LA ROSE
« Tu vas t'y laisser prendre encore, » Me cria la vieille sans yeux, « Prendre au parfum qui la décore, < Prendre à son teint délicieux.
« Et pour sa volupté, si brève « Qu'elle fuit tandis qu'on la sent, " Pour ce rien, plus vague qu'un rêve, Tu te mettras les doigts en sang.
<i Songe aux épines malfailrices ' Qui te guettent pour te punir.
Vois de combien de cicatrices ^ Tes mains gardent le souvenir.
« Crois-en la Vieille au front sans rides, <( Aux yeux sages puisqu'ils sonCmorts.
« Bréhaigne dont les flancs arides « N'enfantent plus vœux ni remords.
« Crois-moi : vieux, point ne recommence,
« En fol jeune, à t'extasier;
« Et, comme chante la romance,
« Laisse les roses au rosier. »
Mais la Vieille a beau dire et faire Et même rire en bon enfaat, A sa prudence je préfère Le danger qu'elle me défend ;
Et tant qu'au jardin de mes songes Pourra jardiner mon désir, Si menteurs qu'en soient les mensonges, Si fort qu'on souff're à les saisir.
Je t'aimerai, malgré les ronces.
Pour ta couleur et ton odeur, Bouton de pourpre qui te fronces Comme un baiser d'enfant boudeur,