AU TEMPS PRÉSENT. UNE RENAISSANCE
Enfin, depuis 1871, qu’a-t-on fait 9
Eh bien, 011 continue d'abord à s’adresser aux peintres, à l'aveuglette; et, bien entendu, on écarte, systématiquement, les artistes qui ont manifesté un vrai sens de la décoration. Je ne cite pas les cartons commandés à cette époque : il sont tous méprisables.
Puis, il y a un revirement : le choix des peintres Erhmann et Galland prouve que ceux qui dispensent les commandes se rendent compte enfin de toutes les sottises accomplies. Alors, on respire; on se dit que l’on va enfin admirer pour longtemps. Erreur profonde : de nouveau, il est fait appel aux Joseph Blanc, aux Clairin et aux Humbert.
Plus récemment encore, si M. Georges Rochcgrosse, peintre-décorateur né celui-là, a été heureusement appelé, comment un administrateur, très avisé cependant, a-t-il pu demander des cartons à Maignan, à Toudouze et à M. Jean-Paul Laurens, trois artisans vulgaires et incapables de toute fantaisie:'
Je sais bien que ce choix : la Sirène et le Poète , d’après Gustave Moreau, contrebalance celte regrettable décision : mais ne semble-t-il pas que ce soit là un beau carton pris au hasard; et encore pourquoi n’a-t-on pas réservé à cette ardente mosaïque une originale bordure?
Heureusement, des tapisseries aujourd’hui terminées ou en cours d’exécution, d’après MM. Jules Chéret et A. Willette, disent bien qu’il y a quelque chose de changé présentement à la manufacture ; et ce quelque chose, c’est tout un nouvel art décoratif qui entre, qui va enfin s’y épanouir, avec toute la grâce et toute la fantaisie désirables. Rendons grâce à M. Gustave Geffroy de ce miracle. Mieux que quiconque, cet administrateur a compris que les Gobelins, sous peine île sombrer dans l’indifférence totale, devaient au plus tôt retrouver leurs nobles traditions d’autrefois; et, dès son entrée, M. Gustave Geffroy a fait appel aux deux artistes contemporains les plus indiqués pour donner cette fois de vrais modèles décoratifs et non plus de lourds et simples tableaux.
Voilà, n’est-ce pas, l’indice d'une véritable Renaissance:'
Voyons maintenant dans quel cadre pittoresque se présente la manufacture.
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