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LE SABLE

Dans sa magistrale étude sur la géographie botanique du littoral belge, Massarr distingue des dunes mobiles et des dunes fixées, où le sable est immobilisé, à la base des Anthophytes, par un tapis de mousses et de lichens.

Dans notre région cette distinction est inutile car il n’existe nulle part de dunes mobiles véritables : ne devraient d’ailleurs mériter ce nom que les formations vraiment telles et n’admettant de ce fait aucune végétation (les dunes en croissant du Souehel el Abiod mauritanien par exemple). Si la dune mobile individualisée n’existe pas il peut exister des points où, localement, sur un très petit espace d’ailleurs, le sable est nu entre les plantes : c’est ce qui se produit sur certains versants abrupts, ou à la suite d’éboulements.

Les dunes du littoral qui nous occupe ne constituent jamais de reliefs isolés, indépendants. Il s’agit tout simplement, en réalité, d’un bourrelet de sables fixés, haut de quatre à cinq mètres au maximum, à pic du côté de la mer qui le ronge, en pente plus ou moins douce vers l’intérieur.

Au point de vue bionomique (surtout d’ailleurs botanique) la bande sablonneuse peut être divisée au plus, aux points les plus typiques, en deux zones, ayant d’ailleurs en commun un grand nombre d'organismes.

a). — La zone à Calamagrostis

La zone la plus littorale est très étroite, et ne dépasse pas en largeur quelques dizaines de mètres : l'influence saline y est assurément peu importante mais suffit cependant à en exclure les plantes non halophiles de l'intérieur. Il est d’ailleurs difficile de distinguer, parmi les localisations d’espèces observées dans la dune, celles qui sont dues à l’action de la salinité de celles qui sont en rapport simplement avec la nature du substratum : l'exposition directe au vent n’est pas non plus sans influence.

Le caractère essentiel de la première zone est la présence de Calamagrostis arenaria Roth (— Psamma arenaria Rœm. et Sch., — Ammophila arenaria Lk.). Cette robuste graminée forme tout le long du rivage un peuplement très étroit mais très dense. Les causes de cette localisation restent d’ailleurs obscures ; la seule proximité immédiate de la mer ne suffit pas à l'expliquer.

On remarque, en effet, entre le chemin qui atteint le rivage devant l’en-

clos de Visme et le sentier (parallèle à ce chemin) qui conduit du barrageécluse de Plaisance à la grève, et en partant de celle-ci : 1° la zone normale à Calamagrostis ; 2° une vallée parallèle au rivage, sans Calamagrostis et appartenant à la zone à Odontites ; 3° une crête saillante limitant au Sud le vallonnement et colonisée, dans son secteur oriental, par d’abondants et très robustes Calamagrostis. Il faut pour expliquer cet état de choses, unique dans la région, invoquer d’autres facteurs que le voisinage seul de la mer, la libre exposition aux vents par exemple.

Les plantes de la zone à Calamagrostis sont, outre cette graminée : Chenopodium murale L., Ch. album I, Atriplex Babingtoni Woods (1), Calystegia soldanella R. Br., Erigeron acre L., Saxifraga tridactylites L., Bellis perennis L., Leontodon autumnale L., Reseda lutea L., Ononis campestris Koch, Linaria vulgaris L., Taraxacum officinale Web. ap. Wigpg, Senecio vulgaris L., Senecio jacobaea L., Lotus corniculatus L. crassifolius Pen., Trifolium minus Smith, Anthyllis vulneraria L. vulgaris Koch, Agropyrum acutum D. C., Thesium humifusum D. C., Clematis vitalba L., Rubus sp., Eryngium maritimum L., Erodium cicutarium L’Hérit., Achillea millejolium L., Asperula cynanchica L., Galium verum L. littorale Bréb. (parasité par Cuscuta epithymum Murr.), Medicago satiwa L. (parasitée par un Ascomycète endophylle), Hippophae rhamnoides L. (quelques pieds devant la propriété de M. G. de Visme, sur la dune).

La faune comprend, outre un lézard qui paraît rare (Lacerta (Zootoca) : eiwipara Jacq.), deux Mollusques excessivement communs, Cochlicella barbara L. et Helix (Xerophila) papalis Locard, et de nombreux Insectes, parmi lesquels Gryllus campestris L., Lycaena sp., Caenonympha pamphilus L., Psammophila hirsuta Scop., Sermyla halensis L., Coccinella 7 - punctata L., Olocrates gibbus F., Amara spreta Dej., Dolycoris baccarum L., Syromastes (Verlusia) rhombeus L., var. quadratus Fab., une larve de Réduvide, etc.

Outre les Insectes que j'ai recueillis moi-même il faut signaler quelques Diptères que Mercier considère comme caractéristiques des dunes « à sable sec » : Thereva annulata F., Ochtiphila maritima Zett., Dexiopsis littoralis Zett., Leria maritima Vill., Scatella pilosigenis Becker.

b). — La zone à Odontites.

Cette zone, plus éloignée de la mer que la zone à Calamagrostis, n’est pas constante : elle n’existe en réalité que sur une surface localisée du dis-

Ces trois premières espèces auprès du calvaire de Courseulles.

PUR PTT LITE

trict, car partout ailleurs le bourrelet sablonneux littoral semble devoir être considéré comme faisant tout entier partie de la zone à Calamagrostis, celle-ci s'étendant au Sud jusqu’au bord du talus (1), limite Nord des prés ou des champs. La zone à Odontites caractéristique est localisée entre le chemin de l’enclos de Visme et celui de la plage de Graye, limitée au Nord par la dune à Calamagrostis, au Sud (où elle se termine par un talus rectiligne à forte pente) par la Seulle (coude de Plaisance) et un pré.

Ce talus méridional, de par son exposition, peut être fortement insolé ; il est, de plus, très sec, étant sablonneux et parfaitement à l’abri des vents d'Ouest et de Nord-Ouest. C’est à ces conditions exceptionnelles qu’il faut attribuer la présence d’espèces que je n’ai pas rencontrées ailleurs dans la région (Bembex bidentata, Decticus verrucivorus, Argiope Bruennichi, ete.).

La flore de la zone à Odontites comprend les éléments principaux suivants : Agropyrum acutum D. C., Veronica praecox AIl., Diplotaxis tenuifolia D. C. (excessivement commun), Lotus corniculatus L., Asparagus officinalis L., Galium verum L. (avec Cuscuta epithymum), Senecio jacobaea L., S. vulgaris L., Medicago sativa L., Myosotis collina Hoffm., Euphrasia gracilis Fr., Odontites verna Rchb., ces deux dernières plantes intensément parasitées par Coleosporium euphrasiae (Schum.) Winter, Sedum album L., Eryngium maritimum L., Achillea millefolium L., Daucus carotta L., Erodium sp., Plantago lanceolata L., Trifolium minus Rhel. in Sm., Taraxacum officinale Web. ap. Wigg., T. erythrospermum Andrz., Erigeron acre L., Cerastium glomeratum Thuill., Veronica agrestis L., Valerianella sp., Saxifraga tridactylites L., Chenopodium album L..

Le sol est recouvert d’un tapis dense de Muscinées (Camptothecium lutescens et Barbula muralis Hedw. var. ruraliformis Besch.), de Lichens (Peltigera sp., prob. rufescens Schær.) et de Cyanophycées (Nostoc commune). Plusieurs Champignons sont communs, Tylostoma brumale Persoon (hiver), le très comestible Pleurotus eryngii Fries qui pousse en automne sur les souches mortes d’Eryngium maritimum, et Clitocybe cyathiformis B. (fin de l’hiver).

Sur les pentes méridionales où le sable est à nu on observera au travail deux Hyménoptères qui y ont leur terrier, Bembex bidentata. Lind., et Psammophila hirsuta Scop. dont on trouve l’œuf fixé au flanc des chenilles d’Agrotis. Aux mêmes points et sur le sentier qui longe la rivière, on capture, aux heures chaudes, Cicindela hybrida L.. Dans les cocons de Zygaena

(1) Lorsque celui-ci existe au Sud et que la dune ne se continue pas, sans dénivellation sensible, avec les terrains de l’intérieur, comme on l’observe à l'Ouest de Ver par exemple.

filipendulae on pourra découvrir un Hyménoptère parasite, Chalcis intermedia Nees (— flavipes Wik.). D’autres Arthropodes habitent la zone à Odontites, Ocypus olens Müll., Metrioptera albopunctata (Gæze), Decticus veruccivorus (L.), Gomphocerus maculatus Thunb., Pisaura mirabilis Clerck, Argiope Bruennichi Scop. dont j'ai observé, en septembre 1922, les pontes suspendues dans les graminées (1). Les deux Mollusques xérophiles cités dans la dune sont ici encore extrêmement abondants. D’autres espèces recherchent l’abri des mousses et des bouses, stations où elles rencontrent une certaine humidité : Pupilla muscorum Lat., Cylindroiulus frisius (Verhoeff), Isotoma viridis Bourl., Porcellio scaber Latr. (2), Armadillidium cinereum Zenk., Geotomus punctulatus Costa, Trachy-

pleus sp.

20 Les LaBours

Les plateaux surélevés au-dessus de la zone alluviale sont composés de limon reposant sur le Bradfordien. On y trouve quelques plantes caractéristiques de ces champs calcaires : Galeopsis angustifohia Ehrh., Linaria spuria Mill, Violatricolor L. var. arvensis Murray, Euphorbia exigua L. (parasitée par Melampsora helioscopiae (Pers.) Castagne, Euphorbia peplus L. (parasitée pär Uromyces pisi (Pers.) de Bary), Hypericum perforatum L., Mercurialis annua L., Polygonum convoloulus L. (parasité par Puccinia polygont Alb. et S.), Anagallis arvensis L., Myosotis sp., etc.

39 Les Bois

Les bois, dans le district sont à peine représentés. Outre le taillis de la propriété de Plaisance, 1l en existe un petit le long de la Seulle (bras oriental), traversé par la route de Courseulles à Bayeux et où l’on trouve en particulier des ormes, des frênes et quelques plantes donnant à cette association sa physionomie propre : Ficaria verna Huds. (= ranunculoides Roth), Arum maculatum L. et sa variété immaculata Schott, Listera ovata R. Br., Humulus lupulus L., Hedera helix L., Circea lutetiana L., Dipsacus silvestris Mill, Caltha palustris L. dans la partie basse et humide voisine de la rivière, Valeriana officinalis L. {(parasitée par Uromyces valerianae

(1) Ces pontes très curieuses comportent, ‘on le sait, un fac ‘externe membraneux, et à l’intérieur, entouré d’une bourre brune, un deuxième sac, rosâtre, à clapet, rempli d'œufs orange vif. Sur la fabrication de cet appareil on consuera avec intérêt, P. Bonner : Sur la ponte des œufs chez Argiope. Bruennichi Sel. (Bull. Soc. Entom. Fr., 1925, n° 4, p. 51-54, figs. 1-2).

(2) On trouve également cette espèce dans des terriers creusés dans le sable durci.

(Schum.) Fuck.), d’abondants Rubus (parasités par Phragmidium rubi

(Pers.) Winter), Scolopendrum pulgare Symons et Mnium undulctum Neck.

40 Lxs PRÉS, LES TALUS, LES CHEMINS, ETC.

Je réunis en un seul groupe, pour éviter un détail inutile, les plantes des prés et celles des lieux vagues, routes, voisinage des habitations, talus, etc. Il n’y a pas, en effet, dans le district étudié, de prairies naturelles à flore suffisamment caractéristique pour être décrite à part.

Les principales espèces sont les suivantes : Linaria vulgaris L., Capsella

bursa-pastoris Moench, T'araxacum officinale Web. ap. Wigo., Urtica sp.,

DE

Agrimonia eupatoria L., Matricaria inodora L., Polygonum aviculare L. (parasité par Uromyces polygont (Pers.) Fuck.), Bailota fœtida Lam., Achillea nullefolium L., Lappa minor D. C., Veronica chamædrys L., Lamium album L., Trifolium pratense L., T. repens L., Calystegia sepium R. Br. Sisymbrium, of ficinale Scop., Centaurea pratensis Thuill., SenecioJacobaea L., Pulicaria dysenterica Gaerth., Melandrium pratense Roehl., Origanum vulgare L., Mercurialis annua L., Parietaria officinalis Sm., Plantago coronopus L. (httoral, en particulier sur les quais du port), Lactuca scariola L., Funaria hytrometrica Hedw..

Quelques habitats spéciaux sont à noter :

a) Voie du chemin de fer à l’est de Courseulles : Erigeron canadense L.., Linaria supina Desf. (on trouve là, également, très commun, Helix (Euparypha) pisana Müll.) ;

b) Chemin de l’enclos de Visme : Solanum nigrum L., Beta maritima L., Reseda phyteuma L., Calamintha nepeta Lank., ces deux dernières espèces rarissimes ;

c) Talus de la route de Ver : Equiseium arvense L., Cardamine hirsuta L., Laithospernum arvense L., ;

d) Route de Ver, dans l’île de Plaisance : Lepidium draba L.

e) Quai Est du bassin : Coronopué procumbens Gilib.

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