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1. Les richesses végétales et animales de Haïti. Le bétail et l'élevage; les améliorations à réaliser. — II. La situation agricole au temps de la domination française et la décadence postérieure; le sucre et la canne ; le café et son importance prédominante; coton et cacao. Les produits d'avenir, caoutchouc, fruits, tabac, etc.
I. — Haïti est particulièrement bien doté par la nature et en jetant un coup d'œil sur les produits végétaux et animaux, on se rend compte de tout ce que Ton y pourrait faire, et du peu de parti que Ton tire actuellement de ces
ressources.
L'élevage des animaux domestiques est entièrement négligé dans File, et les trois quarts au moins de la viande consommée dans le pays proviennent de la République Dominicaine, où Ton néglige moins les ressources à tirer de l'agriculture. Et pourtant, à tous égards, le bétail serait d'une exploitation fort rémunératrice; les plaines diverses nourriraient sans peine des troupeaux considérables, et les peaux s'exporteraient dans les meilleures conditions à l'état salé, si Ton ne voulait installer des tanneries dans le pays. Dans cette contrée où les
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animaux sauvages dangereux font absolument défaut, les porcs sauvages, nous entendons revenus à 1 état sauvage, prospèrent sans soins aucuns ; dans Test, on trouve des troupeaux de bœufs et aussi parfois de chevaux qui se multiplient à loisir. On peut faire vivre sans peine un peu partout les chevaux comme les ânes, les moutons comme les bôtes à cornes, les chèvres comme les porcs. L'âne en particulier rend des services précieux, dans cette contrée où les voies de terre sont si rudimentaires, et Ton trouverait à l'exporter de côté et d'autre dans les Antilles et l'Amérique centrale ou du Sud, partout où Ton a à assurer des transports en région montagneuse, sans pouvoir recourir aux voies de fer. L'âne d'Haïti est extraordinaire pour sa robustesse comme pour sa docilité.
Le cheval qu'on trouve dans l'Ile présente, lui aussi, des qualités particulières ; et si son élevage était l'objet de quelques soins, il y aurait là une industrie susceptible de donner de brillants résultats. Le cheval haïtien doit son origine au cheval andalou, introduit jadis dans les Antilles par les Espagnols. Modifié par les conditions climatériques spéciales, il présente une taille bien inférieure à celle des chevaux des zones tempérées ; mais il a une ardeur exceptionnelle, et le plus souvent (un peu, il est vrai, faute de persévérance), on doit se contenter de le mettre à la selle, sans l'atteler à la charrette ou à la voiture. On a essayé timidement des croisements avec des chevaux introduits des Etats-Unis ou de la Jamaïque, et, comme en bien d'autres matières dans ce pa} r s, on n'a pas persévéré dans les tentatives faites. On pourrait certainement se livrer à l'élévage méthodique, et l'exportation offrirait un débouché important à cette industrie pastorale.
Le gros bétail est employé comme animal de bât, et toujours par suite de l'état des routes ; on utilise pour cela les taureaux, qui sont robustes et de bonne taille ; la vache produit fort peu de lait, à la fois à cause du climat, de l'état des pâturages, et enfin des pratiques fort arriérées suivies dans le choix des bêtes, on ne peut arriver à fabriquer ni beurre ni fromage, et peut-être en cette matière encore y aurait-il des essais intéressants à tenter. Pour l'élevage du mouton, on ne Ta jamais entrepris sur une véritable échelle commerciale, et il faut bien avouer que la viande de mouton obtenue en dehors des régions vraiment montagneuses, n'est pas souvent de bonne qualité. On trait brebis et chèvres pour répondre aux besoins de la population, le lait étant un aliment précieux dans ces régions. Les chèvres sont largement mises à contribution, mais cela parce qu'on peut les laisser à elles-mêmes à peu près à l'abandon.
Ce qui domine en effet dans ces industries pastorales telles qu'elles se présentent à Haïti, c'est que le manque d'initiative et de soins se manifeste de la façon la plus déplorable. Pour le porc même, on l'a laissé revenir à l'état sauvage, et il offre un aspect curieux, maigre et allongé, ne rappelant que de fort loin les porcs que nous voyons nourrir dans les étables pour l'engraissement ; et cependant cette viande de porc est consommée en grande quantité. Il semblerait que l'effectif du bétail ait tendance à diminuer à Haïti, ce qui est tristement caractéristique, étant donnés les terrains immenses qui restent sans utilisation.
II. — Il suffirait de nous reporter à l'état du pays au temps de la domination française, pour juger de ce qu'il serait possible de demander au sol de l'Ile, ou plus exac-
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tement de la portion de File qui constitue la République actuelle d'Haïti. La valeur de la propriété foncière au temps de cette domination française (et comme le rappelle M. Robin) était au moins d'un milliard de livres tournois ; il fallait y ajouter la valeur des esclaves, qui atteignait bien plus de 250 millions de livres, et dont Tachât était permis en réalité par les rendements très élevés que fournissaient les cultures dans la colonie. Tout cela était dû aux qualités du sol, à la merveilleuse productivité naturelle,, qui est loin d'être épuisée à l'heure présente, et à laquelle on pourrait donner le précieux concours des engrais artificiels, si les capitaux et l'esprit d'entreprise ne faisaient point défaut dans le pays. Il n'y a pas de raison pour qu'on ne retrouve pas à Haïti le degré de prospérité auquel on était parvenu à la fin du dix-huitième siècle, si naturellement on fait ce qui est nécessaire pour cela.
On dit avec raison qu'il n'y a pas un produit commercial des tropiques qu'on ne puisse obtenir à Haïti, et d'autant qu'on a la ressource de se livrer à la culture dans les terres basses ou au contraire dans les terres hautes. Dans ces dernières, on trouve (souvenirs du temps passé) des pêches aussi bien que des pommes, des fraises ou des framboises ; on peut cultiver dans le pays tous les arbres et toutes les plantes des tropiques, à peu près tous les légumes et tous les fruits des contrées tempérées. C'est tout au plus si la cherté des produits alimentaires, sous l'influence des droits de douanes élevés, a quelque peu poussé au développement agricole à certains égards. C'est qu'en effet, le pays est appauvri par cette législation douanière, et on ne trouve même pas les minces capitaux indispensables à une mise en culture partielle. Lorsqu'il s'est agi de mettre en exploitation
les forets abondantes que possède l'Ile, dans un autre but que l'utilisation du campêche et des bois de grand prix,, il a fallu attendre l'initiative d'une Compagnie étrangère ; et quand on a donné récemment une concession pour la coupe des bois dans l'arrondissement de Port-au-Prince et dans les départements de l'Artibonite et du Sud, c'est une Compagnie américaine qui a repris l'affaire en main : elle tire parti des bois abattus en préparant des traverses de chemins de fer, des barils, des bois de construction.
Ce qui montre combien l'initiative fait défaut en Haïti, môme pour des produits dont la vente est assurée, c'est que le riz, dont on fait une consommation constante et considérable, le riz que mangent toutes les familles haïtiennes à chaque repas, accompagné généralement de haricots, est à peine cultivé ; on l'importe presque exclusivement d'Allemagne, et un peu aussi maintenant de Hollande. La vanille pousse très bien et pourrait donner lieu à une culture rémunératrice; mais on se contente d'en tirer parti comme plante d'agrément.
On s'attendrait, étant donné ce que nous avons constaté dans les autres Grandes Antilles, à voir le sucre, et la canne par conséquent, jouer un rôle important dans les cultures et l'industrie agricole de la République. Sans doute y a-t-il eu une crise générale sur le sucre dans toutes les régions productrices de cannes; mais cette industrie n'en continue pas moins à tenir une place considérable dans les pays dont il a fait jadis la fortune. Au temps de la colonisation française, le sucre constituait effectivement l'article d'exportation le plus important : la valeur en atteignait 117 millions de livres tournois, pour un poids de quelque 160 millions de livres,
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D'autre part, la production de l'indigo donnait lieu à une exportation de près de 11 millions de livres tournois.
Le sol est particulièrement propre à la culture de la canne, elle y croit avec une rapidité surprenante et y acquiert une taille rare, parfois plus de 6 mètres de haut pour 10 centimètres de diamètre à la base. Et pour atteindre ces proportions, elle ne réclame pour ainsi dire aucuns soins ; des rejets se forment très vite après la coupe, n'exigeant aucune plantation pour assurer l'avenir. On estime que la mesure de surface qu'on appelle un carreau, et qui correspond à peu près à 100 mètres carrés, peut fournir en une saison une récolte brute de 4.000 kilos de sucre non raffiné. Et pourtant la culture de la canne est si peu importante en Haïti, qu'elle ne donne de produits que pour la consommation intérieure. Rien ne serait plus facile que de faire revivre cette culture, ainsi que celle de l'indigo, si les capitaux et l'initiative ne faisaient point défaut. L'indigo pourrait rapporter des millions de dollars annuellement : la plante croît spontanément partout et donne deux récoltes par an. Il est vrai qu'il faut tenir compte de la concurrence terrible que les couleurs artificielles font aux colorants végétaux. Nous devons reconnaître que quelques progrès s'accusent dans l'industrie sucrière : une sucrerie de belles proportions et bien installée s'est établie aux Cayes (dont les machines ont du reste été achetées aux Etats-Unis). Un certain nombre d'Haïtiens sont, de plus, en train de négocier l'achat de vastes terrains pour la culture de la canne, qui serait traitée dans une centrale faisant de beau sucre blanc ; il ne faut pas oublier que celui-ci est introduit des États-Unis pour l'instant.
La culture la plus couramment pratiquée à Haïti est
encore celle du café ; et, en dépit des qualités de ce café haïtien, il y a là un tort, comme dans toutes les monocultures. Nous rappelons d'un mot que ce produit va à peu près uniquement sur l'Europe, les Américains du Nord étant incapables d'apprécier le bon café. C'est la récolte de café qui sert de baromètre à la prospérité du pays, et c'est pour cela que celle-ci subit des variations si brusques, si profondes et si dangereuses. On sait d'ailleurs combien les cafés à bon marché du Brésil, produits de façon tout exagérée, nuisent aux producteurs de café du reste du monde. Autrefois, les cafés haïtiens se vendaient au moins 60 francs les 100 kilos au Havre, tandis que maintenant les prix sont à peu près de moitié. Et nous ne nous attristons pas, bien au contraire, en voyant des planteurs d'Haïti arracher leurs plants de café, et les remplacer par des bananiers et d'autres plantes dont nous allons parler.
La récolte peut atteindre parfois des totaux énormes, puisque l'exportation de la campagne 1903-04 a été de 8.000 balles; mais par contre la campagne 1905-06 n'a permis l'exportation que de 30.000 sacs. A noter, comme nous l'avons laissé entendre, que les pratiques financières du Gouvernement sont loin de venir en aide aux cultivateurs de café : le fait est que, en 1903 notamment, pour pouvoir exporter 100 livres de café représentant une valeur de 2,90 dollars or, le commerçant devait payer à l'État une taxe de 3 dollars. Nous devons bien ajouter que la culture et la préparation de la graine se font de façon fort négligée à Haïti, ce qui influe défavorablement sur la quantité qu'on peut récolter en fin de campagne, et aussi sur le prix qu'on en peut recueillir.
En présence de la disette de coton qui se manifeste, il
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semble que le pays aurait avantage à se livrer plus activement à la production de cette matière première. Mais on est en train de faire des écoles, au point de vue de la préparation des cotons; et les exportateurs se sont trouvés plusieurs fois en perte, par suite du mauvais accueil que recevaient en Europe des cotons « matelassés » provenant de File. Le sol et le climat sont certainement tout à fait appropriés au cotonnier. Et, au temps de cette prospérité coloniale à laquelle nous avons fait allusion plusieurs fois avec des regrets, on exportait près de 9 millions de livres de coton. Après une chute presque complète, cette culture se releva sensiblement au moment de la guerre de Sécession, et Ton sait pourquoi. Il y aurait à faire, de nouveau, dans cette voie.
Le cacao semble prendre une place de plus en plus importante dans l'industrie culturale du pays, alors qu'il n'était produit qu'en quantité assez faible vers la fin du dix-huitième siècle ; on le cultive surtout dans la moitié ouest de la République, du côté de Jérémie ; c'est un produit pour lequel on n'a point à craindre la surproduction et qui se vend parfaitement, à condition de se présenter de façon satisfaisante à l'acheteur.
Les chiffres statistiques que nous avons fournis montrent quelle importance a le campêche dans le commerce et par suite dans l'industrie (toutëxçrimitive) du pays ; il est courant qu'on en exporte chaque année 100 millions de livres ; c'est un produit excellent, apprécié partout. Mais il est fort à craindre que l'exploitation qu'on en fait ne menace d'épuiser les ressources du pays, car il va sans dire qu'on ne se préoccupe pas d'assurer l'avenir en la matière.
Il ne manque pas d'ailleurs d'autres produits végétaux pour tenter l'esprit d'entreprise à Haïti, et vers lesquels
on commence parfois de se diriger timidement. C'est ainsi qu'on donne quelque attention au caoutchouc, et qu'une plantation a été mise en exploitation pour la première fois près de Gap H ai tien. Il y a, si Ton veut, un avenir considérable dans la culture de certains fruitiers et l'exportation des fruits, particulièrement sur les États-Unis, qui constituent un marché toujours avide de ces denrées, et qu'il s'agisse de bananes ou de mangos, d'oranges, de limons ou d'autres fruits. Il faut naturellement pour cela le secours des capitalistes, étant donné, encore une fois, que le pays ne possède ni les capitaux ni les initiatives nécessaires à ces entreprises. Il y aurait de même beauèoup à faire en matière de culture du tabac ; à Saint-Domingue, le tabac réussit parfaitement, il n'y a aucune raison pour qu'il n'en soit pas de même d'Haïti.
Il y aurait également des entreprises très productives à poursuivre en matière de plantes médicinales, qui abondent dans la petite République ; on aurait à tirer parti de Farrow-rootj du manioc et d'une foule de plantes susceptibles de fournir des fécules utilisables ; les plantes à parfum ne manquent point non plus, pas plus que celles auxquelles on pourrait demander des fibres textiles.
Toutes ces richesses demeurent encore inexploitées pour la plupart et le pays se débat dans une situation financière pénible, alors que le développement de l'industrie, de l'agriculture et du commerce lui assurerait la richesse publique et privée.
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