‹ Les glas; poèmesChapitre 42 sur 48 · CARPE DIEM · texte numérisé non relu

CARPE DIEM

Au temps de rouge exubérance Où, dans mon romantique Avril, Me pendait encor du nombril Un bout de cordon Jeune-France,

Je te trouvais très Philistin, Sans lyrisme, ni cœur, ni race, 0 pauvre vieux bourgeois d'Horace, Sorte de Béranger latin.

J'estimais ta sobre épithèlo, Tes vocables drus, ton goût sûr ; Mais, dans mes essors vers Tazur, Ton ciel bas m'écrasait la tôle ;

Et je n'avais pas grands respects, Bien qu'il fleurât le miel de Grèce, Pour le vin à grosse allégresse De ton Carpe diem épais.

Depuis lors, j'ai fait par la nue Plus d'un voyage aérien; Ma folie en a vu le rien ; Ma sagesse en est revenue ;

Et sachant de quel prompt départ Fuit la bonne et rare fortune, Quoi que ce soit qui m'en est une»

J'en prends furtivement ma part.

Est- il besoin de fortes sommes Aux ivrognes pour être soûls?

Non, il suffit de quelques sous A ces indigents que nous sommes.

Toi que jadis j'ai maltraité, 0 Carpe diem du vieux livre, Ces quelques sous dont on s'enivre, Tu m'en as fait la charité.

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