LARMES
Doigts qui tremblent, paumes ouvertes, Morne comme un vieux mendiant, L'arbre, au soleil l'incendiant, Dans le ciel bleu tend ses mains vertes.
Mais le soleil de Thermidor Semble avoir un bûcher pour trône.
11 n'en tombe, ironique aumône, Que rais de flamme et braises d'or.
Sous ces cuisantes ironies,
Les doigts crispent leur tremblement.
Les paumes vont se refermant
Et les mains vertes sont jaunies.
Au lieu du fastueux cadeau Dont l'ardeur lui fait rendre l'âme, Ce que le pauvre arbre réclame Pour revivre, c'est un peu d'eau.
Ainsi, tristes cœurs en alarmes Qui dans le juin d'amour brûlez, Tout mot vous laisse inconsolés.
Et ce qu'il vous faut, c'est des larmes.
Hélas! quand viendra la saison Où vous étreindra la froidure, Gare aux larmes en glace dure, Arbres et cœurs sans frondaison I
Car ces larmes en lames torses Seront en vous comme des coins.
Dont vos nœuds s'ouvriront, disjoints, Sous vos spongieuses écorces ;
Et vous pleurerez en ce jour,
0 vieux champignons ridicules, .
La fournaise des canicules
Oii l'on meurt de soif et d'amour.