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C) L’HISTOIRE GÉOLOGIQUE RÉCENTE DU DISTRICT

L'étude des variations survenues du quaternaire moyen à nos jours, dans le tracé du littoral comme aussi dans lé nombre, importance et le trajet des difiérents bras de la rivière dans son cours maritime (1) n’est pas sans intérêt, en tant qu'indispensable préliminaire à la description de la bionomie actuelle de la région, et à une exacte compréhension des modalités actuelles du milieu.

L'histoire pléistoeène de la région comprend trois grandes phases : une transgression médio-quatermaire, une régression consécutive, enfin, une transgression post-néolithique se poursuivant encore aujourd’hui, mais

souvent masquée, comme nous le verrons plus loin, par une pseudo-régres-

(1) On trouvera plus loin un chapitre spécial consacré à cette question.

sion due et à la sédimentation d’estuaire et à l’action directe de l’homme.

19 Transgression médio-quaternaire. — L'estuaire de la Seulle était au quaternaire moyen un fjord qui s’enfonçait fort avant dans les terres, au delà même de Reviers, comme le prouvent les débris d’Hyperoodon découverts à Moulineaux dans les alluvions de la Mue (1). La mer occupait alors toute la zone alluviale et la ligne de rivage coincidant avec la limite

des premiers coteaux bathoniens. C’est pour toute la région basse une

phase de sédimentation marine. Notons ici que l’on n'a jamais — au moins à ma connaissance — découvert d'industrie lithique dans la zone

littorale alluviale elle-même, alors que les limons des plateaux abondent en silex cacholongués (racloirs, couteaux, lames et même flèches) ;

20 Régression pré-néolithique ou (? et) néolithique. — La date du mouvement de régression consécutif à la transgression médio-quaternaire est incertaine : celui-ci a vraisemblablement commencé avant l’époque néolithique et s’est poursuivi au moins péndant une partie de cette dermière, peut-être pendant sa totalité. Il s’est manifesté par un abaissement important du niveau de base, amenant un recul de la mer de plusieurs kilomètres (2) au nord du rivage actuel ;

30 Transgression post-néolithique. — À partir de l’époque néolithique (ici encore il n’est pas possible de donner de précision chronologique) on reconnaît l’existence d’une transgression marine, qui d’ailleurs se poursuit encore sous nos yeux, la mer tendant à retrouver les limites qu’elle occupait au pléistocène moyen, c’est-à-dire à submerger l’étroite zone littorale d’alluvions quaternaires sablo-vaseuses et à revenir battre le pied des coteaux Jurassiques. Si ce mouvement a été dans l’ensemble, et reste lent, il a bien certainement connu des épisodes cataclysmiques, au cours desquels, à la faveur de raz de marée successifs, la mer à pu — en des temps relativement très courts — envahir des surfaces considérables et submerger mème des régions occupées par des faunes terrestres, des bois-taillis ou des marécages d’eau douce.

L’amplitude verticale de ce mouvement semble devoir être évaluée, au minimum, à 25-30 mètres (3).

I est évident que l'avance de la mer, réalisée par une série d’à-coups, a dû rencontrer des lignes de rivage particulièrement résistantes et partant capables de conférer au tracé du littoral de longues périodes de fixité. Les

(1) Cf. Eupes-DesronccramPs, Mem. Soc. Lin. Normandie, XII, p. 16, 1860-61. al Comme le prouve la distance du littoral à laquelle sont aujourd’hui les isobathes de 25-30 m.

} En particulier d’après les beaux travaux du D? F, Gipox sur la tourbière de Caen. &

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plateaux de calcaires bradfordiens, dont certains affleurent encore de nos jours aux marées basses de vive eau, et sont connus sous l’appellation globale de «rochers du Calvados », durent opposer au flot un obstacle considérable.

En arrière de cette barrière naturelle, entre celle-ci et le socle jurassique de l’arrière-pays, s’étendait une région basse formée en partie par les alluvions exondées de l’estuaire du pléistocène, et continuellement augmentée depuis par les dépôts vaseux du fleuve. Sur ce sol argileux s’était établi un double régime végétal, boisé et marécageux:: non seulement des peuplements de chênes et de coudriers abritaient une faune purement terrestre (Sus scrofa, Cervus elaphus, Helix nemoralis, ete.), mais entre les bois, dans les dépressions creusées à la surface de ce sol imperméable, s’aceumulaient des eaux douces où, malgré la proximité de la mer, vivait une faune où aucun élément saumâtre n’a encore été signalé ; dans des mares bordées de roseaux pullulaient, parmi les Chara, des Ostracodes et un nombre considérable de Mollusques, Limnées, Planorbes, Succinées, etc.

Il semble qu’à cette époque (1. e. au moins lorsque la ligne de rivage passait à trois kilomètres au Nord de l’actuelle) l'embouchure de la rivière ait été un delta. Les isobathes de trois à cinq mètres délimitent en effet, avec une étonnante netteté, deux vallées sous-marines sensiblement parallèles et infléchies toutes deux en S ; le lit occidental est dans le prolongement naturel de la rivière à son arrivée au coude de Plaisance (qui est — on le verra plus loin — de création récente) ; quant au lit oriental sa direction montre qu’il provenait du même point, ou à peu près (1).

On connaît depuis très longtemps la présence, sur le littoral du Calvados, des bancs de tourbe noire ou « courban » qui affleurent par places à marée basse mais sont parfois sujets à disparaître (au moins temporairement) sous des nappes de sables superficiels. Dans la région qui nous occupe on retrouve ce dépôt d’Arromanches à l’embouchure de l'Orne (2), à Asnelles, Meuvaines, Ver, entre Ver et Courseulles (3), entre Courseulles et Bernières, enfin à Luc (4).

L'existence de ces bancs, leur aspect ont été maintes fois signalés et l’on possède même quelques renseignements, très incomplets d’ailleurs,

(1) On ignore, bien entendu, l'endroit précis où se bifurquait le lit principal, vraisemblablement. quelque part sur l'emplacement actuel de la zone intercotidale.

(2) Et plus à l'Est à Criquebeuf (fide Bicor).

(3) Je n’ai pu retrouver, au cours de ces dernières années, l’affleurement de la maison Person, reconnu par moi il y a plus de douze ans et qui était accompagné de glaises bleuâtres. ;

(4) Quoique cette tourbe ne soit pas utilisée, j'ai assisté cependant durant la guerre à des tentatives d'exploitations en trois points: entre Courseulles et Bernières, à Meuvaines, et à Asnelles.

sur leur faune (1). La flore, plus mal connue encore, serait justiciable d’unè étude approfondie, fondée sur l’examen des oraines, méthode employée, avec le succès que l’on sait, par Rep en Angleterre et par Wezsx pour des tourbières de la côte française atlantique.

Les gisements se présentent sous l’aspect de bancs noirâtres, plus ou

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Fig. 3. Détail bathymétrique des fonds en face de Courseulles (d’après le plan du port de Courseulles, service Hydrographique, n° 5598, 1924).

moins en saillie sur le sable au-dessus duquel ils ne s’élèvent jamais de plus d’une vingtaine de centimètres. La consistance du produit, généralement spongieux et facilement débitable, est variable ; celui-ci est, en effet, parfois encombré de débris ligneux et il n’est pas rare d’y découvrir des souches ou d'importants morceaux de troncs, parfois en remarquable état.

À l’aide des documents publiés et de mes observations personnelles

(1) Il faudrait surtout rechercher particulièrement les Arthropodes, Insectes et Crustacés.

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LA RÉGION DE LA BASSE SEULLE a

je puis réunir, sur la faune et la flore des tourbières, les renseignements suivants :

a) INDUSTRIE HUMAINE : inconnue dans la région à ma connaissance ; est présente par contre dans des dépôts analogues du littoral de la Manche.

b) MaAMMIFÈèRESs

Sus scrofa (Lerace, Marc); Cervus elaphus (Lerace, Marc).

[Cervus capreolus a été trouvé dans la région du Couesnon|].

c) Crusracés

Ostracodes (Moxop).

d) INSECTES : aucun débris n’a encore été signalé quoiqu'il en existe certainement ; on a cependant indiqué des signes indubitables, bien qu’indirects, de leur présence : « sur une écorce de chêne, entr’autres, nous pûmes suivre les longues galeries creusées par des larves de Longicornes, Prionus ou Cerambyx, pleines encore d’une sanie multiséculaire (1) ».

e) Morrusques : trois gisements surtout ont été explorés. Celui d’Asnelles (Leraco 1906) a fourni :

Zonites alliarius Gray’s Turt.; Z. nitidosus Bourg. ; Z. crystallinus Leach; Helix rotundata Müll.; H. eoariabiis Drap.; H. acuta Müll. ; H. nemoralis L.; Zua lubrica Leach; Succinea Pfeiffer: Rossm.; Limnaea palustris Flem.; L. limosa L.; L. auricularia Moq.-Tandon; Planorbis corneus Poir.; P. complanatus Müll.; P. contortus Müll.; P. rotundatus Poir.; P. fontanus Flem.; Biüthynia tentaculata Gray’s Turt.; Valeata cristata Müll.; Cyclostoma elegans Drap.

A Ver-sur-Mer (1918) j'ai récolté :

Helix nemoralis L.; Limnaea palustris Müll. ; Planorbis corneus L. ; Bithynia tentaculata L.

A Bernières, Mercier et Poisson (1920) signalent : Helix nemoralis L.; Zua cylindrica L.; Hyaliria mtida Müll.; Clausilia laminata Mont.; Planorbis planorbis L.; P. contortus L.; Valvata piscinalis Müll.; Limnaea stagnalis L.; L. limosa L.; Succinea humilis Drouet; Bithynia tentaculata L.

La même localité m’a fourni en abondance Helix nemoralis L. et Limnaea palustris Flem.; Mercier et Poisson font remarquer l’absence dans cette faune d'éléments méridionaux, en particulier des Helix du groupe variabilis et des Cochlicelles, LeracQ signale cependant, on l’a vu, Helix variabilis à Asnelles.

(1) Fauvez, Entomologie. p. 337, in Compte-rendu de l’excursion linéenne à Arromanches (Bull. Soc. Lin, Normandie, VII, 1861-62).

f) PROTOZOAIRES :

Foraminifères (Monop).

g) VÉGÉTAUX

Quercus sp. (Fauvez, Marc, Bicor); Castanea vulgaris (Marc, Biaor); Betula alba L. (Marc); Corylus avellana L. (Marc, Bicor), et noisettes (Marc, Leraco); Monocotylédone, probablement Phragmites (Moon, à Ver, 1918); Chara sp. (Mono) (1).

En ce qui concerne les modalités de l’envahissement de la forêt par la mer, on doit le supposer soudain et brutal car on ne saurait expliquer autrement et la surprise par des eaux salées d’une faune purement dulcaquicole et d’une flore terrestre, et l'absence dans cette faune d’éléments saumâtres ou littoraux.

Quant à la date du phénomène, les opinions les plus variées ont été soutenues : c’est ainsi qu’on admet souvent le synchronisme de celui-ci avec l’engloutissement de la forêt de Scissy. D'ailleurs il n’est pas impossible que l’époque de cet envahissement ait été très différente, même pour des localités peu éloignées, autrement dit que le rivage n’ait pas toujours été rectiligne.

S'il n’est pas possible de préciser le moment auquel la mer a, avançant de tout ce qui constitue actuellement la zone intercotidale, atteint ses limites actuelles, on verra plus loin (p. 16) qu’en ce qui concerne certains points nous sommes mieux renseionés.

Rappelons enfin que des faits identiques (existence de tourbières littorales et de vestiges anciens, romains ou néolithiques, dans la zone des marées) ont été signalés en de nombreux points du littoral de la Manche et de l'Océan.

En ce qui regarde la continuation actuelle de la transgression, quelques exemples sufliront, « la disparition de l’établissement antique du cap Romain à Saint-Aubin-sur-Mer et, plus récemment, l’engloutissement de Saint-Denis-Chef-de-Caux à la pointe de la Hève ; l'examen du plan cadastral de Luc-sur-Mer nous permet d'observer que, sur un point du littoral de cette commune les empiètements de la mer, depuis le commencement du x1x® siècle, atteignent 150 mètres en profondeur » (Doraxto).

(1) Il y aurait toute une intéressante série de recherches à faire concernant la tourbe, sa faune et sa flore propres et la faune marine actuelle qui s’y réfugie ; des sondages renseigneraient sur l'épaisseur des couches, leur ordre de superposition, la nature de la plate-forme qui les supporte ; quant à préciser leur extension au Nord, vers le large, la chose ne paraît guère possible malgré le vif intérêt de cette question ; il faudrait aussi rechercher au Sud l'extension des tourbières sous les dépôts alluviaux et les rattacher au système des tourbières de Caen.

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