IV. — LES CONDITIONS PHYSIQUES DE LA VIE
A) Régime terrestre
En ce qui concerne les facteurs influençant la distribution des organismes non marins Je me bornerai à quelques notions rapides :
a) Composition du sol. — Tous les terrains du district sont calcaires : la vase du schorre contient cependant des éléments minéraux provenant du cours supérieur de la Seulle qui traverse des couches anciennes non calcaires (1). En dehors des terrains d’alluvions d’estuaire, tous les autres — alluvions marines, limons et couches profondes — sont pauvres en silice ; c’est ainsi que J'ai trouvé, pour la teneur en calcaire des sables supérieurs, au pied de la dune, sur la plage de Graye : 55,7 pour 100. Aussi le distriet possède-t-1l nombre de plantes calcicoles, par exemple Diplotaxis tenuifolia, Thesium humifusum, Helminthia scorpioides.
b) Hygrométrie. — Le climat est humide, du type maritime franc avec un maximum de précipitations de septembre à janvier et un minimum de février à août. La moyenne pluviométrique annuelle du département est de 751 mm. (2).
c) Vents dominants. — L'influence des vents d'Ouest et de Nord-Ouest,
(1) C'est ce qui explique la teneur relativement faible en calcaire de ces vases (24,4 pour 100 dans la tangue à Paragnathia du coude de Plaisance). Je ne connais cependant aucune plante silicicole caractérisée dans la région.
(2) . e. supérieure à celle de l'Eure (660 mm.) et de l’Ille-et-Vilaine (738 mm.) mais inférieure à celles de la Manche (873 mm.) de la Seine-Inférieure (809 mm.), de l'Orne (794 mm.) et des Côtes-du- Nord (778 mm.).
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quoique à la vérité peu sensible et peut-être sans grande importance, doit cependant être citée.
B) Régime aquatique saumâtre et maritime
19 La mobilité de l'eau. — 11 faut examiner à part les mouvements hori- - zontaux (vagues, courants généraux, de marée, ou dus à un cours d’eau) et les déplacements verticaux du niveau (marées).
L'action des pagues mérite ici (1), on le comprendra, moins d'attention que sur une côte rocheuse.
L'influence du courant, dans le cours inférieur de la rivière, est, au contraire, de toute première importance. Le courant propre de la Seulle n’a que peu de rapidité mais le flot et le jusant mettent en mouvement dans le secteur maritime de la rivière des masses d’eau énormes, qui, à mu-marée, se déplacent très rapidement. La violence de ces courants altermants dénude le fond du lit mineur où elle ne laisse en place que les cailloux et les graviers (2) ; elle empêche également la croissance de végétaux (3) qui, en des points abrités et de salinités identiques, pourraient se développer.
Les courants de mi-marée ne sont violents qu’en vive eam : en morte eau le courant ne se renverse pas, et coule d’amont en aval même durant le flot et la marée haute, simplement ralenti.
Les formes affranchies, ou presque, de Désdtasihe du substratum, planctoniques ou nageantes, subissent naturellement au maximum les effets mécaniques du courant de marée, plus ou moins passivement selon la mobilité propre des espèces.
Des formes marimes nageuses (Clupea, et autres poissons) peuvent, à la faveur du flot, remonter au delà de Plaisance pour retourner à la mer avec le jusant ; il est d’ailleurs, dans le cas de poissons, difficile de faire la part du courant et celle de l’action propre des individus, rendue possible par l'invasion, dans la rivière, d’eau à salure marine. Un exemple de transport purement passif, puisque l’animal ici n’est pas nageur, est fourni par l'observation d’un crabe (Pilumnus hirtellus) marin, entraîné vivant par le flot, caché dans une éponge, jusque dans les Obione du coude de Plaisance. Les Crustacés euryhalins aussi doivent aux courants, pour une grande part, leur distribution dans le distriet : un Îsopode, Eurydice pulchra Leach et un Mysidé, Macropsis slabberi (Van Ben.), se répandent parfois en grand
) Il n’y a de vraies colonies de Balanes que sur les jetées et les vestiges du brise-lames de Graye. ) C’est le cas au moins du pont Letellier au pont de fer, (3) Et, partant, de. certains animaux.
nombre dans la basse Seulle, à la faveur du flot ; c’est ainsi qu’au jusant, à la buse d'un pare abandonné, un peu en aval du barrage de Plaisance, j'ai capturé, en décembre 1921, ces Crustacés en quantité.
En sens inverse, le courant peut amener dans le district des formes venant du domaine supérieur dulcaquicole, des Insectes par exemple, ou des Lemna ; dans ce cas les organismes ne regagnent pas, bien entendu, leur habitat normal et périssent plus ou moins rapidement.
Le mouvement vertical de l’eau, le phénomène de la « marée » proprement dit est pour la répartition de l’ensemble des formes (car les organismes benthiques sont infiniment plus nombreux que les types planctoniques) beaucoup plus important que le courant.
Je n’insisterai pas sur les caractères généraux de ce phénomène — sujet déjà plusieurs fois abordé, et non sans talent, par des biologistes — et me bornerai à signaler que pour Courseulles l'établissement est de IX h. 20 m., l'unité de hauteur de 3 m.3, et que les hauteurs moyennes en vive et en morte eau sont respectivement 7 m. et 5 m. 60.
Un fait important est à signaler, concernant l’action des conditions artificelles sur la hauteur des marées. Quoiqu'il s’agisse de phénomènes imposés, dus au jeu de l’activité humaine, et plus spécialement à l’action des vannes de Plaisance et du fond du bassin, les résultats obtenus intéressent la bionomie. En effet, lorsqu’au jusant l’on ferme les vannes de Plaisance, pour accumuler l’eau nécessaire à une chasse future dans l’avant-port, le bief supérieur se remplit d’une eau à très faible salinité, pratiquement douce, et qui s'élève plus ou moins selon la durée d’occlusion du barrage. On peut assister ainsi à des marées de vive eau en eau douce qui démontrent la grande euryhalinité de certains organismes, ordinairement touchés par des eaux très salées, par exemple Paragnathia formica (Hesse).
Lorsque durant la marée basse on laisse ouvertes les vannes du fond du port il se produit un phénomène très curieux : l’eau du bras oriental se Jette bien entendu, comme toujours, dans le bassin, mais celle du bras occidental en fait alors autant. Arrivée au bec de Brumarais elle remonte le hit du bras oriental pour se déverser comme lui dans le bassin.
En conséquence tout le secteur compris entre le bec de Brumarais et le pont Letellier assèche ; il n’y demeure plus que des flaques d’eau non courante.
En morte eau la rivière coule d’amont en aval durant toute la marée, flot et haut de l’eau inclus ; il n’y a pas de renversement du courant, ce qui n'empêche naturellement pas l’influx d’eau salée dans la basse rivière