‹ Les glas; poèmesChapitre 4 sur 48 · OH ! CES MINUITS-LA · texte numérisé non relu

OH ! CES MINUITS-LA

On renaît, remeurt. C'est sans fin. On souffre, On jouit. Qu'est-on?Un sommet? Un gouffre?

En enfer? Au ciel?

Qu'importe? On te hume à lèvres décloses, 0 trépas de tout, ô néant des choses,

Vide essentiel !

La sensation paraît infinie.

Avec le néant on y communie

Dans l'éternité.

On en pâme, soûl, fou, stupide, exsangue; Mais à peine a-t-on ce goût sur la langue,

Qu'il vous a quitté.

La sensation s'envole, si brève

Qu'on ne la sent plus sinon comme un rêve

Sans contours précis.

On est là, les bras tendus vers le vide, Sans penser qu'on a la face livide

p]t les nerfs transis.

Ifi LES GLAS

Bientôt le froid mord la chair dévêtue; Et l*on se recouche, et Ton s'habitue

Au silence, au noir.

Le lac est tari. Le hibou déloge.

On perçoit le pas réglé de Thorloge

Dans son promenoir.

Le sommeil revient. Ses ailes de laine Vous font sur les yeux passer une haleine

Chaude, et lourde, et d'or.

Et voici qu'un rêve heureux vous remporte Dans ses bras berceurs en rouvrant la porte

Du bleu corridor.

Tandis que par l'air et d'un geste calme Le silence noir balance une palme

Aux bruits apaisés, Et que sur le front de la nuit sereine Le timbre en chantant d'heure en heure égrène

Un vol de baisers.

OH î CES MINUITS-LA t 17

Mais, le lendemaio, toujours on en garde, De ces minuits-là, la mine hagarde,

Le cerveau pesant, Ne trouvant à rien sa fleur coutumière, Sans savoir pourquoi, puisque la lumière

Fleurit à présent.

Oh! ces minuits-là, qui rendent moroses Môme vos réveils dans des aubes roses,

Cœurs en printemps verts, Combien la hantise en est plus tenace Aux coeurs automnaux que déjà menace

Le gel des hivers!

Oh! ces minuits-là, quand souffle Brumaire ! C'est d'eux que nous vient la pensée amère

Ruminant tout bas Son passé défunt qui ne fut qu'un leurre Et son avenir où sanglote l'heure

Du prochain trépas.

LKS GLAS

Olil ces minuits-là, d'angoisse obsédante, Comme avec dédain ma jeunesse ardente

En riait jadis, Et comme aujourd'liui je deviens tout pâle Quand j'entends pleurer dans l'ombre qui râle

Leur de profundisl

Oh ! ces minuits-là, vers la soixantaine ! Tu m'en délivrais, jeunesse hautaine,

Rire triomphant.

Mais, las ! aujourd'hui, c'est la saison triste. De ces minuits-là, dont l'ombre persiste,

Rien ne me défend.

De ces minuits-là, hantant ma pensée, Ma pensée en deuil reste ensemencée

Même en plein soleil, Même quand l'avril rajeunit la terre.

Même quand l'amour fait dans mon artère

Battre un sang vermeil,

OH 1 CES MINUITS-LA I lU

Et, malgré ma soif et mon rut de vivre, Si tes glas, ô Mort, tintent dans ce livre

Qu'un crêpe voila, C'est qu'il fut écrit aux mornes journées Qui n'ont plus pour fleurs que les solanées

De ces minuits- là î

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