CHAPITRE VI
L Les richesses minières de Saint-Domingue; or et argent; cuivre et fer; houille, platine, etc., etc. — II. L'industrie générale. — III. Les poids et mesures. — IV. L'avenir du pays.
I. — A en juger par les échantillons du sous-sol dominicain que Ton a pu voir un peu dans toutes les expositions qui se sont succédé depuis un demi-siècle, il semble vraiment que le pays doit être particulièrement bien doté au point de vue minier. D'ailleurs, on n'a pas oublié de le doter également d'une loi minière, ce qui laisse supposer que les gisements, filons, richesses minérales diverses, justifient l'existence de ce texte.
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Le principe de cette législation est que les mines appartiennent pour moitié à ceux qui les ont découvertes et aussi déclarées au Gouvernement provincial, ce qui est une formalité indispensable pour la validité de cette propriété partielle. En somme, le découvreur des gisements devient un concessionnaire du seul fait de la déclaration, et, comme concessionnaire, il peut vendre sa concession moyennant approbation administrative. Il doit la mettre en exploitation dans un temps déterminé par la loi, autrement sa concession est frappée de déchéance et l'État peut disposer de la mine à sa convenance.
Saint-Domingue a été fameux de tout temps pour ses richesses minières, et le comte Lyonnet qui, en 1800, avait été chargé d'une mission du Gouvernement français, écrivait en 1809 qu'il ne connaissait pas un pays présentant semblables variétés de richesses souterraines. Il citait tout particulièrement For et l'argent. Pour ce qui est de l'or, Colomb avait obtenu des tributs d'or des indigènes, et Oviedo a insisté sur les laveries d'or des habitants du pays. Sans remonter aux détails historiques, qui n'ont qu'un intérêt secondaire ici, nous signalerons les quartz aurifères qui existent tout le long de la chaîne montagneuse centrale ; les gisements les plus importants se trouvent, d'après M. Gabb, dans les terrains métamorphiques. Sur le cours supérieur de la rivière Jaina, dans la province de Santo-Domingo, on rencontre de l'or alluvionnaire qui se présente en parcelles de belles dimensions, et à un état de pureté surprenant. Sur le versant nord du Gibao, l'or alluvionnaire se trouve dans une foule de placers, et les cours d'eau qui s'écoulent de la montagne dans la rivière Yaque roulent tous de l'or. Dans les placers du Rio Verde et de Saba-
neta, on affirme que les femmes qui se livrent au lavage des alluvions avec les procédés les plus primitifs arrivent néanmoins à recueillir souvent 6 onces de métal précieux dans une semaine. Nous ne pouvons mentionner tous les placers existants et plus ou moins exploités ; notre énumération serait incomplète en dépit de sa longueur. Il est certain du moins que toutes les vraisemblances géologiques motivent des travaux soignés de prospection ; il y a là une industrie qui payerait sans doute largement. Quelques Américains travaillent isolément pour leur compte. Des entreprises sérieuses seraient sûres d'avoir à leur disposition l'eau en abondance qui est indispensable au traitement des minerais ou des alluvions aurifères.
Nous ne parlerons guère de l'argent, quoiqu'on le trouve sur bien des points, comme du côté de Yasica, de Jaina, de Cotui, etc. Il est plus intéressant d'attirer l'attention sur les gisements de cuivre. On en exploite déjà à Mount-Mateo, sur la Nigua, dans la province de Santo-Domingo ; le minerai extrait fournit de 30 à 33 pour 100 de cuivre pur, c'est-à-dire que ces exploitations sont susceptibles de donner de très beaux résultats si elles sont conduites convenablement. Il semble que des veines très riches de cuivre se rencontrent également dans la province de Vega; on a déclaré des découvertes et par suite obtenu des concessions pour ce même métal, dans les régions de Monte-Cristi et d'Azua. Le bassin de cette rivière Jaina que nous avons eu l'occasion de signaler à d'autres points de vue, est donné comme riche en dépôts cuivreux divers.
Dans différentes parties du pays, il paraîtrait que les minerais de fer existent en quantités énormes. On in-
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dique nommément la montagne dite Isabel-de-Torres. Le long de la rivière Mamon, il se trouverait de l'oxyde noir magnétique sur une longueur de plus de 15 kilomètres. Le ferro-manganèse existe en abondance aux environs de Puerto-Plata. Dans la Sierra-Prieta, près de la rivière Ozama, on a reconnu des masses véritables de cet oxyde noir dont nous venons de parler, et il fournit de 60 à 70 pour 100 de fer. Puis ce sont des pyrites de fer à Los Llanos, à Sabana-la-Mar, de la limonite à Monte - Pueblo. Il serait du reste difficile, pour l'instant, de songer à traiter sur place ces minerais de fer, bien que le fondant existe en masse dans le pays : tout simplement parce que la main-d'œuvre manquerait.
La question se poserait de savoir (à ce propos) s'il serait aisé de se procurer du charbon dans le pays. On a cru d'abord, lors des premières prospections faites aux alentours de la baie de Samana, que les dépôts de charbon en formation que possédait la République, étaient en réalité inutilisables ; mais depuis lors on en est revenu à une opinion bien plus favorable. Il existe des dépôts de vrai combustible en abondance, et tout particulièrement on connaît ceux du district de Pacilîcador. A Tamboril, on a mis au jour de l'anthracite de qualité excellente ; il donne des résultats parfaits, dans ces moteurs à gaz pauvres qu'on met à contribution de plus en plus un peu dans tous les pays. Sur les éperons de la chaîne montagneuse de Monte-Cristi, il existe des dépôts de lignite et d'anthracite, de même que dans les environs de San- Gristobal ou dans la province d'Azua. On prétend, d'autre part, que les charbons qu'on a trouvés en quantité à peu de distance de la surface du sol près de la baie de Samana, auraient une ressemblance précieuse avec les
houilles Gardiff; c'est peut-être exagérer. Il y a aussi des houilles bitumineuses qui ne pourraient servir pour les chaudières de navires, mais auraient leur application dans Pindustrie. En cette matière encore, on a besoin de capitaux importants pour poursuivre des recherches méthodiques, et mettre en œuvre les richesses rencontrées.
On a constaté la présence du pétrole sur une vaste surface, et spécialement aux environs delà ville d'Azua; ce qui est intéressant à propos de cet hydro-carbone, c'est que, au contraire de bien d'autres produits minéraux, il est déjà exploité par les soins de la West India Petroleum Company. On pense que les terrains pétrolières vont jusqu'à Puerto-Plata et Monte-Gristi. Ce seraient les gisements de Pensylvanie qui se continueraient de la sorte, pour so retrouver plus loin au Vénézuéla. On retrouve Fhuile minérale dans la région de Neyba et dans la province de Seybo.
Signalons enfin le platine à Jarabacoa et à Guanuma, le mercure à Santiago, à San-Cristobal et près de Santo- Domingo. 11 paraîtrait que des dépôts d'étain existent dans la province de Seybo. Le sel se trouve en abondance et en magnifiques cristaux dans la chaîne de Barahona, et il est à Pétat extrêmement pur. Du reste, des exploitations salinières existent sur certains points du littoral. Nous pourrions encore parler de l'alun, qui. se rencontre au confluent de la rivière Jimenoa et du Yaque del Norte ; on le recueille en surface, son exploitation se faisant de la manière la plus primitive. On affirme que le pays renferme des pierres précieuses; mais les détails manquent pour localiser les points d'où on peut les extraire.
Quant à la chaux, aux infinies variétés de carbonates de chaux, aux pierres à bâtir, aux marbres divers, tout cela
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abonde dans la République ; les pierres employées dans les vieilles constructions espagnoles datant de la conquête se sont conservées intactes sans entretien. Dans la chaîne centrale, rien de plus aisé que d'extraire des granits de toutes sortes ; mais le défaut de voies de communication ne permet pas souvent de les emporter là où Ton en a besoin. Dans la province d'Azua, on trouve du gypse en abondance ; un peu partout on peut se procurer des argiles de nuances variées; dans la province de Santiago, c'est un très bon kaolin, et tout près de là on a la possibilité d'extraire du feldspath : ce qui permettrait de fonder des fabriques de porcelaine dans le pays. On ne Ta pas encore fait, pas plus qu'on n'a créé des fabriques de tuiles et de briques avec les argiles qui abondent de tous côtés.
II. — Ceci, puis ce que nous avons dit des exportations ou importations, et aussi des entreprises à peu près exclusivement agricoles auxquelles se consacre la population, nous montre que l'industrie est presque inexistante à Saint-Domingue. C'est à peine si l'on peut citer quelques fabriques de savon, des manufactures d'allumettes, de cigares et de cigarettes, de chapeaux de paille, quelques ateliers de bonneterie ; puis des chocolateries destinées aux besoins locaux, quelques distilleries, des scieries, des tanneries en petit nombre, des usines à décortiquer les produits agricoles. En tout cas, il y a une large place à prendre pour les capitaux qui viendront dans le pays pour répondre au développement général de la production et de la consommation ; si, encore une fois, ces capitaux sont à tous égards assurés de la sécurité du lendemain.
III. — L/influence française n'est pas sans se faire sentir puissamment à Saint-Domingue : la preuve en est que le système des Poids et Mesures est établi en principe sur le
système métrique ; et, pour faciliter l'introduction de ce système dans la pratique, une loi de 1904 a fixé les équivalences entre les mesures métriques et les unités locales, dont il se fait constamment usage encore. La mesure essentielle des longueurs est Fona (dont on retrouve le radical français), et qui vaut effectivement 1 m. 18 ; on emploie aussi la mesure espagnole de la vara, de 0 m. 83. Gomme mesure de surface, nous avons signalé la caballeria,j mais il ne faut pas oublier non plus la tarea, qui vaut! un peu plus de 628 mètres carrés. Comme mesure pour les matières sèches, on se sert surtout de la fenega, mesure d'origine espagnole qui vaut 55 litres et demi ; puis aussi de Talmud, de 5 à 6 litres. La mesure de poids essentielle estl'arroba, dont nous avons parlé pour Porto- Rico et Cuba. Mais les mesures américaines sont également d'emploi courant; et c'est là un détail caractéristique de Finfluence grandissante que prennent les Américains à Saint-Domingue ; nous avons déjà noté des choses typiques à cet égard.
IV, — Nous ne rappellerons pas la Convention financière qui a été signée entre la Confédération américaine et la République de Saint-Domingue : sans doute elle n'a pour objet, en principe, que la liquidation des dettes criardes de cette dernière, liquidation à laquelle étaient intéressés beaucoup d'Américains. Mais personne ne peut s'y tromper; cette entente entraîne une véritable main mise politique, en même temps qu'économique, de la Confédération sur la petite République. Cela aura sans doute ce bon effet de diriger sur le pays une partie des capitaux et des initiatives qui surabondent en pays yankee. Mais on peut se demander si le régime protectionniste américain vaudra mieux peur le pays que le régime protectionniste
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indigène, qui semblait sur le point de s'atténuer quelque peu. En tout cas, si Saint-Domingue devient partie plus ou moins intégrante de la Confédération, même sous cette désignation un peu ambiguë (volontairement) de territoire extérieur, il est à supposer que notre commerce perdra du terrain dans la République dominicaine, en même temps que le commerce des autres pays européens.
Souhaitons du moins qu'on sache mettre en œuvre les dons remarquables que la nature a procurés à cette partie des Indes Occidentales.