OU DONC S'EN ALLAIENT-ILS
Qù doQC s'en allaient- ils, ceux que je n'entends plus, El qui, l'œil clair sous des fronts bas et chevelus, S'en allaient en chantant si gaîment à Taurore? Où donc s'en allaient-ils, ceux que j'entends encore, El qui, le front plus grand, le regard alourdi. S'en allaient en chantant un air grave à midi? Où donc s'en allaient-ils, front nu, prunelle éteinte. Voix plaintive mêlée à l'Angelus qui tinte. Ceux-là qui s'en allaient tout à l'heure, en marchant Dans la pourpre sanglante et triste du couchant? Où donc s'en allaient-ils, mes compagnons de route? Est-ce vers la victoire? Est-ce vers la déroute?
Où donc s'en allaienl-ils? Y seront-ils demain?
Pourquoi m'ont-ils laissé tout seul sur le chemin?
Ceux que je n'entends plus, ceux que j'entends encore,
Pourquoi ne m'ont-ils pas appris ce que j'ignore, Et faut-il croire qu'eux aussi n'en savaient rien? Où donc s'en allaient- ils? Au vide aérien La chanson qu'ils chantaient derrière eux s'évapore. Ceux que je n'entends plus, ceux que j'entends encore, Gaie, ou grave, ou plaintive, au couchant, au levant, A midi, leur voix morte a pour tombe le vent.
Où donc s'en allaient-ils? Où s'en va ce qui m'aime, Et ce que j'aime, et tout, où je m'en vais moi-même» Où donc s'en allaient-ils? Où s'en vont nos chansons» Alors, nous, à chanter sans fin recommençons, Tant que nous sommes sûrs dans ce néant sonore D'êt^re au nombre de ceux par qui l'écho s'honore, Et puisqu'il nous est doux jusqu'au dernier instant, Poètes qui passons, de passer en chantant !
MJMES
A Rome, en l'an trois cent quatre-vingt-dix, la peste Avait pris les trois quarts de la plèbe ; et le reste Séchait d'horreur, malgré ses tribuns éloquents; Et Rome allait périr, quand des mimes toscans Vinrent, par qui se mit à refleurir, vivante, La fleur du rire sur ces faces d'épouvante. Le plus lâche oubliait que la peste était là ; Et, nul n'ayant plus peur d'elle, elle s'en alla. Que ne puis-je, pareil aux artistes étrusques, Trouver d'assez bons tours, des gestes assez brusques , Des mines d'un comique assez désopilant. Pour empourprer ton pâle efl'roi, troupeau tremblant
Des hommes, dont mon cœur se sent Pimmonde frère, Puisque c'est vous et moi qu'ici je veux distraire Du penser lancinant qui sans cesse nous mord, 0 nous tous qui mourons de la peur de la Mort!