligne médiane, et dessine le plan de séparation des glaces provenant des deux affluents. Celte moraine, si elle est formée par le confluent de deux glaciers, de même puissance environ, prend le l nom de moraine miédiane^ parce qu'elle partage en deux parties à peu près égales le glacier principal. Enfin, lorsqu'un glacier reçoit un ou plusieurs tributaires de moindre importance, les moraines formées par la jonction des débris

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restent parallèles à Taxe, mais ne sont plus au milieu ; on les désigne alors sous le nom de moraines superficielles. La moraine médiane n'est donc qu'une moraine superficielle, située au centre du glacier.

Un glacier-tronc peut n'avoir qu'une moraine médiane, que des moraines superficielles, ou réunir les deux types , suivant le nombre et l'importance des tributaires. Il faut deux glaciers pour former une moraine ; il en faut trois pour en créer deux, et ainsi de suite jusqu'à n glaciers, qui donneront naissance à n — 1 moraines. On peut donc, du pied d'un glacier et sans fatigue, savoir exactement le nombre des tributaires, pourvu toutefois que ceux-ci aient des moraines latérales. Les exceptions sont trèsrares. Mais il y a plus : la distance entre les moraines indiquera la puissance respective des affluents, tandis que les blocs dont elles sont formées seront, pour l'observateur, autant d'échantillons de toutes les roches du bassin. Ces roches ne seront pas mêlées confusément, mais celles de l'affluent de droite se maintiendront, sur tout le parcours, du côté droit de la moraine, tandis que la portion de gauche de celleci ne renfermera que les échantillons du tribu-

taire de gauche. Ces faits sont autant de précieux auxiliaires pour Texploraleur.

Les moraines médianes et superficielles apportent, comme les latérales, leur contingent à la moraine frontale : ces débris sont déposés dans leur ordre d'arrivée. Cependant, lorsque le glacier s*étale à sa base, les blocs se répandent à la surface et se mêlent, sous l'effort d'expansion de la glace en tous sens. Dans ce cas, la moraine frontale présentera un mélange confus de toutes les roches du bassin (PL XIII, fig. 26).

Le caractère propre à tous les débris transportés sur les glaciers est de conserver, jusque dans les moraines, leurs formes anguleuses parfaitement nettes; il semble qu'ils viennent d'être arrachés sur place, tandis qu'ils ont, en réalité, parcouru plusieurs kilomètres; les glaces ont fait l'office d'un moelleux traîneau.

Lorsqu'un glacier diminue, tous les matériaux dispersés sur la glace sont doucement déposés sur le lit, comme le seraient sur une table des dés glissant lentement sur une feuille de carton inclinée que l'on retirerait. Si les moraines sont bien dessinées, ce dépôt se fera par files; si, au contraire, le glacier est épaté, tout le sol sera jonché de pierres de toutes

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dimensions et de toute nature. Leurs angles tranchants et bien conservés empêchent ces débris d*être confondus avec les matériaux formant le lit proprement dit des glaciers.

Ceux-ci, en effet, ne présentent jamais d'arêtes vives, mais sont arrondis par le frottement sur le terrain que l'énorme poids des glaces leur a fait subir; ils sont comme polis et présentent des stries gravées à leur surface par les aspérités des roches plus dures sur lesquelles ils ont été pressés. Lés roches mêmes du lit sont lisses et striées, elles restent, pendant le cours des âges, les témoins de l'existence d'anciens glaciers, aujourd'hui disparus, et constituent d'infail* liblçs jalons pour les géologues qui cherchent à sonder les mystères de l'époque glaciaire.

On leur a donné le nom de roches moutonnées ou striées.

Moraines latérales. — Revenons aux moraines pour entrer dans quelques détails. Nous avons cherché à réunir dans la figure cicontre les différentes formes que peuvent présenter les moraines latérales. Supposons qu'un glacier acb (PL XllI, fig. 27), descendant dans une vallée, ait peu à peu diminué jusqu'à ce que sa surface atteigne la ligne

defj les moraines latérales qu'il chariait sur ses bords auront été déposées en a et 6 suivant deux lignes non interrompues, accolées aux flancs de la vallée dont elles suivent toutes les sinuosités. Se présente-t-il une vallée latérale débouchant dans la principale, Tancienne moraine en suivra le contour, comme le ferait une ligne d'eau, avec cette différence, cependant, que la ligne ne sera pas horizontale, mais suivra la pente que possédait le glacier. L'inclinaison du talus des moraines est, généralement, de 35 à 40'' sur un terrain presque horizontal ; mais, comme dans tous les dépôts de matériaux, cette inclinaison varie avec la grosseur des éléments dont il est composé.

Lorsque Tinclinaison du flanc de la vallée est trop rapide pour que la moraine puisse s'y fixer, les débris retomberont toujours à la surface, ou bien se logeront en d ou /'entre le glacier et le roc, dans la crevasse latérale, formée par la fusion de la glace en vertu de la chaleur rayonnée par la rive. Les matériaux subiront, dans cette crevasse, un travail de broiement et de trituration qui en arrondira les angles, et qui polira la paroi rocheuse da la crevasse même. L'aile de la moraine frontale sera, dans ce cas,

composée de débris arrondis, qui, aux stries de leur surface près, pourront être confondus avec des cailloux roulée par les eaux.

Les moraines frontales dont nous avons vu le mode de formation, sont toujours les plus importantes, puisqu'elles accumulent incessamment tous les débris transportés par les glaciers. Les eai^x en entraînent, il est vrai, une partie, mais elles ne peuvent s'attaquer que par places et aux débris de petite dimension. Les moraines frontales affectent généralement une forme semi-circulaire ou tout au moins une courbure très-prononcée, créant ainsi une sorte de barrage artificiel de part en part de la vallée. Ces barrages retiennent souvent les eaux et peuvent créer une série de lacs d'une certaine étendue.

J'ai rencontré en Suisse, à chaque pas, d'anciennes moraines déposées par les gigantesques glaciers de cette période géologique où tout le pays, et une grande partie des plaines des états voisins étaient recouvertes par les glaces. Ces moraines donnent naissance à la majeure partie des lacs alpestres.

Les moraines frontales, lorsqu'un glacier diminue, se déposent à la manière des moraines

latérales; seulement la pente, généralement très-faible du terrain sur lequel elles sont assises, leur permet de prendre un aspect plus régulier. Le glacier, en se retirant, abandonne les débris sous forme de monticule plus ou moins élevé, au travers duquel le torrent se fraye un passage. {PL XIV,fig. 28 et 29.)

Lorsque après un mouvement prononcé de retrait, le glacier avance de nouveau, pour se retirer encore, sans cependant avoir atteint, dans ce second accroissement, ses premières dimensions, une seconde crête se formera en arrière de la première ; et si ces oscillations se renouvellent souvent, les moraines deviendront doubles, triples ou multiples, présentant à peu près la coupe transversale, figurée dans la pi. XV, fîg. 30. On rencontre des moraines affectant celte forme près des glaciers d'Argentière , des Bois, du Rhône, au Rossboden, au glacier de Viesch, etc.

Il arrive quelquefois que l'extrémité d*un glacier vient aboutir à un plan incliné trop abrupte pour que les débris puissent s*y maintenir (PI. XV, fig. 31). Ils roulent alors sur la pente et forment, loin du pied du glacier, une accumulation qui n'en est pas moins une mo-

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