CHAPITRE V
I. Les ressources naturelles de Cuba. Les richesses forestières, la variété des essences et la faiblesse des exportations. Les arbres à fruits: les bananes, les ananas. — II. La culture sucrière et ses avatars; ses conditions actuelles. — 111. Les tabacs de La Havane, culture et traitements. — IV. Le cale. — V. L'élevage, la consommation de la viande. Le lait. Les légumes. L'apiculture. Le coton. Les industries secondaires.
I. — Considérons maintenant quelles sont les ressources naturelles de Cuba, les cultures qu'on y fait déjà, ou celles qui paraissent pouvoir y prospérer, ses productions végétales, les produits animaux qui sont susceptibles d'être utilisés ou mieux utilisés : indications tout à la fois sur le présent et sur l'avenir pour ceux qui seraient tentés par une mise en valeur plus complète du pays.
Il est assez naturel de s'occuper d'abord des richesses végétales. Or, bien des causes heureuses contribuent à donner à la végétation de Cuba une puissance et une abondance rares : le soleil est ardent, la température est à peu près constante, la couche de terre végétale est épaisse ; et, en dehors de la saison des pluies, qui revient toujours régulièrement à époque iixe, la rosée manque rarement. L'île renferme donc des richesses forestières considérables, d'une variété extrême, et l'on a pu y tenter une foule de cultures qui ont pour ainsi dire toutes réussi : sucre, tabac, en première ligne, puis, café, cacao, maïs, indigo, coton, etc. ; si certaines ont été abandonnées, c'est
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que le plus souvent elles ne « payaient » pas, pour des colons accoutumés à des résultats récompensant plus que largement leurs efforts.
Mais, de ces richesses forestières si abondantes, on en tire encore trop peu de parti, les routes de terre faisant défaut ou étant en mauvais état; et pourtant les bois qu'on trouve à Cuba sont applicables à peu près à tous les usages. Aussi bien, à considérer les choses d'ensemble, on rencontre dans l'Ile plus de 3.350 végétaux ou plantes indigènes, sans parler des végétaux exotiques introduits. Voici une foule de bois précieux, comme le caoba ou acajou, Tébène, le granadilla, le majagua, le cèdre, le roble, le ceiba, le lignum vita>, le pin, le palmier, ou plutôt les innombrables variétés de palmiers, dont chacune a sa particularité qui les rend si intéressantes. Bien entendu, ce qui abonde dans l'intérieur, ce sont surtout des bois ordinaires, et notamment ce pin de Cuba qui donne un bois excellent. Dans les provinces de Santiago et de Puerto Principe, ce sont des centaines de milliers d'hectares encore couverts de forêts vierges, ne demandant qu'à être exploitées, et à fournir des essences qui se vendront un bon prix, des arbres énormes qui trouveront une utilisation facile (pourvu, comme de juste, qu'on les puisse transporter). Rien que les forêts publiques, sans parler des propriétés particulières, sont estimées couvrir une superficie de 500.000 hectares (37.000 caballerias, pour employer une vieille mesure dont on fait souvent usage). Elles se trouvent principalement dans les provinces de Santiago et de Santa Clara.
On peut exploiter très aisément, et en abondance, le caoba (acajou ou mahogany des Anglais). Dès maintenant, on en exporte plus de 2.000 mitres cubes par an, et
il ne le cède comme qualité qu'à l'acajou de Saint-Domingue. Pour l'exploitation, on loue les forêts, en payant de 25 à 30 francs par arbre abattu; tout se fait du reste encore fort primitivement, et de sérieuses améliorations pourraient être introduites à ce point de vue. On a dû se limiter jusqu'ici aux forêts parcourues par des rivières, parce que les autres voies de transport faisaient presque toujours défaut. — Voici un bois particulièrement recommandable pour résister aux ravages des insectes, celui du cèdre, qui est employé constamment, et avec raison, par Fébénisterie locale ; on en exporte à peine, et cependant il trouverait facilement acheteur en Europe ou ailleurs. Puis viennent l'ébène, qui porte aussi le nom de granadilla, le gaïac, dont l'usage s'est tant développé pour les coussinets de machines, qui, de plus, fournit un produit pharmaceutique précieux, et dont on ne tire pour ainsi dire pas parti à Cuba. A recommander tout particulièrement le bois de lance ou yaya, qui peut rendre en carrosserie à peu près les mêmes services que le fameux hickory américain ; une foule d'autres bois trouveraient également un emploi fort avantageux dans la carrosserie, la lutherie, la marqueterie, Fébénisterie, comme le mancenillier , le courbaril. Le sapotillier présente une durée à peu près indéfinie, même exposé aux agents atmosphériques, et il est extraordinairement élastique. Tel palmier résiste admirablement aux tarets ; à côté, voici ce quebracho dont l'Argentine fait une exportation si énorme, puis une série d'acacias dont le bois est presque incorruptible ; le bois de rose, le bambou, applicable à tant d'usages, le latanier dont les feuilles se tissent si bien, et une foule de bois de teinture, comme le fustet, ou renfermant des huiles ou des résines qui trouveront partout un marché.
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Pour ce qui est des arbres à fruits, il nous est impossible de songer aies passer tous en revue ; du reste, une bonne partie d'entre eux ne sont encore intéressants que pour la consommation à peu près locale ; !il n'y a que sur les États-Unis que Ton rencontre des bateaux munis de cales frigorifiques permettant de les emporter en bon état jusqu'au consommateur. Il y a là certainement matière à entreprises fort importantes et profitables. En première ligne naturellement, nous citerons la banane, que nous verrons donner lieu à un commerce si important à la Jamaïque ; il y en a de multiples variétés, et surtout deux classes bien distinctes, la grosse banane, qui se mange cuite, et la fîgue banane, banana proprement dite en espagnol au lieu de platano, qui se mange crue. Les Etats- Unis, qui sont grands consommateurs de bananes, en demandent des quantités énormes à Cuba ; les dernières statistiques accusaient un mouvement de plus de 10 millions de francs. Ceux qui vivent à Cuba n'ont que le choix dans les innombrables fruits qui s'offrent à eux, depuis l'ananas, les dattes et les cocos, les mangos et les fruits du tamarinier, jusqu'aux pêches ou aux abricots, aux raisins. Ce qui est surtout intéressant au point de vue commercial, ce sont les fruits ou certains fruits du pays, qui poussent naturellement et presque sans culture. C'est ainsi que le commerce des ananas se développe puissamment, ces fruits ayant à Cuba une saveur exquise ; rien que de 1899 à 1901, l'exportation en avait augmenté de 400 pour 100. Actuellement, la valeur de ce commerce s'élève certainement à plus de 4 millions de francs. Aussi bien, la production dépasse de beaucoup la consommation locale complétée par l'exportation ; il y aurait donc place pour l'installation de fabriques de conserves, et nous
croyons bien que des tentatives sont poursuivies à cet égard.
Nous pourrions parler également des oranges et des citrons, qui sont excellents, et dont l'exportation est seulement gênée par la concurrence des fruits de la Floride.
II. — Les industries agricoles ou culturales du sucre, du tabac et même de l'élevage ont actuellement autrement d'importance que celles dont nous venons de dire un mot, et nous devons par conséquent y insister plus longuement. Ce sont des cultures dominantes, et peut-être trop dominantes.
C'est tout à fait au commencement du seizième siècle que la canne à sucre fut introduite à Cuba ; et les progrès de la culture furent bien lents, en même temps que, jusqu'au commencement du siècle dernier au moins, on employait des procédés de traitement tout à fait primitifs. Une transformation heureuse fut réalisée grâce à deux Français, M. Derosne et M. Gail; mais on sait qu'aujourd'hui l'installation des sucreries n'est plus généralement confiée comme jadis aux ingénieurs français. (Disons en passant que ces sucreries s'appelaient jusqu'ici « ingenios », mais on adopte plutôt maintenant le mot à allure américaine « centrales ».) Encore au milieu du dix-neuvième siècle, la production de l'Ile en sucre ne dépassait guère 250.000 tonnes. Peu à peu, le quantum s'en accroissait ; et, en dépit d'une crise terrible qui se mettait à sévir surtout depuis 1875, et qui abaissait continuellement le prix du sucre de 800 à 300 francs la tonne par exemple, la production était de 630.000 tonnes en 1885. De 1890 à 1894, tandis que le sucre cubain était admis en franchise par les États-Unis, la quantité produite arrivait à dépasser un million de tonnes. La guerre survint bientôt, et
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aussi on subit l'influence de la culture betteravière primée. Toujours est-il que la production s'était abaissée à 240.000 tonnes en 1895, et si elle se relevait un peu durant les années suivantes, elle ne s'en retrouvait pas moins à 280.000 tonnes en 1898. La guerre et les insurrections successives avaient mis les propriétés sucrières dans l'état le plus lamentable; ce n'étaient que ruines, que plantations abandonnées, une masse d'animaux d'exploitation avaient disparu. Et il fallut des efforts considérables pour remettre l'industrie à flot : mais, dès 1902,, la production remontait à 800.000 tonnes, et pour la campagne 1905, Cuba à elle seule fournissait plus des 12 pour 100 du sucre produit dans le monde entier. En cette même année, la récolte de cannes dépassait un million de tonnes, et elle atteint aujourd'hui 1.200.000 tonnes. Il est certain qu'on arrivera sans difficulté à 2 millions.
Le sol est des plus favorables à cette culture, surtout dans l'est de l'île, où elle s'est particulièrement développée. La couche déterre arable y est souvent de 2 mètres, et il n'est pas nécessaire de repiquer les boutures de canne chaque année, comme dans tant d'autres pays; pendant 10 années, le môme plant lancera des rejetons, et il suffira de nettoyer les canaverales, les champs de cannes, sans que le rendement en sucre des tiges descende au-dessous de 14 pour 100. Certaines variétés de cannes, qui atteignent 5 mètres de haut, donnent jusqu'à 100.000 kilogs à l'hectare. Pendant longtemps, et précisément par suite de ces conditions si favorables qui n'imposaient pas d'efforts sérieux, l'industrie sucrière est demeurée fort primitive à Cuba : on n'employait ni engrais chimiques ni môme fumier, le traitement de la canne se faisait sans procédés perfectionnés ; et l'on ne se donnait pas la peine de fabri-
quer des sucres de qualité supérieure, en comptant sur la vente des sous-produits ; du reste, il a toujours subsisté bon nombre de distilleries pour traiter les mélasses et en tirer des rhums.
D'une manière générale, il faut, pour tenter la culture de la canne, des terres d'au moins 50 centimètres d'épaisseur, qu'on peut se procurer à 400 ou 500 francs l'hectare (au moins), et la préparation du terrain se fait à la charrue où à la houe. Il faut ordinairement 8 journées de travail par hectare pour l'entretien du champ et la coupe de la canne ; les travailleurs, opérant au moyen du fameux sabre court, et bon à tout faire, qu'on appelle le machete, reçoivent un salaire de 5 à 6 fr. par jour. La coupe est un travail pénible que les Européens ne pourraient supporter sous ce climat. Le prix de la canne sur pied, au moment de la récolte, oscille entre 2 fr. 25 et 4 fr. 25 les 1.000 kilogs, elle est transportée à l'usine sur des chariots à 2 roues attelés de bœufs. Mais quand la distance à franchir est de plus de 3 kilomètres, on installe des petits chemins de fer à voie étroite, de ceux qui sillonnent tant de parties de l'île. Ce ne sont plus du reste des voies portatives, mais des voies fixes, dont le matériel vient presque exclusivement des Etats-Unis ; les constructeurs de ce pays sachant particulièrement bien établir les machines qui circuleront sans avaries sur ces voies si mal posées. Les wagons américains sont fort bon marché. Le prix de transport oscille entre 1 fr. 50 et 2 francs les 1.000 kilog. Une évolution très nette se fait d'ailleurs dans l'industrie et la culture sucrière à Cuba (tout comme à Porto- Rico). De plus en plus, les agriculteurs se contentent de produire la canne et vendent leur récolte, sans essayer de la traiter eux-mêmes, à des centrales, à de grandes
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sucreries qui remplacent les petits ingenios de jadis. Tout au moins, la sucrerie qui a acheté ou créé des champs de culture, les confie à des métayers ou colons auxquels la canne est payée, à raison de 4 pour 100 du poids brut de cette canne, en sucre de premier jet, les mélasses appartenant à l'usine. Les payements, en tout état de cause, ont presque toujours comme base un pourcentage du poids de sucre de premier jet.
Le travail de l'usine peut être effectué très facilement par des Européens. L'extraction du jus de la canne se fait beaucoup au moulin et fort peu par diffusion. D'une manière générale, le rendement de la canne ne dépasse guère 9 1/2 à 11 pour 100, et 2 à 3 pour 100 de mélasse. On se contente presque toujours de fabriquer des sucres jaunes non décolorés ; d'ailleurs, des améliorations graduelles se font dans les installations, qui laissent augurer que les industriels étrangers auront intérêt à se préoccuper de ce marché. Les capitaux y seront également les bienvenus, à la fois pour réaliser les améliorations voulues, et aussi pour accroître l'étendue d^s cultures sucrières. En tout cas, il est fort édifiant de savoir que, dès maintenant, le prix de revient d'une tonne de sucre, dans le port d'embarquement et prête à être expédiée, ne dépasse pas 40 à 50 piastres. Le sucre s'envoie dans des sacs de jute qui donnent lieu à. un commerce important.
III. — Les tabacs de Cuba ou de La Havane ont une réputation bien autre que les sucres de ce pays, parce que le cru importe beaucoup en la matière, et aussi que ces tabacs ne rencontrent pas la même concurrence européenne que le sucre. Ce sont certainement les meilleurs tabacs du monde, du moins ceux dits de la Vuelta Abajo, provenant de la partie de l'Ile située à l'ouest de la Havane ; on y
trouve des propriétés ou vegas renommées dans tous les pays. On ne sait pas si l'excellence de ce tabac est due au sol ou au climat ; mais ce qui est assuré, c'est qu'on a en vain essayé d'introduire ailleurs les meilleurs plants de Cuba. En fait, on obtient du tabac, et de bonne qualité, dans toute nie ; mais à part Santa Clara, qui donne une récolte relativement intéressante, les provinces de Pinar del Rio et de La Havane sont les seules qui soient réellement à considérer au point de vue de cette culture. Rien que la première donne les 3/4 de ce qui se produit de tabac à Cuba.
Le tabac est plante indigène dans l'Ile, et les Indiens fumaient abondamment quand y débarqua Colomb. On a commencé à exporter ce produit au seizième siècle, et ce commerce n'a jamais cessé depuis, en croissant constamment, sauf pendant les périodes de crises traversées si malheureusement par le pays. L'Espagne avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour gêner ou tuer cette industrie, en la frappant de lourdes taxes d'exportation, et cela dans le seul but de relever ses recettes coloniales ; on fraudait considérablement en conséquence, et, pour une exportation constatée officiellement de 20 millions de livres, l'exportation effective était certainement de plus du double. Au commencement du siècle dernier, ce commerce était monopolisé entre les mains de la Compagnie royale de la Havane. Avec le commerce libre, on arrivait officiellement, en 1849, à une exportation de 1.850.000 kilog. de tabac et de 124 millions de cigares ; en 1894, les chiffres correspondants étaient de 135 millions de cigares, de 1.800.000 kilog. environ de tabac en feuilles ou manufacturé, et de 46 millions de paquets de cigarettes. A l'heure présente, l'exportation atteint quelque 15.000.000 de
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tonnes de tabac, près de 210 millions de cigares et 17 millions de paquets de cigarettes. Pour ce qui est de la production considérée dans son ensemble, et répondant à la consommation locale comme à l'exportation, elle était de 375.000 balles de 50 kilog. en 1896 ; après avoir baissé, et pour cause, elle s'est retrouvée à 510.000 balles en 1900. Actuellement, elle se tient aux environs de 420.000 balles. Nous ne pensons pas, du reste, qu'il y ait intérêt à développer beaucoup cette industrie, qui ne peut donner que des produits de luxe, et n'est pas assurée de toujours trouver des consommateurs, ainsi que cela est le cas pour le sucre. C'est ce qui explique que si de nombreuses a fabricas de tabacos » naissent journellement à Cuba, il en meurt aussi tous les jours. Au surplus, il ne faut pas oublier que les tabacs n'ont pas été déchargés de tous droits d'exportation : on a maintenu une taxe de 2,20 à 6,30 dollars par 100 kilog., qui est heureusement fort inférieure à celle que faisait payer jadis l'administration espagnole, mais n'en est pas moins une faute à notre avis* La culture du tabac, pourtant localisée ainsi que nous l'avons indiqué, n'en couvre pas moins le dixième de la surface cultivée de toute l'Ile, (où tant de terres sont demeurées incultes), et le rôle que joue cette industrie est considérable, puisqu'elle fait vivre une centaine de mille personnes. La saison de culture va de septembre à janvier ; elle est suivie par la coupe et la préparation du tabac, qui dure jusqu'à la fin de février, et demande des soins tout particuliers que nous ne pouvons décrire. La question de la fermentation est des plus importantes, et elle réagit puissamment sur l'arôme des feuilles. Une bonne partie de la production est transformée en cigares et cigarettes, soit à La Havane, soit dans diverses autres villes.
Cette industrie du tabac tente beaucoup de gens, parce qu'elle est bien plus rémunératrice que celle du sucre ; et Ton peut dire que, en demandant moins de capitaux, elle assure des produits d'une valeur totale plus grande que la culture et le traitement de la canne à sucre ; par contre, elle est bien plus difficile à conduire, et, en outre, elle est sujette à de forts aléas, du fait des variations atmosphériques et des ravages d'insectes redoutables. A noter que les produits se divisent en capa, quebrado et tripa, la capa seule formant ou pouvant former l'extérieur des cigares, et étant par suite à même de se vendre un très bon prix. Aussi bien, ce prix du tabac peut varier de 10 piastres à 20 centavos la livre ; en tout cas, dans la Vuelta Abajo, le plus mauvais tabac se vendra toujours au moins 20 piastres le quintal, ce qui correspond à un peu plus de 2 francs le kilog. ; et les belles tripas de Pinar del Rio ou de San Juan y Martinez, localité située tout près de la précédente, arrivent à se vendre jusqu'à 600 et 700 piastres le quintal. Un veguero, ainsi qu'on appelle les cultivateurs de tabac, s'estime satisfait quand, l'un dans l'autre, son tabac se vend 100 piastres le quintal. Un hectare de bonne vega donne de 38.000 à 40.000 francs, et dans les meilleures régions le rendement peut être double. Il faut dire que, dans ces mêmes districts, les terrains se vendent des prix fabuleux, les propriétaires n'étant pas désireux de s'en défaire ; on voit couramment repousser des olfres de (50. 000 francs pour des terrains de quelque 7 hectares de superficie. Quant aux prix de location, on estime que 170 francs par hectare, c'est le prix moyen d'un terrain convenable. C'est sur ce terrain que le locataire doit, non seulement exécuter les plantations, mais encore établir les habitations pour sa famille et ses ouvriers, les
hangars, les séchoirs, en constructions légères, il est vrai, et peu coûteuses. Pour préparer le terrain, cultiver 100.000 posturas, c'est-à-dire 100.000 jeunes plants de tabac, pour faire ensuite la récolte et exécuter toutes les manipulations nécessaires jusqu'à ce que le tabac soit bon à vendre, il faut deux hommes pendant 80 jours, et six hommes durant 60 jours.
Sur ces bases, si Ton considère un terrain de 100 hectares, loué 250 francs à l'hectare, on arrive à une dépense totale de 310.000 francs, en comptant 15.000 francs à peu près pour les instruments agricoles, les chevaux, les bœufs, etc. Et une bonne récolte donnera souvent pour plus de 3.800.000 francs de tabac vendu. Mais il faut compter sur les aléas de toutes sortes, les déchets, et songer aussi que le capital se paye cher à Cuba.
IV. — On continue toujours de cultiver du café à Cuba, quoique cette industrie ne soit plus rien par rapport au passé. Elle fut introduite dans File au milieu du dix-huitième siècle par des colons français émigrés de Saint- Domingue, et elle avait pris une extension considérable. A Artemisa, en particulier, cette culture spéciale était florissante, les caféiers étaient abrités par des palmiers du genre Royal formant d'admirables quinconces ; les caféiers ont disparu en grande partie, mais les allées de palmiers demeurent dans la campagne comme souvenir du passé.
Et cependant, le sol et le climat de Cuba sont admirablement appropriés au caféier : en 1849, on y produisait plus de 9 millions et demi de kilog. de la précieuse denrée, et d'un café à saveur exquise, valant presque celui de Porto-Rico ; en 1858, la récolte était tombée à moins de 2 millions de kilog. On préférait de plus en plus la cul-
ture de la canne, plus rémunératrice : il faut dire que Cuba a eu, à une certaine époque, presque le monopole de la fabrication du sucre colonial. En 1894, pourtant, la production du café s'était relevée à 8 millions de kilog. Mais les insurrections se firent cruellement sentir à ce point de vue comme à d'autres, en même temps que pesait le poids des impôts ; d'autre part, le café de Cuba et des Antilles s'est trouvé en concurrence avec les cafés, assurément bien inférieurs, mais produits en masse énorme, par l'Amérique du Sud et plusieurs autres régions. Aussi, comme nous l'avons déjà noté, cette culture a-t-elle été en grande partie abandonnée ; il n'y a certainement pas 200 plantations de café dans l'Ile, à l'heure présente, plantations cultivant l'arbuste d'Arabie principalement. On fait deux récoltes par an, et comme l'arbuste réclame de l'ombre, on peut avoir sur le même terrain, et s'intercalant entre les plants de café, des arbres fruitiers, comme des orangers, qui augmentent considérablement le revenu de la terre. Pour l'instant, ce qu'on récolte sert surtout à la consommation locale, et l'exportation est presque négligeable. On obtient les meilleurs rendements dans des terres situées à une altitude moyenne de 500 mètres, on peut dire en montagne, là où la température moyenne est de quelque 20°. On recueille environ 650 kilog. de café, nettoyé et séché, à l'hectare, le prix de revient tournant autour de 90 francs les 100 kilog. ; on sait d'ailleurs combien les cafés concurrents et de qualité moyenne se vendent bon marché, même en Europe.
V. — Une industrie agricole cubaine qu'on ne peut passer sous silence, c'est celle de l'élevage : les bestiaux sont demandés et par les exploitations sucrières et par la consommation de bouche. On la pratique principalement dans
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la province de Puerto Principe, ou de Camaguey, comme on dit plutôt dans l'Ile. On rencontre dans cette région des prairies naturelles, et surtout des potreros ou prairies artificielles semées de parana et d'herbe de Guinée, suivant qu'on est en terrain humide ou sec; l'herbe de Guinée en particulier, merveilleusement acclimatée, pousse plus haut qu'un homme, parfois qu'un homme à cheval. Le prix de ces prairies artificielles en bonne terre atteint de 200 à 250 francs l'hectare ; on recourt au feu pour déboiser les terrains qu'on ensemence ensuite, les dépenses nécessaires pour ces opérations et Tenclôture représentant quelque 125 francs de l'hectare. Jadis, l'élevage a présenté une importance exceptionnelle à Cuba; puis l'Espagne avait déjà commencé de le ruiner partiellement, en imposant de lourdes taxes sur chaque tête d'animal, quand vinrent les insurrections, durant lesquelles les troupeaux furent continuellement razziés, et où il se fit une véritable dilapidation de bétail. On recompose lentement le troupeau; et il est pourtant assuré qu'on pourrait faire des affaires excellentes en se livrant méthodiquement à cette industrie, l'élevage môme des porcs étant grandement facilité par les fruits sauvages qu'on pourrait leur faire consommer. On semble être revenu maintenant à un total de plus de 2 millions de têtes de bétail, et l'on importe constamment en cette matière ; les chevaux métis du pays, jadis si remarquables, avaient complètement disparu, et encore maintenant on paye 750 francs une bête ordinaire ; les bœufs et taureaux coûtent de 200 à 250 francs, et il y a beaucoup à faire dans la boucherie, la viande coûtant fort cher relativement et ne suffisant pas à la consommation*
La viande de porc, la viande boucanée ou tasajo et le poisson salé suffisent encore aux travailleurs de la cam-
pagne ; les travailleurs de la ville se rabattent sur le pain, le café au lait, les haricots, le riz, les fruits. Le bétail qu'on élève vient surtout de Colombie ; on met deux bêtes par hectare, les animaux grandissent en plein air, aux soins de quelques vaqueros, et la reproduction est de 80 pour 100 par an.
A noter que le lait, comme la viande (et en partie sous l'influence de tous les droits protecteurs) coûte cher : 1 fr. le litre à La Havane. Pour le beurre, on n'en fait que fort peu dans le pays, et encore ce sont des Américains.
La production des légumes, au moins de ceux qui appartiennent à la végétation tropicale ou semi-tropicale, pourrait se faire sur une grande échelle, et Ton aurait un large marché de vente aux États-Unis : maïs, riz, patates, betteraves, oignons, haricots, choux, viendraient à merveille en fournissant plusieurs récoltes par an. L'élevage des abeilles, qui est pratiqué depuis longtemps, peut prendre une envergure bien autrement grande encore. On s'est mis à cultiver dans Tlle cet agave, ce henequen, qui a fait la fortune du Yucatan, et dont les fibres sont si demandées un peu partout, et en particulier aux États- Unis; déjà des sociétés se sont formées, comme à Gayo Romano, qui tirent très bon parti de plantations pourtant assez récentes.
On se préoccupe beaucoup enfin de développer la production du coton sur le sol de Cuba ; on sait que cette matière première est insuffisante pour les besoins de l'industrie. Vers 1840, on exportait de Cuba plus de 12.000 tonnes de cette fibre, et actuellement on poursuit des essais avec des cotons américains, qui se laissent malheureusement attaquer par des insectes redoutables. Aussi bien, le coton est indigène à Cuba, mais un coton
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fort ordinaire comme qualité. On parle dès maintenant d'installer une filature doublée d'un tissage, pour produire tout au moins des étoffes grossières. On voit que les champs d'activité ne manquent point pour quiconque apporte des connaissances techniques, des capitaux, ou de l'esprit d'entreprise et des bras vigoureux à Cuba. Et encore pourrait-on citer bien d'autres industries à y tenter ou à y développer; c'est ainsi que Ton pêche déjà éponges, nacre, tortues, dont on tire parti plus ou moins bien; au fur et à mesure que l'élevage se développera, il y aura à donner de l'extension à l'industrie des cuirs. On a fait des essais sur la production du caoutchouc, encore une matière première dont la quantité est insuffisante pour les besoins modernes. Le cacao vient très bien, et demande seulement à être préparé plus soigneusement, etc.
eu \ VIT H E VI
I. Le sous-sol de Cuba; richesses minières diverses du passé et d'aujourdbui. Los exploitations cuprifères; la production croissante du minerai de fer et son excellente qualité ; le manganèse. Gisements d'asphalte et de bitume; charbon, amiante, plomb, ziuc, kaolin, marbres. Un coup d'œil sur la législation minière. — 11. La formation des sociétés, la propriété industrielle. Les impositions. — 111. L'avenir de la République Cubaine.
I. — La richesse de Cuba n'est pas seulement faite de la fertilité de son sol et de la douceur de son climat; son sous-sol aussi est à exploiter,, et il promet beaucoup, autant qu'on en peut juger d'après les données encore incomplètes recueillies et la mise en œuvre bien partielle des mines et gisements divers que renferme l'Ile. A la
vérité, et comme pour beaucoup d'autres industries, l'expansion de l'industrie minière a été gênée considérablement par l'absence de voies de terre formant accès aux centres miniers déjà reconnus. Pour l'exploitation des mines, il est indispensable également d'avoir à sa disposition de gros capitaux. Ajoutons à cela que les bras ont longtemps manqué; les indigènes ne se souciaient point de ce travail pénible, et l'importation du travailleur noir avait échoué. Bien entendu on avait trouvé, comme un peu partout dans le Nouveau-Monde, des mines d'or et d'argent, dont la richesse était supérieure à celle des mines de Saint-Domingue; elles se rencontraient dans l'ouest et l'est de l'Ile. Mais on les a épuisées à peu près complètement, du moins celles qui étaient de facile exploitation, et nous verrons tout à l'heure que celles qui sont encore exploitables, réclament des aménagements nouveaux et des immobilisations importantes.
Avant 1884, les seules mines exploitées avec succès (à part ces métaux précieux) furent des gisements de cuivre qui avaient été découverts dès le seizième siècle à Santiago del Prado, dénommé plus tard pour cela Santiago del Cobre, dans la Province de Santiago de Cuba. Les mines appartenaient à l'État, qui les avait amodiées ; les exploitants avaient fait de mauvaises affaires et les avaient abandonnées. Elles demeurèrent dans cet état jusque vers 1830, époque à laquelle se formèrent des Compagnies d'exploitation, qui extrairent et exportèrent 600.000 tonnes de métal, représentant déjà une valeur considérable. En 1869, la fameuse insurrection vint interrompre complètement le travail des mines, au grand dam du pays; et, à la paix, l'on vit se créer la Compagnie des Mines de fer du Juraoua, qui commença une pre-
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mière exploitation dans la Province de Santiago ; peu à peu, d'autres entreprises ont été lancées, comme la Spanish American Iron G°., exploitant les mines de Daiquiri, ou la Sigua Iron G 0 ., possédant des exploitations à Sigua et ailleurs.
C'est toujours dans la Province de Santiago que sont le plus nombreuses les entreprises minières ; on en trouve un certain nombre dans les provinces de Pinar del Rio, de Puerto Principe et de Matanzas; et quelques-unes seulement dans celle de La Havane.
Jetons un coup d'œil rapide sur les divers minerais et minéraux extraits du sol de Cuba. Le minerai de fer, que Ton rencontre dans la chaîne dite Sierra Maestra, et un peu sur toute sa longueur, comprend et de l'hématite et du fer magnétique ; il est tout à la fois très riche en fer et d'une teneur très faible en soufre et en phosphore,, ce qui a de grands avantages au point de vue métallurgique. La teneur en fer de ces minerais, qu'il s'agisse de ceux de la Spanish American G°. ou, de la Juragua G°., atteint GO à 62 pour 100. D'une manière générale, et étant donné que l'on s'en tient aux exploitations les plus faciles, le travail des mines se fait à ciel ouvert, en carrière peut-on dire ; le minerai est très dur, il est détaché de la roche encaissante — où il se présente de façon fort irrégulière et en surface — au moyen de coins et d'explosifs ; il est assez malaisé à trier de cette roche. Certaines entreprises, comme celle de Juragua, ont cet avantage de se trouver près de la mer, ce qui facilite étrangement l'exportation des produits; elles sont dotées déjà d'un bon matériel, matériel roulant notamment pour leurs voies ferrées, le tout venant des États-Unis. On estime que la tonne de minerai, tous frais généraux et amortissement compris,
revient en moyenne à environ 5 fr. ? franco bord à Santiago. L'exportation du minerai de fer dépasse dès maintenant (>()0.(H)() tonnes par an, et il est probable que peu à peu Ton va s'attaquer aux autres gisements, qui certainement abondent dans le sous-sol; ce sera peut-être môme l'occasion de La création d'usines métallurgiques à Cuba.
Pour le cuivre, on est bien loin de l'époque où ces premières mines, dont nous avons dit un mot, fournissaient chaque mois 15.000 tonnes de minerai , et d'un minerai dont la teneur en cuivre pur était de 15 à 18 pour 100. Il est vrai que tout le matériel de ces mines fut détruit jadis, à commencer par une voie ferrée indispensable, et aussi les installations de pompage ; si bien que la remise en état d'exploitation nécessitait des dépenses énormes. Depuis peu de temps, les capitaux américains sont intervenus, et l'on est en train de ramènera la vie industrielle les riches districts cuprifères ; on s'est immédiatement attaqué aux formidables amas de résidus laissés par les exploitations d'autrefois, et dans lesquels il demeurait une proportion assez élevée de cuivre, puis on recommence peu à peu l'exploitation des anciennes galeries.
On trouve des preuves géologiques de la présence du cuivre dans toute la région de Santiago ; du côté de Manzanillo, de Dos Palmas, de El Ganey, et dans bien d'autres parages, on se livre à des travaux de prospection qui donneront certainement des résultats importants. La province de Santa Clara, particulièrement autour de Tri nid ad, semble promettre beaucoup au prospecteur, et plus tard à l'exploitant ; il y a aussi à jeter les yeux du côté du district de Manicargua, et la province de Matanzas paraît renfermer également des richesses cuprifères.
Etant donnée son utilisation croissante dans la sidé-
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rurgie, le manganèse ne pouvait manquer d'attirer l'attention à Cuba, où on le rencontre assez facilement. Une des premières exploitations et encore une des plus considérables, est celle de laPonupo Transportation C°, Ponupo se trouvant à une quarantaine de kilomètres au nord de Santiago. La mine est située à 300 mètres d'altitude, au sommet d'un large mamelon ; c'est une couche d'oxyde de manganèse de 3 mètres de puissance, que Ton peut extraire à la pioche et à la pelle. Elle représente certainement plusieurs millions de tonnes, et encore croit-on qu'il existe d'autres couches à plus grande profondeur. La teneur en métal est toujours de 50 pour 100 ; la Compagnie, qui est locataire des terrains, est estimée réaliser un bénéfice de 4 dollars à la tonne. Nous signalerons encore les Mines Boston, aux environs de la ville de El Gristo ; le minerai est riche là aussi, et l'extraction s'y peut développer beaucoup. Du reste, sur de nombreux autres points de la province de Santiago, on peut espérer fonder des entreprises exploitant avec profit les poches manganésifôres.
Cuba possède des gisements d'asphalte, et qui sont déjà exploités. On rencontre, en effet, des dépôts bitumineux qui renferment depuis une huile translucide ressemblant à du pétrole, jusqu'à des goudrons, de la poix, de l'asphalte, et aussi des sortes de charbons de pierre (comme disent les indigènes), lignite et charbon bitumineux. On a bel et bien trouvé de l'huile qui, une fois raffinée, a servi au chauffage ou à l'éclairage; l'asphalte extrait sert parfois d'enrichissant dans la fabrication du gaz d'élairage, ou bien est employé pour les rues des agglomérations un peu importantes ; on tire môme des vernis de certaines des substances ainsi exploitées. Ces dépôts
bitumineux sont situés principalement sur le littoral nord, entre Bahia Honda et Puerto Padre ; à Cardenas, on a utilisé longtemps les gisements qui se trouvaient dans le fond même de la baie. Les exploitations qui existent ont une certaine importance commerciale, et on pourrait peut-être les développer ou en créer d'autres.
Il s'en faut que ce soient là les seules richesses que recèle le sous-sol de Cuba. On y a constaté la présence du charbon proprement dit, de l'amiante, du zinc, du plomb, du platine, du kaolin ; et sans reparler à nouveau de For et de l'argent, qui donnent lieu de temps à autre à des concessions plus ou moins suivies d'exploitation, on aurait encore à signaler les marbres de très belle qualité que Ton trouve par exemple du côté de Nueva Gerona, ou dans l'île des Pins, ces gisements pouvant fournir des marbres de toute couleur, sans fractures, dans toutes les dimensions, et susceptibles d'être transportés aisément vers les lieux d'emploi. On rencontre également à Cuba des sources minérales aussi bien que de l'ardoise, et une série d'autres richesses parfaitement utilisables.
D'après les derniers chiffres que nous possédions, le nombre des mines ayant fait l'objet des concessions et de levés complets, doit atteindre à 400, couvrant plus de 20.000 hectares : quelque 80 portent sur l'asphalte, autant à peu près sur le cuivre, un peu moins sur le fer, 85 sur le manganèse, une douzaine sur le charbon, quelquesunes sur le zinc, le plomb, le graphite. En fait, on a reconnu une étendue déplus de 56.000 hectares de terrains miniers.
La loi sur les mines est toujours la loi espagnole du 6 juillet 1859, qui a été légèrement modifiée en 1868. Nous ne pouvons que donner les dispositions essentielles qui ré-
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gissent les concessions. Toute personne espagnole ou étrangère peut, une fois qu'elle en a donné avis à l'autorité locale, se livrer à des excavations sur des terrains du domaine public, afin de découvrir des substances minérales ; en terrain privé, il faut la permission du propriétaire ou de son représentant. Quand on veut exploiter, on doit prévenir l'autorité gouvernementale, qui autorisera la concession ; celle-ci est faite à perpétuité, et le concessionnaire est libre d'exploiter ou non, sans que l'Etat ni personne ait rien à y voir, pourvu, bien entendu, que la taxe annuelle soit versée dans les caisses de l'Etat. Cette taxe est de 5 dollars par hectare, ou de 30 dollars par claim de 30 hectares, suivant qu'il s'agit de pierres précieuses ou de substances métallifères ; pour les autres matières, la taxe est de 2 dollars seulement. Un demandeur en concession peut faire porter sa demande sur un ou plusieurs claims (qu'on appelle pertenencias). La pertenencia est de 5 hectares, pour les substances ordinaires, ou de 15 pour le fer, le charbon, la tourbe, l'asphalte, les argiles bitumineuses.
II. — Qu'on nous permette d'ajouter quelques mots qui ont de l'intérêt pour ceux qui veulent aller à Cuba et y fonder des exploitations industrielles ou autres. Tout d'abord, disons que la formation des sociétés y est soumise aux règles du Code civil espagnol, File ayant gardé la législation générale de son ancienne Métropole. De même pour le Code de commerce. Le principe en la matière, c'est la personnalité juridique des sociétés, moyennant publicité ; on peut créer en toute liberté des Banques territoriales, des banques agricoles ou d'émission, tout aussi bien que d'escompte, de crédit, d'hypothèques; de même, on peut fonder comme il semble bon des sociétés pour exploiter
des magasins, des mines, etc. Il suffît que la société soit inscrite dans un registre public ad hoc. On assimile à des sociétés commerciales les assurances d'incendie même mutuelles, les tontines, les coopératives, pourvu qu'elles dépassent la simple mutualité.
Pour ce qui est de la propriété industrielle (comme du reste littéraire), elle est protégée dans de bonnes conditions sous la surveillance du Secrétariat de l'agriculture, du commerce et de l'industrie. La loi des brevets n'empeche pas la vente d'objets semblables à ceux qui sont brevetés à Cuba introduits de l'étranger ; la durée d'un brevet est de 17 ans, il coûte 35 dollars. Les brevets pris aux Etats-Unis valent à Cuba.
Nous avons vu que l'industrie locale, ou plus exactement les producteurs locaux de toutes sortes sont censés être protégés par les droits protecteurs fort élevés qui frappent les importations ; cette politique augmente en réalité considérablement le coût de la vie, comme c'est le cas aux États-Unis. Au surplus, et toujours principalement pour payer les intérêts de la dette de la République, il ne manque pas d'impôts pour venir alourdir les charges des contribuables. Il y a des taxes complémentaires d'importation sur les liqueurs, les vins mousseux ou autres, les eaux artificielles, les allumettes, atteignant, par exemple, 30 centavos par litre pour les vins mousseux. Nous avons parlé des taxes d'exportation sur les tabacs, et que Ton espère faire payer entièrement par les acheteurs étrangers. Il y a aussi des taxes de fabrication ou de consommation : 20 centavos par litre, par exemple, sur les liqueurs (ce qui fait l'équilibre pour les liqueurs importées) ; les cigares à l'intérieur payent 20 centavos les 100. Les industries frappées sont soumises à une sorte d'exercice.
III. — En résumé Cubapossède des richesses, un soussol, un sol, un climat, une situation qui justifient bien son nom de Perle des Antilles; pour tirer parti de tout cela, il faut une politique financière saine, en même temps qu'une politique tout court aussi calme qu'on peut la désirer ; il faut aussi des capitaux, des intelligences, des activités et des bras. Dès maintenant, au point de vue capital au moins, les Américains ont su profiter du champ nouveau qui s'ouvrait à eux, et Ton peut estimer à bien plus de 500 millions de francs les sommes qu'ils ont apportées dans File et consacrées à des entreprises reproductives. Il serait à désirer qu'ils ne soient pas les seuls à tirer parti de la mise en œuvre de toutes les richesses que nous avons essayé d'indiquer. Il serait à désirer pour la jeune République, si les Yankees veulent bien la laisser vivre, qu'elle comprenne l'intérêt qu'elle aurait à ouvrir aussi largement que possible ses frontières aux produits étrangers, en même temps qu'aux capitaux que certainement elle retiendra sur son sol pour son plus grand avantage ; si elle sait éviter les troubles qui ont si longtemps gêné son essor.