CHAPITRE IV
I. Le commerce de la Jamaïque : importations et exportations. La part des différents pays et la nature des produits importés ou exportés. — II. Les douanes et les relations avec la France. La monnaie, les banques.
I. — La Jamaïque a ce double avantage de se trouver sur la route de la navigation maritime, et aussi d'être des-
servie par une foule de lignes régulières qui sont susceptibles de transporter dans de bonnes conditions ses pro. duits, et de rapporter en échange les produits étrangers qui les paieront. Et cependant on ne peut pas dire que le mouvement des échanges du pays soit considérable, par rapport ni à la population ni à la superficie de File. Cela résulte de causes multiples : de l'insuffisance, sinon du nombre des habitants, du moins de la main-d'œuvre disponible du peu de parti que l'on tire des richesses, des dons naturels de la contrée, et aussi des catastrophes trop fréquentes qui se sont produites ; de la timidité des capitaux à se lancer dans les entreprises qui seraient possibles en ce milieu.
Les importations à la Jamaïque, durant Tannée financière 1906-1907, ont atteint une valeur de 2.261.000 livres sterling. Si nous remontions cinq années en arrière, nous trouverions déjà le chiffre de 2.029.000 livres pour les importations de Tannée 1902-1903. Mais, entre temps, ce mouvement avait baissé considérablement, sous Tinfluence précisément d'une de ces catastrophes auxquelles nous faisions allusion tout à Theure, le fameux ouragan de 1903 : en effet les importations n'étaient que de 1.682.000 livres en 1904-1905. D'ailleurs, on ne peut pas dire que le commerce d'importation accuse une croissance réelle depuis des années et des années à la Jamaïque. En 1891, sans doute, la valeur des importations ne dépassait point 1.760.000 livres, ce qui est fort au-dessous du dernier total que nous avons pu fournir ; en 1892, on commençait de sortir de la crise qui s'était manifestée dans le commerce d'importation, et la valeur de ce mouvement s'élevait déjà à près de 1.950.000 livres. Les années suivantes, on se tenait aux environs de 2.200.000 livres, pour ar-
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river finalement à quelque 2.300.000 livres sterling durant l'exercice finissant au 31 mars 1895.
Si nous voulons entrer un peu dans le détail de ces importations, nous voyons qu'elles ont compris, en 1906-1907, 774.000 livres pour la catégorie que la douane désigne comme animaux, matières alimentaires et boissons ; puis 79.000 livres de matières brutes ou premières, toutes autres que les métaux ou les textiles (ce qui indique déjà combien l'industrie de transformation est pauvrement organisée dans l'Ile). C'est ensuite 1.315.000 livres pour les articles manufacturés, en première ligne desquels viennent les textiles, comme presque toujours dans ces pays, pour une valeur globale de 565.000 livres; les métaux comptent seulement pour 210.000 livres. Les monnaies et métaux précieux ont donné lieu à un mouvement d'importation, relativement considérable, de 93.000 livres. A regarder plus en détail, nous trouverions près de 700.000 livres d'articles alimentaires divers, 540.000 de vêtements, chaussures, etc. Les liqueurs entrent dans le mouvement pour 54.000 livres, les articles de mobilier pour 33.000, la quincaillerie et la serrurerie pour 55.000, les matériaux de construction pour 105.000, les machines et installations diverses destinées aux exploitations agricoles pour près de 101.000, puis les houilles et cokes pour 75.000. La Jamaïque a besoin d'introduire des quantités importantes de farine, de poisson frais ou salé, de tissus de coton, de la viande de porc, des laits condensés du maïs, des pétroles, etc.
Il est naturellement intéressant de savoir quelles sont les nations qui fournissent à cette consommation locale. Durant la dernière année considérée, et d'après les relevés de la douane (qui ne sont pas toujours exacts), le
Royaume-Uni a fourni près de 50 pour 100 des importations ; la part des États-Unis a été également considérable, plus de 38 pour 100; et il ne restait plus que très peu pour le Canada, et un pourcentage ne dépassant pas au total 8 pour 100 à répartir entre tous les pays importateurs. Il est assez curieux de remarquer que, depuis trois années, la part du Royaume-Uni a augmenté très sensiblement, qu'il en a été de même, mais sur une échelle plus modeste, pour les pays étrangers autres que les Etats-Unis ; tandis que la part du Canada a diminué dans des proportions énormes, et que celle de la Confédération américaine a subi également une régression surprenante. Nous ne pouvons manquer d'insister sur ce fait que les importations françaises à la Jamaïque s'en tiennent toujours, depuis des années, au même total ridicule de quelques milliers de livres; alors que l'Allemagne a su faire passer son importation, en une quinzaine d'années, de 7.000 à plus de 44.000 livres. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que l'absence de communications maritimes directes sous pavillon français entre la France et la Jamaïque est certainement pour dénationaliser, sans qu'on s'en doute, quantité de nos marchandises : elles arrivent sous pavillon étranger, et la douane ne fait aucune difficulté pour les porter au petit bonheur sur ses statistiques comme d'origine correspondant au pavillon du navire importateur. Examinons maintenant le mouvement et la nature des exportations des marchandises et produits locaux.
Le total des exportations pour l'exercice finissant en mars 1907, a été de 1.992.000 livres ; les partisans de la balance du commerce ne négligeraient point de rapprocher ce chiffre de celui des importations, et d'accuser une ba-
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lance défavorable. Ce qui est plus intéressant et plus caractéristique, c'est de noter que ce chiffre n'est pas éloigné des totaux les plus satisfaisants qu'on ait pu relever dans le commerce du pays. Aux exportations comme aux importations, nous retrouvons, il est vrai, ces à-coups qui accusent de triste manière les oscillations aussi brusques qu'intenses qui surviennent dans la production de la contrée ; c'est ainsi qu'en 1897 et 1898, on a vu les exportations se tenir aux environs de 1.440.000 livres. Vers 1892 et 1893, on relevait un mouvement d'exportation de quelque 1.730,000 à 1.750.000 livres; mais il dépassait ensuite 2 millions de livres en 1894. En 1902, les exportations se retrouvaient presque au môme total, à la suite d'une reprise succédant à la dépression que nous venons d'indiquer il y a un instant. Et il n'y a guère qu'en 1903 (dans la période toute contemporaine) qu'on ait pu relever un chiffre supérieur à celui que nous venons de citer pour l'exercice 1907. Cela prouve qu'heureusement le pays s'est assez vite et facilement relevé de l'avant-dernière crise, et aussi de celle qui a si tristement signalé le commencement de 1907. Mais il ne faut pas oublier que les exportations ont pu baisser jusqu'à 1.436.000 livres en 1905, ce qui montre bien ces alternances si redoutables et si marquées qui sont fréquentes dans l'île de la Jamaïque. Que l'on note que, dans les exportations, le mouvement des métaux précieux et des monnaies atteint facilement 80.000 livres.
On ne s'étonnera pas de constater que, si les articles manufacturés ne tiennent qu'une place assez modeste dans l'exportation du pays (au total 122.000 livres, môme dans une bonne année), par contre, les matières alimentaires, boissons, animaux vivants, etc., forment une portion cou-
sidérable de ce mouvement : 1.657.000 livres en 1907. Pour les matières brutes ou matières premières, elles complètent le total, et Ton voit qu'elles ne représentent pas un chiffre extrêmement élevé.
Les produits principaux prenant place dans le commerce de l'exportation de l'Ile sont les fruits, le rhum, le café, le sucre, les bois de teinture, le piment, la cire, le cacao, quelques peaux, du miel, du tabac brut ou manufacturé, du gingembre. Gomme fruits, ce sont surtout les bananes, les oranges, les noix de coco que Ton expédie, et ces produits occupent et de beaucoup le premier rang dans le mouvement total d'exportation, dont ils forment actuellement les 54 pour 100 ; viennent ensuite les produits secondaires, aussi bien le miel et les peaux, que la cire, le gingembre, etc. La proportion en est de plus de 19 pour 100 par rapport à l'exportation totale, et il semble qu'elle n'a plus guère tendance à croître, alors qu'il en est tout différemment des fruits, grâce en partie aux efforts des Américains. Le sucre forme un peu plus de 6 pour 100 du mouvement d'ensemble, et cela accuse une diminution sur les années précédentes ; tandis que le rhum représente plus de 7 pour 100 : là, nous constatons une progression; la part du café, d'un peu moins de 5 pour 100, est en diminution très sensible ; les bois de teinture demeurent presque régulièrement aux environs de 4 1/2 pour 100, et le piment forme à peu près 4 pour 100, après avoir fourni beaucoup plus jadis. Que l'on songe que le commerce des fruits principaux atteint une valeur de plus de 960.000 livres, le sucre brut n'en représentant que 120.000 à peu près, et l'exportation du campêche en nature ou extrait étant de plus de 140.000 livres.
Quelle est la part des divers pays dans le commerce
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d'exportation de la Jamaïque ? La répartition est toute différente de ce que nous avons trouvé pour les importations. ( l'est ainsi que les Etats-Unis tiennent la première place, et très loin en avant de toutes les autres destinations : cela s'explique en grande partie par cette consommation si intense qu'ils font de fruits tropicaux, l'initiative et les capitaux yankee ayant réellement lancé ce commerce spécial, qui a donné naissance à une industrie locale des plus importantes et des plus heureuses. Ils prennent actuellement plus de 57 pour 100 de l'exportation totale jamaïcaine; toutefois, il faut remarquer que leur part semble aller en diminuant constamment ; en 1902, par exemple, elle formait les 68 pour 100 de l'ensemble, et nous sommes maintenant loin de ce chiffre. Aujourd'hui, l'exportation à destination de la Grande-Bretagne forme presque les 22 pour 100 du mouvement d'ensemble ; et ici il s'est produit une évolution en sens inverse, puisque la part correspondante était seulement de 19 pour 100 en 1902. Pour le Canada, cette part était de moins de 2,5 en 1902, et actuellement elle atteint 7,5, après avoir du reste un moment dépassé ce chiffre ; il est impossible de prévoir ce que l'avenir réserve à cet égard. La diminution de la participation des États-Unis au commerce de la Jamaïque n'a pas bénéficié seulement au Canada et à la Grande-Bretagne proprement dite ; la part des autres nations est passée, en cinq années, de 10,5 à près de 14, mais ce dernier chiffre est en décroissance très marquée par rapport à ceux des années 1904 et 1906, et surtout 1905. C'est très probablement le résultat de ces à-coups incessants dans la production et la situation économique de l'Ile, qui retentissent forcément sur les relations commerciales avec les pays étrangers, ces relations ayant absolument besoin de sécurité.
Parmi ce que nous avons appelé les ce autres pays », la France est celui qui reçoit le plus d'exportations provenant de la Jamaïque : la valeur en a été de 141.000 livres en 1906 ; mais il est vrai qu'elle était tombée à 77.000 en 1905, et môme à 38.000 en 1895. C'est, après la France, l'Allemagne, puis Cuba, et enfin la Russie, qui prennent la plus grosse valeur des exportations qui se dirigent vers ces différents pays.
Pour finir avec ces questions de statistiques commerciales, nous ajouterons que le sucre de la Jamaïque va surtout vers les possessions britanniques, puis vers la ( irande-Bretagne môme; le rhum se dirige presque uniquement sur le Royaume-Uni. C'est ce dernier qui absorbe également une bonne proportion des, cafés, mais on en envoie aussi une certaine quantité sur les différentes possessions anglaises et la confédération américaine. Celleci reçoit presque la moitié du piment exporté, laissant le reste aux territoires anglais principalement. Nous avons déjà eu occasion de laisser entendre que les fruits se dirigent surtout vers les États-Unis. Les bois de teinture vont plutôt vers la France et l'Europe.
II. — Pour renseigner immédiatement le lecteur sur la situation douanière, nous pouvons dire que 37 à 38 pour 100 des importations payent des droits spécifiques, 42 pour 100 des droits nd valorem, et un peu plus de 17 pour 100 des marchandises sont importées en franchise.
Les droits d'importation sont établis par des textes successifs de 1899, de 1903, de 1905 et de 1907. Les principales marchandises entrant en franchise sont les machines agricoles de toute espèce, les articles et appareils et machines électriques, le papier d'impression, les sacs, les articles et appareils photographiques, le ciment,
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les charpentes métalliques. Une législation de drawbacks a été établie dans l'intérêt de l'industrie locale. Comme exemple de taxations, nous citerons les 7 pence 1/2 par gallon qui frappent les pétroles, les 15 shillings par 200 livres sur le bœuf, les 3 shillings 6 pence que paye le poisson frais ou salé, etc. Les relations particulières de la France et de la Jamaïque sont réglées par une convention qui a été signée en 1902 et approuvée en 1903; les taxes les plus réduites sont appliquées par les Douanes françaises aux denrées coloniales de consommation originaires de Plie, et la réciproque est assurée aux produits naturels et fabriqués originaires de notre pays.
Au point de vue monétaire, on est en réalité à la Jamaïque sous le régime de le Grande-Bretagne, et l'on a supprimé il y a bien des années la faculté que Ton avait d'employer le dollar américain, ce qui n'empêche qu'il circule dans l'Ile beaucoup de pièces des États-Unis. On a frappé des petites pièces de nickel spéciales pour File.
Il y circule également des billets particuliers, émis par la Colonial Bank et par la Bank of Nova Scotia. C'est qu'en effet ces deux banques rendent de réels services au commerce local. La première a une circulation moyenne de quelque 100.000 livres ; quant à la seconde, qui compte de nombreuses succursales dans l'Ile, et qui en possède aussi à Cuba, elle a une circulation d'un cinquième plus modeste. Bien qu'elles n'aient que fort peu d'intérêt au point de vue commercial, nous signalerons les caisses d'épargne officielles, dont l'intérêt servi aux déposants a été graduellement réduit jusqu'à 2 1 2 p. ÎOO. Les dépôts y atteignent actuellement presque 400. 000 livres.