‹ Les grandes AntillesChapitre 17 sur 62 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L Le sous-sol de Porto-Rico et ses richesses. Les placers et liions aurifères. Les minerais de fer ou de cuivre et leur teneur élevée. Les métaux divers. — II. Les salines; les produits céramiques, les pierres à chaux ou à bâtir, les briques ; les transformations de la construction. Les phosphates de chaux. La législation minière. — III. L'industrie proprement dite et son faible développement. — IV. Les poids et mesures. — V. L'avenir du pays.

I. — En dépit de la population très nombreuse que nourrit l'île, toutes ses richesses naturelles n'ont pas encore été mises en œuvre : nous l'avons vu spécialement pour les forêts; mais cela est encore bien plus vrai pour les richesses minérales de son sous-sol. Il semble qu'aujourd'hui on songe activement à cette mise en exploitation, si nous en jugeons par les études spéciales et les recherches, prospections, auxquelles se sont livrés les fonctionnaires américains. Du reste, il y a longtemps qu'on avait constaté que le sous-sol contenait des matières minérales dont on pourrait tirer un excellent parti. Dès le seizième siècle, le fameux Ponce de Léon, qui a donné son nom au port de la côte sud, avait signalé certains minéraux utilisables ; mais le fait que les indigènes ne possédaient point d'ornements en métaux précieux au

moment de la conquête, n'avait pas attiré l'attention, comme ailleurs, sur les produits que serait susceptible de fournir le sous-sol portoricain. Tout au plus, retrouve-ton dans les récits primitifs l'existence de laveries de sables aurifères roulés par les torrents. Et à des époques plus récentes, le Gouvernement péninsulaire ne s'était guère préoccupé de faire dresser la moindre carte géologique de nie.

Si pourtant on rassemble les quelques données que Ton possède sur la question, on s'aperçoit que l'avenir peut se présenter fort bien pour qui saura profiter des richesses souterraines. De ce sommet du Yunque dont nous avons indiqué la place dans l'orographie succincte de l'Ile, descendent des cours d'eau nombreux où Ton peut recueillir presque toujours des sables aurifères; notamment dans la petite rivière appelée Ànon, une entreprise bien montée, il y a une trentaine d'années au moins, était arrivée à ramasser quotidiennement près d'un kilo d'or. Dans toute la région intéressante au point de vue qui nous occupe, on rencontre des porphyres, des quartz et aussi des pj^rites de fer. Nous aurions à signaler de môme l'existence d'or en placers du côté de Mayaguez, de San German, de Yauco, de Goamo ; les pépites que l'on met à jour sont d'ailleurs de faible volume. Il ne manque point de paysans pour se livrer au lavage de l'or, besogne qui convient bien à leur tempérament, mais il est probable qu'on pourrait faire beaucoup mieux. Dans le district de Corozal, une concession importante a été accordée récemment, où l'on compte mettre en œuvre un filon aurifère qui donnerait de beaux résultats.

Quant aux métaux vulgaires, il a été attribué, à des époques variables, des concessions nombreuses, ce qui

PORTO-RICO

montre qu'on a rencontré ces métaux de côtés divers. C'est du fer ou des oxydes de fer, de la galène ou du plomb, du cuivre, du carbonate ou du sulfate de cuivre, associé souvent à d'autres métaux. Nous devons dire que, d'une manière générale, ces concessions ne sont point exploitées : et cela, en partie, par suite de ce manque de capitaux qui se fait encore sentir à beaucoup d'égards dans l'île. Il ne semble pas, au contraire de ce que l'on avait espéré, que les Américains apportent grandement leurs capitaux, leur audace technique et leurs connaissances en ces matières. On a l'impression qu'ils trouvent Porto-Rieo un champ trop restreint pour leur activité, qui est accoutumée aux vastes entreprises. Le cuivre se trouve généralement le long de la principale chaîne montagneuse qui partage l'Ile suivant sa longueur; dans le district municipal de Naguabo, sur le Rio-Blanco, on a reconnu à ne pouvoir s'y tromper des gisements riches et importants. Dans le carbonate vert, on a rencontré une teneur en cuivre qui atteint 23 pour 100. Pour ce qui est du fer, on a des chances de le rechercher utilement dans les terrains feldspathiques qui existent dans Test de l'Ile. Il est certain que, en surface du moins, les gisements, filons, etc., occupent une grande étendue; on ignore complètement si toutes ces richesses s'étendent beaucoup en profondeur. On affirme que la teneur en fer des minerais est de 60 à 61 pour 100, ce qui est beaucoup. Du côté de Mameyes, de Jayuya, de Piedras, d'Arroyo, et dans bien d'autres régions, le fer d'excellente qualité abonderait. Il n'y aurait pas lieu de s'étonner beaucoup que l'on retrouve ici ces riches minerais que nous avons signalés à Cuba; et nous n'avons pas besoin de dire (étant donnée la rareté relative ou du moins la demande intense que Ton

fait des minerais de fer) qu'une exploitation de ce genre assurerait certainement la fortune de celui qui saurait la mener heureusement à Porto-Rico. Vers Naguabo, des minerais très riches sont reconnus, et ce qui arrête surtout leur mise en exploitation à l'heure actuelle, c'est la difficulté de les faire arriver jusqu'à la côte pour l'embarquement et l'expédition au-dehors. On ne peut en eifet songer à les transformer sur place, dans l'état actuel de l'industrie à Porto-Rico, Des exploitations plus ou moins timidement tentées ont révélé la présence de gisements importants de plomb et de galène du côté de Mayagnez, Arroyo, Naranjito, Guayama. On a même recueilli du mercure, de rétain et du platine dans la circonscription de Corozal ; et dans cette même région on a reconnu l'existence de peroxyde de manganèse. Nous pourrions ajouter le bismuth à cette énumération sommaire, et nous aurions encore à signaler l'argent, qui a été plus ou moins exploité au seizième siècle; on Ta retrouvé et prospecté vers Fajardo, Naguabo, etc. ; mais c'est là un minerai qui n'est pas fort intéressant à notre époque.

II. — Si les entreprises minières sont une rareté à Porto- Rico, il existe du moins des exploitations de produits minéraux. «C'est par exemple le sel, qui est extrait de dépôts, et produit aussi, mais faiblement, par évaporation de l'eau de mer. Ce qui est curieux, c'est que l'Ile fait une très grande consommation de sel; mais le manque de capitaux aidant, et en dépit d'un droit élevé soi-disant protecteur de l'industrie nationale, presque tout le sel consommé vient de Curaçao ou des États-Unis; il faut dire qu'il se vend très bon marché. Les produits céramiques plus ou moins grossiers sont fabriqués dans l'Ile, l'industrie manufacturière se greffant ici sur l'extraction proprement

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dite des produits du sol. C'est ainsi qu'il existe dans File une série de fabriques de briques d'argile. Ce qui a longtemps empêché cette industrie de se développer, en dépit des abondantes réserves de terre plastique que renferme le sous-sol, c'est l'habitude que Ton avait de construire surtout en bois : habitude qui avait bien sa raison d'être dans une région où les tremblements de terre se font sentir assez souvent. Il est vrai que, par contre, ces édifices de bois ne présentent aucune résistance aux ouragans et aux cyclones, et que les torrents ont bientôt fait de les emporter lorsqu'ils grossissent et sortent de leur lit. A l'heure présente, on pratique de plus en plus la construction en pierre, où la brique a forcément un rôle considérable à jouer. Toutes les briques se font à la main et suivant des procédés un peu primitifs; elles subissent presque toujours la cuisson. Pour ce qui est de la tuile, employée souvent jadis, elle cède de plus en plus le pas à la couverture métallique.

La transformation de la construction à laquelle nous venons de faire allusion, est grandement facilitée par ce fait que la pierre à bâtir et la pierre à chaux abondent dans File ; tout le sous-sol en est constitué pour ainsi dire, sauf le long de la région côtière ; c'est ce qui fait aussi que les matériaux d'empierrement ne manquent point, et que Ton peut construire de bonnes routes si on le veut. On a prétendu avoir du granit à Porto-Rico, mais cela ne semble pas bien démontré.

Ce qui ne manque pas d'intérêt, c'est la présence de phosphate de chaux; le Gouvernement même est possesseur des énormes gisements de phosphate qui se trouvent dans l'île Gaja de Muerto, au large de Ponce. Enfin, il existe des sources minérales, et certaines, comme celles de

Coamo, ont donné lieu à la création d'une véritable petite ville de bains bien installée. Il y aurait à faire dans cette voie, surtout si Ton trouvait parmi ces eaux des sources qui puissent s'appliquer avec succès aux affections digestives, qui sont le plus à redouter pour les habitants de File.

Terminons en disant que, si les exploitations minières ou minérales sont encore quelque peu dans l'enfance à Porto-Rico, la législation concernant ces exploitations est parfaitement établie. Elle consiste principalement dans une loi de 1859, qui sera sans doute modifiée prochainement pour être d'accord avec la nouvelle organisation administrative et politique du pays. Pour obtenir un titre de concession ou de claim, selon l'expression américaine, on doit présenter une pétition au Commissaire de Tintérieur de Porto-Rico, avec tous détails sur le gisement qu'on entend exploiter; les droits sont de 36 dollars si le claim ne dépasse pas une étendue de 12 pertenencias, autrement dit 30 acres ou à peu près 12 hectares. C'est ensuite 1,20 dollars par pertenencia en plus. Avant concession, on fait une publicité qui dure 60 jours. Annuellement, le concessionnaire doit payer 2,40 dollars ou 96 cents par pertenencia, suivant qu'il s'agit ou non de métaux précieux.

III. — Nous avons déjà laissé entendre que l'industrie n'existe guère à Porto-Rico; nous ne parlons pas de la distillation du rhum, qui est pour ainsi dire solidaire de la sucrerie. On trouve quelques fabriques de conserve, nous l'avons indiqué, puis des manufactures de chaussures en bien petit nombre, des fabriques de glace, nécessaires à la vie du pays. Il y a certainement beaucoup à faire à toutes sortes d'égards.

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IV. — Pour ce qui est des poids et mesures, on emploie de plus en plus les unités américaines, à la place des anciennes mesures espagnoles; cependant, il est bon de savoir ce qu'est par exemple une cuerda pour les mesures de superficie : c'est un peu plus d'un acre anglais. De môme, on s'exprime encore assez fréquemment en arrobas, ce qui représente 25 livres anglaises de 453 grammes. Nous avons dit ce qu'il en est pour la monnaie.

V. — Nous voudrions pouvoir donner une impression générale sur l'avenir de Porto-Rico, et sur les chances de réussite de ceux qui seraient appelés à s'y établir. Le pays a besoin de capitaux et recevra bien ceux qui en apporteront ; d'autre part, nous avons vu que bien des industries sont à tenter, qui ont les plus grandes chances de répondre à de vrais besoins. Seulement il ne faut point perdre de vue la gêne que l'existence du tarif douanier américain vient imposer aux relations du pays avec d'autres régions que la Confédération. Nous ne sommes pas bien sûrs que, comme le déclarait pompeusement un sénateur américain, la situation de Porto-Rico sur la voie isthmique de Panama doive lui donner une prééminence particulière dans le commerce maritime du monde. On prétend que l'héritage de Saint-Thomas est à recueillir, et que c'est l'ancienne possession espagnole qui en profitera. En fait, les pratiques de la navigation se sont étrangement modifiées, et cela pourrait bien infirmer ces prédictions. Ce qui est assuré, c'est que le pays est riche, qu'il possède une population intelligente et accueillante, et que des efforts éclairés, aidés de capitaux, peuvent y accroître étrangement le mouvement des affaires et la prospérité générale ou particulière.

fit

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