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Trisran Danry p’IsNarD rapporte qu’au cours du voyage entrepris par lui et SÉBASTIEN VaïzLaANT pour le compte du Jardin du Roi, en 1707, étant montés sur la falaise d’Arromanches, on leur « fit remarquer qu’à environ une lieue et demie en mer, on voyait un mur de pierres de taille auquel il y a encor de gros anneaux de fer ou on attachoit autrefois des bateaux, mais que la mer ruinoit tous les jours les falaises d'Hermanche... » (Journal..., p. 41.)
On pourrait multiplier les exemples ; je n’en ajouterai qu’un, celui de la route du littoral, un peu à l’est de Meuvaines : en un point on a dû protéger la chaussée par une digue en glacis, sur laquelle passe la laisse de haute mer des vives eaux ; on trouve sur le bord Nord de la route elle-même des plantes qui ne s’éloignent guère du domaine atteint en vive eau d’équinoxe (Atriplex Tornabent et Cakile maritima) ; enfin, cette dernière espèce existe même déjà sur le bord méridional du chemin dont on devra se résoudre, plutôt que d’en disputer à la mer l'emplacement actuel, à modifier le tracé.
La transgression post-néolithique se poursuit en certains points sous nos yeux ; en d’autres elle est si peu apparente que le mouvement opposé se manifeste souvent et qu’on assiste à une pseudo-régression marine, qui a par certains auteurs été prise pour une régression vraie. « La transgression est encore masquée par une pseudo-régression, et ne reprend le dessus que d’une façon intermittente à la suite de tempêtes, de crues exceptionnelles, de raz de marée coupant les barrages sableux et vaseux » (FERRONIÈRE) (1).
Les deux facteurs de cette pseudo-régression qui fonctionnent dans la région de la basse Seulle sont : a) la sédimentation propre de l’estuaire et b) l’action directe de l’homme, qui tend toujours à prolonger vers la mer le domaine de la terre ferme, par le comblement de dépressions, la construction de digues, le drainage, l’assèchement des marais, etc. Si les bornes de la présente étude le permettaient, il faudrait ici esquisser la très intéressante histoire du marais de Courseulles et de sa disparition depuis les xvr® et xvirre siècles ; avec l’assèchement de la majorité des terrains encore occupés par des parcs à huîtres il y a cinquante ans, la lutte contre le marais est entrée dans une phase finale, par l’apparente et provisoire victoire remportée sur la transgression.
Celle-ci n’a jamais dû dépasser notablement, dans l’ensemble, les limites littorales actuelles. Il ne saurait être question en tout cas (2) d'admettre
(4) Bull. Soc. Géol. et Minér. de Bretagne, II, fasc. spécial, 1921, p. 210. Tout le mémoire intitulé « Phénomènes transgressifs et Pseudo-régression » (Zbid., pp. 192-212) est à étudier.
(2) Quelque importantes que soient les modifications de tracé que l’on peut raisonnablement attribuer À l'embouchure jusqu’au moyen âge.
la présence de la mer à Reviers à l’époque romaine comme un archéologue caennais distingué, M. Descnamps,a cru pouvoir le soutenir récemment.
M. Descnawes tire argument de la toponomastique en attribuant une très grande importance à des lieux-dits de Reviers, la Mare, la Merte Seulle
n HA. é RARE Fe et le Goulet ; il ajoute que l’importance de Redeverus à l'époque romaine
(prouvée, d’après lui, par le nombre considérable des voies convergeantes) implique l’existence, au voisinage de pareil entrepôt, d'un port marrtime : il signale ensuite la découverte d’amphores romaines à Courseulles à quatre et cinq mètres sous terre comme preuve de la grande profondeur de l'eau (la mer) en cet endroit, profondeur qu’il faudrait aujourd’hui chereher « à plus de quatre kilomètres de la côte » ; enfin, M. Descuawps cite le bréviaire de Bayeux dont les leçons font aborder Saint Vigor à Reviers.
M. Doraxro avant déjà présenté quelques remarques sur la thèse de M. Descamps, je me bornera à de rapides observations.
[0 L'importance des noms de heux cités ne semble pas aussi grande que l'admet Fauteur. Le terme de Mare n’est pas à lui seul assez précis pour impliquer la présence d'eaux salées, et eelui de Goulet (que lon retrouve parfois très avant dans les terres) n’évoqué pas obligatoirement l’embouchure d’un eours d’eau, mais semble s’appliquer très généralement à tout espace resserré, vallée sèche, défilé, cours d’eau encaissé où détroit maritime. Quant au terme de Morte Seulle, que M. Descamps attribue à des régions marécageuses récemment quittées par la mer, il évoque bien, en effet, la présence de collections d’eaux stagnantes mais s'applique probablement à un bras abandonné, une boucle « morte ». Les citations de 1634-35 (« pray assis en la prairie de Reviers, jouxte la rivière de Seulle d'une part et la Morte Seulle d'autre ») conviennent parfaitement à ce cas, puisqu'elles semblent impliquer que la Morte Seulle est latérale par rapport à la rivière, alors que dans l'hypothèse de M. Descaames elle devrait être décrite comme en avant de Fa rivière, entre celle-ci et la mer, et ne pouvant par conséquent admettre l’existence d’un pré entre elle et la Seulle. La Morte Seulle pourrait bien être d’ailleurs la boucle, aujourd’hui disparue et représentée par un simple fossé, qui se trouve à l’ouest de la rivière, immédiatement au sud du camp ancien de la Burette. Le fait, que me signale M. Descrames (1), de l’extension en surface du pré nommé Morte Seulle ne prouve nullement
que lon n'ait pas donné à un pré le nom du fossé qui le limitait ;
(1) Que je remercie tout spécialement ici de l'obligeance avec laquelle if a bien voulu, de vive voix, répondre à mes questions et m'apporter le secours eflicace de sa compétence en ce qui concerne l'étude historique du district.
29 Redeverus fut-il à l’époque romaine un centre aussi important que le croit M. Descnamps (1) ? Y doit-on voir le fameux et énigmatique Grannona du Notitiæ dignitatum et situé « in littore saxonico » ?
39 On ignore le lieu exact (emplacement du bassin actuel ?) de la découverte des amphores de Courseulles. Rien ne prouve en tout cas, qu’elles aient été, comme le sous-entend M. Descamps, déposées au fond de la mer (2). Bien que l’auteur affirme qu’ « on ne constate nulle part traces de construction », il reconnaît ailleurs qu’on découvrit près des amphores, et comme elles à douze pieds de profondeur, une rangée de vingt-cinq à trente gros madriers. Si ces pilotis ont été observés en place il est difficile de n'y pas voir les vestiges d’un ouvrage (digue, appontement ?), et il n’est nullement invraisemblable de penser que celui-ci était établi au bord de la rivière et repose sur un sol qui pourrait bien être au niveau des tourbières voisines, aujourd’hui submergées ; l’on peut parfaitement imaginer ces madriers ensevelis avec le comblement d’un des bras de la Seulle ou le déplacement de lestuaire dont l’histoire ne nous est guère connue avant le xrme siècle.