‹ Les grandes AntillesChapitre 15 sur 62 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

I. Le commerce portoricain; son développement et ses avatars successifs. La mauvaise influence de la législation douanière espagnole ; les tarifs américains et le libre-échange établi entre l'Ile et les États-Unis. La part des pays étrangers et la situation prédominante de la Confédération. Le commerce français et la réglementation douanière. — II. La monnaie hier et aujourd'hui; la crise de transformation et l'amélioration de la situation. — III. Les banques et les sociétés financières.

I. — En parlant des ports tout à l'heure, nous avons ontré comment les pavillons se partagent le mouvement aritime de l'île; ce n'est pas tout à fait la même chose ue la répartition du commerce entre les divers pays;

nous allons le constater en jetant un coup d'œil sur les transactions commerciales ; bien entendu sous réserve de l'inexactitude forcée des statistiques commerciales, qui ne répondent pas toujours à la réalité du lieu d'origine de la marchandise.

En dépit des fortunes qui s'y sont faites, mais justement comme conséquence des difficultés des communications intérieures, et aussi de la rareté des capitaux qui laissaient sans concurrence les commerçants existants ; par suite de la base beaucoup trop étroite sur laquelle se faisait l'exploitation industrielle du pays ; il est certain que le commerce est demeuré dans l'enfance à Porto-Rico. Aussi bien, les conditions imposées jadis parla Métropole espagnole gènaient-elles considérablement le développement de ce commerce; et s'il n'en est plus de môme sous la domination américaine, ce n'est point que les Yankees aient apporté des conceptions économiques beaucoup plus larges (en soumettant l'Ile à leur tarif douanier démesuré); c'est tout simplement que l'immense territoire américain a été ouvert à Porto-Rico,, qui se trouve englobé dans un énorme Zollverein, où, en fait, le libre-échange assure des avantages précieux et un nombre considérable de consommateurs. C'est du reste pour cela que, si le commerce s'est grandement développé, il a continué de se faire surtout dans un sens, vers un pays déterminé : autrefois, c'était l'Espagne et aussi Cuba; maintenant c'est la Confédération américaine.

Encore en 1888, le mouvement commercial de Porto- Rico ne dépassait guère 14 millions de piastres aux importations et 13 millions aux exportations ; en 1897, les chiffres respectifs étaient de 17.858.000 et 18.574.000 piastres. Bien entendu, la première année de l'occupation militaire

PORTO-RICO

par les États-Unis fut une année de crise, parce que les anciennes relations se rompaient, et qu'elles n'étaient point remplacées par d'autres; à cela il faut ajouter le régime douanier provisoire auquel nous avons fait allusion, et qui laissait Porto-Rico totalement isolé des États- Unis. Peu de temps après, l'état de choses empirait, par suite de ce terrible cyclone de 1899 qui a semé tant de ruines dans File, et a fait disparaître complètement, pendant un certain temps, ces récoltes agricoles qui formaient la principale richesse du pays et le chapitre dominant des exportations. Si nous considérions les statistiques relatives à Tannée 1897 ou 1898, nous y verrions, comme articles d'exportation, une quantité énorme de café, du sucre en moins grande abondance, puis du tabac, des mélasses, des peaux, des graisses, du maïs, des bois de teinture, des animaux sur pied; en réalité, la liste ne s'est pas beaucoup modifiée, mais le café a cédé la place au sucre, le cyclone ayant ravagé les plantations de café, les fincas; et aussi comme conséquence de ce fait que le grand consommateur des produits portoricains est la Confédération américaine, qu'elle réclame des sucres, alors qu'elle est incapable d'apprécier les exquis cafés portoricains, et que ces sucres trouvent ouverts devant eux le marché yankee, tandis que les cafés se heurtent aux droits de douanes des pays européens. Pour ce qui était des importations dans l'Ile, on y relevait surtout du bœuf salé et des viandes diverses, de la morue et du riz, des farines, des vins et des tissus; aujourd'hui, nous rencontrerons en partie les mêmes articles ; mais la reprise de l'industrie sucriôre a donné une vive impulsion au commerce des machines, et le luxe s'introduit dans les consommations, par suite du relèvement des salaires ; en

même temps que l'enthousiasme que Ton a su exciter en faveur des produits américains suscite des consommateurs pour ceux-ci.

Examinons les derniers exercices dont nous ayons les chilFres, en y notant les détails caractéristiques sur les articles qui constituent le commerce du pays, et sur les produits que prennent ou envoient les différentes contrées en relations avec Porto-Rico.

En 1904, le mouvement des échanges dans File a été de 12.685.000 dollars aux importations générales, et de 10.120.000 aux exportations générales ; dans cet ensemble, la part des États-Unis était respectivement de 10.727.000 et de 11.576.000. Pour Tannée 1905, (nous entendon s Unissant à la mi-année 1905), les importations avaient atteint 16.536.000 dollars, dont 13.974.000 pour les États-Unis ; et les exportations 18.709.000 dollars dont 15.633.000 sur la Confédération américaine. Tout cela accuse une prépondérance écrasante du commerce américain, qui s'explique en grande partie par les conditions douanières, ou plus exactement la franchise dont jouissent les marchandises yankees ; nous retrouverons cette prépondérance dans les statistiques commerciales les plus récentes. Mais il faut dire aussi que ces relations de Porto-Rico avec la Confédération sont puissamment facilitées par le voisinage de la grande République. D'autre part, les progrès du commerce avec les pays douanièrement étrangers, et que nous allons voir se continuer dans les exercices ultérieurs, montrent que les commerçants des nations européennes ne doivent pas se décourager; il y a place au moins pour certains de leurs articles, et il est des produits que les industriels américains ne peuvent point fournir dans les mêmes conditions

PORTO- RICO

qu'eux. Aussi bien, la situation respective des divers pays varie d'une année à l'autre, ce qui prouve que les relations commerciales sont constamment sujettes à se modifier. En 1904 par exemple, aux importations, la première place appartenait, et de beaucoup, à l'Espagne (avec les Canaries) ; puis venait le Canada ; ensuite le Royaume- Uni de Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne. En 1905, l'Espagne avait perdu, le Canada se rapprochait curieusement d'elle, et la France devançait la Grande- Bretagne ; elle était suivie de tout près par le Vénézuéla, qui avait auparavant une place bien secondaire ; l'Angleterre perdait un peu, et l'Allemagne demeurait stationnaire. Aux exportations, la première place appartenait à la France en 1904, grâce au commerce si important des cafés ; puis Cuba venait très loin derrière notre pays, ensuite l'Espagne, l'Autriche, le Canada, l'Italie ; en 1905, Cuba a pris la place de la France et augmente considérablement ses exportations ; la France s'est trouvée derrière l'Espagne, et l'Autriche est tombée au dernier rang. Ce sont là des indications qui font comprendre combien la production à Porto-Rico est sujette aux à-coups, parce que l'activité du paj r s ne se disperse pas suffisamment. A noter au chapitre des exportations que, sur 2.140.000 dollars de café, les États-Unis n'avaient pris, en 1905, que pour 200.000 dollars de ce produit, alors qu'ils avaient reçu on peut dire toute l'exportation des sucres (pour 12 millions de dollars). Sur 2.600.000 dollars de tabacs, cigares et cigarettes, ils prenaient 2.568.000 dollars de ces produits.

Mais examinons d'un peu plus près les choses durant l'exercice 1906. Cette fois, le commerce général de l'île arrive au total imposant de 45.085.000 dollars, ce qui accuse une augmentation de près de 10 millions de dollars

sur l'exercice précédent ; on constate une progression continuelle et de bon augure dans le mouvement des échanges de cette intéressante Ile. Dans cet ensemble, la part des importations est de 21.827.000 dollars, et celle des exportations de 23.257.000 dollars. (Nous ne nous préoccupons point de la fameuse question de la balance du commerce, qui n'a aucune importance réelle au point de vue économique, étant donné que les échanges doivent s'équilibrer dans leur masse). Nous retrouverons, pour cet exercice, l'expansion constante des relations de Porto-Rico avec la Confédération, à l'abri du tarif douanier commun; ce tarif Dingley qui arrête autant qu'il le peut l'introduction des marchandises étrangères, et gène l'exportation des produits indigènes, aux dépens, comme de juste, des consommateurs locaux. Durant cet exercice, les importations en provenance des Etats-Unis ont crû de plus de 3 millions 1/2 de dollars, tandis que les importations de tous les autres pays n'ont augmenté que de quelques dizaines de mille dollars. Toutefois, il faut noter qu'on introduit à Porto- Rico, sous étiquette apparente de provenance américaine, des produits artificiellement nationalisés, qui sont bel et bien des marchandises étrangères introduites aux Etats- Unis et réexpédiées, ne faisant que transiter : et cela pour près de 600.000 dollars. Quoi qu'il en soit, les statistiques brntes donnent 19.142.000 dollars comme importations américaines. Aux exportations, la part delà Confédération est de 19 millions environ.

Si nous détaillons quelque peu les importations des produits nécessaires à la vie de l'Ile, nous y trouvons pour près de 3 millions 1/2 de dollars de riz, qui vient presque exclusivement des États-Unis, le goût des habitants étant fait à ce riz. Pour les céréales, qui représentent une valeur

PORTO -RICO

de 1.400.000 dollars, elles sont fournies uniquement par les États-Unis, et cela s'explique par le bas prix auquel elles peuvent être vendues. Gomme viandes, conserves et produits de laiterie, la part de la Confédération est de 1.800.000 dollars, contre 210.000 dollars pour tous les autres pays. Les conserves de poissons se partagent également entre ces deux provenances, 515.000 dollars à peu près pour chacune. Les conserves jouent encore un rôle considérable dans l'alimentation de l'Ile. Les léguimes et les liqueurs ou spiritueux, les vins et les bières viennent principalement des États-Unis; mais les pays étrangers tiennent une place sérieuse dans ce commerce. Sur les 2.600.000 dollars de cotonnades que consomme Porto- Rico, la Confédération en fournit plus de 2.400.000, en livrant à la consommation des étoffes légères et très bon marché, comme ne savent pas en faire nos industriels français en particulier; pour les autres tissus, les États- Unis occupent également la première place ; toutefois, ils laissent une certaine part aux autres contrées. Ils introduisent pour plus de 440.000 dollars de cuirs, contre quelque 100.000 dollars en provenance des pays étrangers, et dans une contrée où le bétail abonde. La houille, dont on fait peu usage (le chauffage domestique pour la cuisine se faisant principalement au charbon de bois, à cause de la chaleur), provient uniquement de l'Amérique du Nord. De même pour les véhicules divers. Pour les fers et aciers, la part de la Confédération est de 3.240.000 dollars contre 260.000 à peine pour les autres producteurs. Ajoutons que l'Ile introduit pour un peu plus de 300.000 dollars de savons, plus de 200.000 de papier, 930.000 de bois et produits de bois.

A Theure actuelle, et en nous reportant aux statistiques

les plus récentes,, les nations importatrices (en dehors de la Confédération) se classent comme suit : en première ligne, l'Espagne avec une valeur de 750.000 dollars; puis le Canada avec 634.000, la France avec 556.000, la Grande-Bretagne avec 317.000; signalons encore les 251.000 dollars d'importations de l'Allemagne, les 152.000 de Tlnde Britannique, les 99.000 de la Hollande, les 70.000 de l'Italie, et aussi les 102.000 de l'Uruguay.

Pendant l'exercice que nous considérons (1907), les importations totales ont été de plus de 26 millions de dollars, et les exportations de 23 millions à peu près. Nous devons dire que l'accroissement des importations porte principalement sur le matériel des sucreries,, destramways, des chemins de fer et le matériel électrique; mais aussi sur les articles alimentaires, les cotonnades et les matériaux de construction.

Pour ce qui est particulièrement du commerce français, sur lequel nous croyons légitime d'insister quelque peu, il est certain que le mouvement de nosimportationsprogresse plus par la force des choses que par les efforts de nos industriels et commerçants ; les commandes ne se font guère que par le canal des commissionnaires, et l'on ne vient pas solliciter ces commandes directement dans l'Ile. Il y aurait certainement place pour des agents réguliers recueillant les cottnmandes sur place même, et faisant des offres habiles. Pour les engrais chimiques, par exemple (dont l'emploi va s'imposer de plus en plus, surtout étant donnés les progrès de l'instruction technique agricole), on ne se heurte pas à une barrière douanière, puisqu'ils sont admis en franchise. Pour les produits chimiques et pharmaceutiques, sans doute il y a à payer une venta interna, une taxe d'accise pour ainsi dire, qui majore encore le

PORTO- RICO

poids des droits de douanes ; mais nos produits sont appréciés et demandés, en dépit de la mode qui fait admirer de confiance les substances, pilules, petits flacons arrivant de New-York. Nos chocolats pourraient se vendre bien davantage ; quant à notre parfumerie, elle est seule appréciée, au moins par les gens dans l'aisance. Le vin n'est point de consommation courante, les intermédiaires en majorent par trop le prix, et ils rencontrent une concurrence terrible dans les vins de Californie. Seules les marques de champagnes se vendent, parce qu'on tient à ne consommer qu'un Champagne dont l'étiquette par ellemùme fasse bel effet. Pour ce qui est enfin des machines, particulièrement du matériel de sucrerie, avant l'occupation américaine, elles étaient fournies entièrement par nos usines et par les maisons d'Angleterre. Mais maintenant on se fournit en grande partie aux Etats-Unis, et les nombreuses centrales qui se sont fondées un peu de tous les côtés pour profiter de l'immense marché ouvert librement aux sucres portoricains, se sont procuré leur matériel dans la Confédération : il faut faire exception pour les deux grandes sucreries qui se sont fondées assez récemment dans l'Ile avec des fonds français, et qui ont acheté leurs machines, sauf peut-être leurs moulins à cylindres pour broyer lacanne, dans des usines également françaises.

Jetons maintenant un coup d'œil sur les exportations. Pour le sucre, qui mérite actuellement la première place, nous trouvons une valeur de 14. 184.000 dollars, correspondant à 205.000 tonnes ; c'est ensuite plus de 26 millions de livres de café, valant bien près de 3 millions 1/2 de dollars. Les cigares et les tabacs en feuilles ont représenté plus de 3 millions 1/2 de dollars; nous verrons que c'est là

une industrie qui se développe de jour en jour, et naturellement surtout pour l'exportation. Le commerce des mélasses atteintune valeurde près deGOO.OOO dollars ; l'exportation des fruits s'élève à un demi-million, et est certainement appelée à prendre une importance de jour en jour croissante. Les bestiaux et les chevaux s'exportent pour plus de 170.000 dollars ; la fabrication des chapeaux, chapeaux genre Panama, qui progresse beaucoup, expédie à l'étranger pour 120.000 dollars de ses produits. Si nous examinons la destination des principales exportations, nous voyons que les États-Unis, prennent tout le sucre, et ne laissent aux pays étrangers que moins de 100.000 dollars de cigares ou tabacs en feuilles; ils reçoivent tous les fruits, dont ils sont si grands consommateurs, et qu'ils peuvent voir arriver facilement chez eux en bon état ; sur les 550.000 dollars de mélasses exportées dans l'ensemble, ils ne prennent que 345.000 dollars. Les autres pays ne reçoivent encore que pour quelques milliers de dollars de ces chapeaux excellents que fabriquent maintenant les Portoricains, comme nous l'avons dit. Les pays autres que la Confédération prennent à peu près tout le café, tout le bétail, un peu de bois, de cuirs, de maïs. Les principaux pays importateurs après la Confédération sont actuellement l'Ile de Cuba, pour près de 1.600.000 dollars, l'Espagne pour 815.000, la France pour 039.000, l'Autriche-Hongrie pour 280.000, l'Italie pour 210.000, le Canada pour 166.000, l'Allemagne pour 136.000, l'Angleterre pour la même valeur sensiblement. Des pays voisins comme les Antilles danoises, Saint-Domingue, les Antilles hollandaises, et surtout les Antilles françaises ou Haïti, n'ont que des relations tout à fait inximes avec Porto-Rico.

PORTO-RICO

Nous avons parlé à plusieurs reprises de la situation toute particulière dans laquelle se trouve celui-ci vis-à-vis des États-Unis, par suite des conditions douanières qui régissent ses rapports avec la Confédération : ce sont maintenant des relations sur le pied d'égalité ; mais il est nécessaire d'indiquer par quelles phases on est passé pour arriver à cette situation, et aussi quel régime rencontrent les importations étrangères dans File. Ce qu'on a appelé le Fovahev Act, qui est devenu loi en avril 1900, avait étendu le tarif Dingley à Porto-Rico : c'est-à-dire que toutes les marchandises étrangères pénétrant dans lMie devaient payer les mêmes droits qu'en entrant dans le territoire continental de l'Union ; il avait été spécifié que les marchandises originaires des États-Unis ne payeraient que 15 pour 100 de ces droits à leur entrée à Porto-Rico, et qu'il en serait de même des produits d'origine portoricaine entrant aux États-Unis (sauf certaines exceptions que nous n'avons pas besoin d'indiquer nommément). Tout naturellement, cela n'avait pas satisfait pleinement les Portoricains : ce n'était pas précisément qu'ils réclamassent ce quasi libre-échange qui était leur désidératum sous l'occupation espagnole, ils étaient tout disposés à faire litière des principes, pourvu qu'on leur accordât la libre entrée aux États-Unis ; quitte à ce que la mesure fût réciproque, et que les marchandises américaines leur arrivassent à meilleur marché, grâce à la suppression pour elles des droits d'entrée. Dans la conception de l'Acte Foraker, les Américains avaient été dirigés par le désir de s'assurer un marché privilégié, mais en prenant des précautions pour que telle ou telle catégorie de producteurs américains ne pût souffrir de la concurrence de produits analogues aux leurs venant en franchise de Porto-Rico.

Au reste, on avait coloré cette disposition d'intentions bienveillantes : il était entendu que ce tarif douanier, qui jouait partiellement même dans lès relations entre Porto- Rico et sa nouvelle Métropole, n'était imaginé que pour donner des ressources au petit pays dont l'indépendance politique (relative) était la conséquence de l'intervention des Etats-Unis. Et on devait le supprimer dès qu'un gouvernement local sagement constitué serait en état de fonctionner dans File.

En juillet 1901, on est arrivé à cette suppression : on y a été incité par le mécontentement qui régnait parmi les Portoricains, désireux avant tout de tirer parti commercialement de leur annexion aux États-Unis. La suppression fut faite avec l'habileté politique que les Américains savent souvent mettre dans leurs actes : en effet, non seulement la liberté absolue des relations s'établissait entre les Etats-Unis et leur Territoire ce non contigu », pour employer le terme ambigu devenu classique dans les publications yankees ; mais encore la Confédération faisait verser au fonds de réserve de l'Ile tous les droits qui avaient été perçus depuis l'Acte Foraker sur les marchandises en provenance de Porto-Rico, à leur entrée dans l'Union. (Nous avons vu que ce cadeau a permis à l'Ile de supprimer sa dette générale). Les Portoricains ont donc été assimilés aux Américains au point de vue douanier, tout en ne disposant pas de représentants au Congrès. Le libre-échange règne entre File et la Confédération, avec tous ses avantages ; le sucre entre librement sur le sol de la Confédération, où la consommation le demande à grands cris; et c'est ce qui a poussé à ce développement extraordinaire de l'industrie sucrière que nous allons constater tout à l'heure. Il est vrai que, pour le café, la situation est

PORTO-RIGO

inverse : point de clientèle aux États-Unis, et les taxes douanières du Tarif Dingley réagissent de façon à faire perdre à Porto-Rico le débouché étranger. Il est fort à craindre que cette influence artificielle de la législation douanière, ne pousse les Portoricains dans la voie d'une monoculture.

En somme, les relations de la France et de Porto-Rico (celles qui nous intéressent le plus ici) sont réglées exactement de la même manière que les relations entre notre pays et la Confédération américaine. On y a étendu le fameux arrangement de 1902, spécifiant l'application de taxes réduites du tarif Dingley à une série de marchandises, comme les vins non mousseux, les eaux-de-vie, les fruits, les bois, les houblons, etc. Et la France a accordé le bénéfice de son tarif minimum, aux produits portoricains similaires des produits américains proprement dits qui ont le bénéfice de ce tarif.

II. — De plus en plus, le milieu portoricain s'assimilera au milieu américain au point de vue des affaires commerciales, sous Tinfluence des relations suivies qui existent et ne feront que se développer ; et aussi par suite du désir des habitants de s'américaniser. Pour ce qui est de la monnaie en particulier, la chose est complètement faite à Theure actuelle ; et si Ton compte encore de temps à autre en piastres 3 on entend, non plus la piastre espagnole de jadis au change variable, mais la piastre qui a donné son origine au dollar américain, c'est-à-dire en fait ce dollar : mot que la langue espagnole de Porto-Rico adopte de plus en plus. Cette question monétaire n'a pas du reste été sans amener une crise assez sérieuse dans File, au moment où l'on a réalisé l'assimilation et assaini la circulation monétaire. La piastre primitive, le peso, la monnaie

d'argent qui était seule employée, a été brusquement assimilée au dollar des Etats-Unis, en dépit de son infériorité de valeur. Etant donnée la perte au change de cette monnaie d'argent, cela a naturellement amené une élévation brusque de plus de 66 pour 100 sur la valeur générale des choses, au détriment des revenus fixes, qui avaient déjà eu à souffrir d'une hausse de 50 pour 100 environ dans les prix durant la fin de l'occupation espagnole. Les salaires ont augmenté en conséquence, mais non point sans qu'il se soit produit des grèves qui ont été fort pernicieuses pour le pays ; les terrains et les loyers se sont mis à monter dans des proportions considérables. Si nous en avions eu le loisir, nous eussions montré que déjà, antérieurement, File avait souffert à maintes reprises soit de modifications dans sa circulation monétaire, soit de la monnaie même dont elle faisait usage. Les vieilles monnaies en circulation ont été reprises peu à peu parle Trésor à 60 pour 100 de leur valeur nominale.

III. — Nous avons dit que le commerce se fait encore d'une façon un peu primitive, que les capitaux ne se présentaient pas en abondance suffisante ; cela tenait à ce que les établissements bancaires faisaient quelque peu défaut dans nie. Cette situation se modifie graduellement de façon heureuse. Il existe dans la capitale de l'Ile deux banques principales, la Banque Espagnole et la Banque Territoirale et Agricole; auxquelles il faut ajouter la Banque Populaire, qui est comme une sorte de Caisse d'épargne. La fondation de la première remonte à 1890 ; elle a commencé avec un capital de 1.500.000 piastres, partiellement versé. Cette banque est devenue du reste la Banque de Porto-Rico, en prenant un titre moins désagréable aux oreilles portoricaines ou américaines ; elle a modifié éga-

PORTO-RICO

lement ses statuts pour les mettre d'accord avec la législation générale américaine, qui s'applique aux sociétés sur le sol de File. La Banque en question est autorisée à émettre des billets jusqu'à concurrence de trois fois le montant de son capital effectivement versé (qui a été converti en monnaie américaine sur la base du 60 pour 100) ; on a prévu qu'elle pouvait augmenter sa circulation jusqu'à 3.600.000 dollars, ce qui correspond presque à toute la circulation de monnaie dans File. La Banque Territoriale et agricole a été fondée en 1894, avec un capital de 2.400.000 piastres. Pour la Banque Populaire, elle fait des prêts de peu d'importance sur signature ou hypothèque, à intérêt de 12 pour 100; elle reçoit des dépôts à 6 pour 100. A signaler comme fonctionnant fort bien à Ponce le Credito y Ahorro Ponceno, qui reçoit lui aussi des dépôts. A Mayaguez existe un établissement qui est presque uniquement une Caisse d'épargne; nous trouvons des établissements un peu analogues à Sabana Grande et à San German.

D'une manière générale, les capitaux arrivent de plus en plus à Porto-Rico ; on voit l'intérêt descendre, ce qui est un bon signe ; et naturellement les profits exceptionnels qui y ont constitué de grosses fortunes vont être maintenant choses du passé : ce qui n'empêchera point les gens actifs d'y trouver un champ utile pour leur activité.

Page 1