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CHAPITRE PREMIER

I. Les avantages de sa situation géographique ; relief, constitution géologique, particularités géographiques, les rivières, le climat, le régime hygrométrique. L'assainissement du pays. — IL. L'organisation politique et son évolution dans le passé, l'exploitation du pays par la Métropole et les insurrections. L'intervention intéressée des États-Unis et la guerre; le traité de Paris et l'Indépendance. La constitution de la République et les conditions au bénéfice de la Confédération Américaine. — III. La situation financière, les budgets et les emprunts.

L — Il est logique que nous commencions cette étude des Grandes Antilles par celle à laquelle sa situation, la richesse de ses productions naturelles, son climat, les ressources de son sous-sol, etc., ont valu légitimement le nom de Perle des Antilles. De forme allongée et arquée, cette île, dont dépendent une série d'îles ou d'îlots, de cayes dispersées le long de ses côtes nord et sud, se trouve juste à l'entrée du Golfe du Mexique, et n'est séparée de la Floride, c'est-à-dire des Etats-Unis, que par

un bras de mer de 200 kilomètres. Elle occupe le centre de ce que, avec Reclus, nous avons appelé la Méditerranée Américaine ; elle est la plus grande et la plus riche certainement de toutes les Indes occidentales. Elle n'est qu'à 500 kilomètres de Tampa, capitale de la Floride, et à quelque 1.000 kilomètres de New- York, à une distance de 80 kilomètres seulement de Haïti, à moins de 140 kilomètres de la Jamaïque ; on peut dire qu'elle voisine avec le Mexique, ou du moins avec le Yucatan.

Il est évident que sa forme la favorise au point de vue maritime, tout en rendant, il est vrai, un peu plus difficiles les communications par terre : c'est ce qui a gêné l'établissement d'un réseau ferré un peu complet. Au total, la République de Cuba s'étend sur une longueur de courbe de 1.450 kilomètres; dans le sens transversal, ses dimensions sont faibles : même au point le plus large, elles ne dépassent pas 200 kilomètres, et dans l'isthme qui s'étend entre La Havane et Batabano, la largeur de l'île est de 50 kilomètres. On a souvent comparé l'apparence de Cuba avec celle de Java. La surface de la Perle des Antilles est d'à peu près 100.000 kilomètres carrés, et nous verrons qu'une population assez abondante s'y presse. Les côtes y sont extrêmement découpées, et Ton y trouve toute une série d'îles, dont la seule vraiment importante est celle des Pins, ou Isla de Pinos. Aussi bien, ce littoral est le plus ordinairement bas et marécageux, de nombreux récifs de corail s'y rencontrent, de vastes bancs de sable s'y forment et menacent parfois les terres ; c'est ainsi que la baie même de La Havane n'est pas sans présenter des dangers. Néanmoins, les ports sûrs et commodes ne manquent point, à commencer par La Havane, Santiago, les rades de Nuevitas et de Guantanamo. Le port de La

Havane passe pour un des plus beaux du monde, et Cienfuegos est également renommé.

Il va de soi que la constitution géologique intérieure du pays est ici très importante à considérer, pour l'influence qu'elle peut avoir sur les communications, sur l'agriculture ou même sur l'industrie, sur la mise en valeur, le climat, l'habitabilité de l'île, etc. Gentralement à peu près, se trouve une sorte de chaîne montagneuse, faite tantôt de montagnes proprement dites, tantôt de collines plus ou moins importantes. Du côté de Pinar del Rio, l'altitude ne dépasse point 750 mètres; vers Santiago, on arrive à 1.500 mètres, et sur quelques points on relève des sommets de près de 2.500 mètres. Il n'y a que ces terres très hautes qui ne puissent pas être livrées à la culture. Autrement, le sol est formé de molles ondulations donnant lieu à la formation dè vallées assez bien arrosées. A l'ouest de Gienfuegos, on rencontre une vaste région dite Gienega de Zapata, qui s'étend sur 120 kilomètres de long et 45 de large, et qui est encore à peu près impénétrable, par suite de la densité extraordinaire de sa végétation tout à fait tropicale.

Ce qui est important à savoir, c'est que le sol se prête à une mise en culture excellente, sauf sur les points où il est trop marécageux, ou bien dans ces régions de haute montagne auxquelles nous venons de faire allusion. Il est généralement constitué des meilleures formations géologiques secondaire ou tertiaire ; une végétation spontanée remarquable y vit. Là où la culture proprement dite ne peut se faire, du moins on a la possibilité de se livrer à l'élevage ; et dans les portions les moins bien partagées, on est exposé à trouver d'importantes richesses naturelles. Le gibier abonde, en même temps que les forêts,

dans les régions hautes; sans doute on rencontre dans le pays des tarentules et des scorpions, dont il ne faut pas s'exagérer les ennuis; des crocodiles, mais assez peu nombreux et que Ton exploite même commercialement ; aucun serpent redoutable, point d'animaux féroces, tout au plus des insectes parfois gênants.

Les rivières ont un faible développement, par suite naturellement de la disposition de 1 île et de ses chaînes montagneuses ; il ne faut pas songer à y naviguer, sauf sur le Rio Canto, qui a plus de 200 kilomètres de cours et est navigable sur 50 kilomètres environ; mais ces cours d'eau, qui sont à allure quelque peu torrentueuse, suffisent à fournir de l'eau aux cultures, le plus généralement, et peuvent également évacuer l'excédent des précipitations atmosphériques. Il serait même possible d'emprunter de la force motrice à certains d'entre eux.

Ceci nous amène à parler des conditions climatériques de Cuba, qui intéresseront tous ceux qui veulent s'y rendre temporairement ou définitivement. Disons tout de suite que les tremblements de terre se font sentir parfois dans l'île, et principalement dans l'est : on se rappelle notamment ceux de 1842 et de 1852, qui ont causé de graves ravages; mais cela prouve que ces sortes de catastrophes sont assez rares. D'ailleurs les cyclones, ou tout au moins les ouragans et tempêtes, ne sont pas sans visiter quelquefois Cuba. Il s'est produit notamment des hurricanes, comme on les désigne souvent dans la langue américaine, en 1870, 1876, 1885 et 1894. Il ne faut pas oublier que l'on est tout à fait dans la zone torride, puisque l'île est comprise entre 19° 40 et 23° 33 de latitude nord. En fait, le climat est chaud toute l'année, mais nous allons voir comment il est adouci et rendu très supportable par les

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circonstances locales. La température moyenne, dans les mois les plus chauds, est de 28 à 29° centig., et durant ce qu'on appelle l'hiver, elle est de 17° à La Havane. La température la plus élevée que Ton relève à l'ombre est comprise entre 30 et 31° centig-., sauf des cas tout exceptionnels où Ton a noté 34°. Le grand avantage de Cuba, c'est que son climat est bien insulaire : on sait que, quand une île ne présente pas une trop grande dimension, transversale du moins, la mer qui l'environne joue le rôle de volant égalisateur de la température, sans extrêmes marqués ni dans un sens ni dans l'autre. Il souffle du vent presque toute l'année, vent qui vient de la « partie » nord-est, et qui a une influence des plus salutaires pour les habitants ; aussi bien, les nuits sont fraîches, ce qui assure un repos précieux à l'organisme. Les variations de teneur en humidité de l'atmosphère sont assez peu sensibles. Les vents réguliers dont nous venons de parler soufflent rarement avec violence ; même en hiver, ils n'obligent point à ch au fier les habitations.

Les précipitations atmosphériques sont abondantes, si on les considère dans l'ensemble de l'année. Le pluviomètre donne normalement une chute d'eau totale de 2 mètres 25 pour Tannée. Durant les mois de février, mars et avril, les précipitations sont très faibles, n'atteignant guère 5 centimètres au maximum et descendant parfois à 1 ; c'est en mai que se produisent les grandes pluies.

La forte humidité de l'air et la température ne sont pas néanmoins sans fatiguer l'Européen qui, comme dans toutes les autres Grandes Antilles, a besoin de temps à autre de venir faire une cure d'air dans son pays natal. Mais on peut dire que la santé ne souffre pas réellement

de la vie sous ce climat, et que surtout l'état sanitaire général s'est considérablement amélioré dans l'île depuis quelques années : on ne saurait trop en faire honneur aux Américains, dont les médecins militaires ou civils se sont livrés à des expériences particulièrement intéressantes et démonstratives, et ont pris des mesures tout à fait heureuses, au point de vue de la lutte contre la fièvre jaune .et la malaria. Comme dans beaucoup d'autres pays de cette région, on avait généralement négligé d'établir des égouts, de drainer les terrains avoisinant les agglomérations, de s'assurer de l'eau de boisson de bonne qualité, et surtout on ignorait, là-bas comme ailleurs, les conditions grâce auxquelles se propagent les maladies que nous venons de citer. Sans insister sur des détails médicaux, les Américains ont constaté qu'on pouvait supprimer la fièvre jaune et aussi la malaria en luttant contre les moustiques, en faisant disparaître les mares où ils pullulaient, en munissant de toiles métalliques les ouvertures des maisons; et ils ont introduit dans l'île des habitudes d'hygiène qui ont donné les meilleurs résultats, et qui sont un des effets précieux de leur campagne contre les Espagnols. Toujours est-il que, il n'y a pas encore fort longtemps, fièvre jaune ou vomito negro et fièvre intermittente ou paludéenne, étaient des maladies fréquentes, en même temps que le tétanos, les affections du foie, du tube digestif, la phtisie- On sait que cette dernière est malheureusement fréquente en tout pays ; quant au tétanos, on peut presque toujours le prévenir, et une bonne hygiène générale diminue les chances que Ton a de contracter des maladies du tube digestif; enfin les fièvres jaune ou intermittente ont été à peu près vaincues par la lutte contre le moustique, surtout la fièvre jaune. Ajoutons que

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la variole est devenue très rare. En somme, la mortalité à La Havane ne semble guère dépasser en moyenne 16 pour 1.000, ce qui est un taux très favorable. Pour l'eau de boisson, on a cherché à capter de tous côtés des eaux pures, la Havane môme jouissant des eaux du Vento, qui sont amenées par un magnifique aqueduc commencé dès 1859. La Havane et Santiago sont bien partagés au point de vue des égouts, et des progrès ont été faits un peu partout dans cette même voie. On prend l'habitude de paver les rues, ce qui empêche les eaux usées d'aller saturer le sous-sol, ainsi que cela se passait jadis.

II. — Pour apprécier les conditions dans lesquelles s'est établi l'espèce de protectorat qui a fait aux Yankees une situation commerciale et industrielle toute favorisée à Cuba; pour se rendre compte également des relations des Cubains avec les populations étrangères ; et enfin pour que nos lecteurs jugent mieux du pays, il faut connaître, et nous allons les indiquer très rapidement, les phases par lesquelles le pays est passé avant d'en arriver à sa situation politique actuelle. Sans remonter à une période historique peu intéressante au point de vue pratique où nous nous plaçons ici, nous rappellerons du moins que les Espagnols s'étaient particulièrement bien acclimatés à Cuba comme à Porto-Rico, et ils conservèrent leur vieille possession en dépit des attaques successives de l'Angleterre. L'île reprit un regain de prospérité à la suite de l'abolition de l'Esclavage aux Etats-Unis^ et c'est ce qui amena le Gouvernement métropolitain à surcharger d'impôts un pays si prospère. Les impôts étaient rendus encore plus lourds du fait de droits de sortie et de droits d'entrée exorbitants; et les sommes enlevées ainsi à Tîle ne lui étaient aucunement restituées sous forme de

travaux publics ou autres. Ce fut le renouvellement des fautes qui avaient amené bien des années auparavant la séparation des colonies de l'Amérique du Sud. On avait trop coutume également de faire venir tous les fonctionnaires de la Péninsule, de ne jamais prendre de fils du pays- Et si le colon espagnol est particulièrement économe et probe, on est bien forcé de reconnaître qu'il n'en était pas de même des fonctionnaires expédiés dans la belle colonie antillaise pour y « faire fortune ». Ces observations s'appliquent tout aussi bien au passé de Porto-Rico, et nous n'y reviendrons point à son sujet. De nombreuses insurrections éclatèrent à Cuba, et une première République toute temporaire fut proclamée en 1868. A la fin de l'insurrection, terminée seulement en 1878, l'Espagne avait dû concéder quelques libertés aux Cubains. Mais le régime économique demeurait déplorable, des droits différentiels soumettaient les Cubains aux vendeurs espagnols; de plus, la crise sucrière battait son plein. Un nouveau mouvement séparatiste se manifesta ouvertement en 1893, avec l'appui des Américains, qui étaient déjà intervenus antérieurement. A la suite de luttes sanglantes, l'Espagne enfin concéda en 1898 l'autonomie à Cuba et à Porto-Rico. A ce moment, les Américains laissèrent paraître les ambitions qu'ils nourrissaient depuis longtemps, et qu'ils nourrissent encore plus vivement à l'heure présente visà-vis de toutes les Antilles, et même quelque peu de l'Amérique du Sud. Il leur faut un marché ouvert pour leur énorme production industrielle ; ils ont aussi avantage à voir arriver chez eux certains produits, comme le sucre, que donnent les contrées qu'ils convoitent. Et ils cherchent à réunir ces pays à la Confédération, sous une sorte de Zollverein au moins partiel.

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Les États-Unis, pour empêcher l'application de cette autonomie, qui eut calmé les esprits, prétendirent imposer brusquement à l'Espagne la cessation des hostilités contre les Cubains ; le Congrès déclara le peuple cubain libre ; la guerre éclata et ne dura pas de longs mois, comme on se le rappelle sans doute. Elle aboutit au traité conclu à Paris en décembre 1898, qui consacrait la renonciation de l'Espagne à la souveraineté sur Cuba et l'annexion de Porto-Rico aux Etats-Unis. Les Américains établirent d'abord à Cuba un régime provisoire militaire, la seule administration locale restant aux mains des indigènes. Il semble bien qu'à ce moment les Etats-Unis rêvaient aussi d'une annexion de la grande île. Et ce fut certainement la seule crainte d'un rapprochement entre les Cubains et les Espagnols et d'une insurrection contre leur occupation, qui empêcha les Américains de maintenir celle-ci. Le Gouvernement militaire se décida à convoquer une sorte de Convention cubaine destinée à voter une constitution. On lui imposait d'ailleurs certaines conditions avant d'accorder l'approbation de cette constitution, conditions que les Cubains ont dû respecter, et qui leur pèsent beaucoup à l'heure actuelle, plus au moral qu'au point de vue réel, devons-nous avouer. Ces conditions ont été incorporées dans la Constitution de 1901 : engagement perpétuel de ne pas conclure avec une puissance étrangère un traité susceptible de menacer son indépendance ; engagement de ne pas contracter de dette que les ressources ordinaires du budget ne pourraient pas couvrir en tant qu'arrérages; cession de deux stations navales; reconnaissance aux États-Unis du droit d'intervenir pour assurer le maintien d'un Gouvernement capable de garantir la vie, la propriété et la liberté de chacun. C'est grâce

seulement à ces concessions que les États-Unis laissèrent la nouvelle République venir au monde, en mai 1902, en lui imposant de plus, en mars 1903, un traité de réciprocité commerciale, en vertu duquel les deux pays s'accordent mutuellement une réduction de 25 pour 100 sur le tarif douanier. Un traité de mai 1903 a du reste consacré les dispositions que nous venons de mentionner. Nous retrouverons plus loin cette question douanière, et constaterons la situation privilégiée que se sont assurée en fait les Américains.

En quelques mots, nous pouvons faire saisir l'organisation politique et administrative du pays. Tout d'abord, un Congrès comprenant Chambre et Sénat : sur la base d'un élu par 25.000 habitants. Le Président de la République (secondé par un Vice-Président) est nommé pour quatre ans, et choisit son Conseil des Ministres; ce dernier se compose des secrétaires d'État et de la Justice, de l'Intérieur, des Finances, de l'Agriculture, des Travaux publics et de l'Instruction publique. La République (1) a ses représentants particuliers en pays étrangers, et c'est ainsi que la Légation de France est confiée à Paris à M. Ferrer (auquel nous avons eu recours en préparant le présent livre.) Les Provinces, qui correspondent à peu

(1) Il s'agit, bien entendu, de l'organisation de principe, et qu'on pourrait appeler virtuelle; car déjà une insurrection a éclaté contre le Gouvernement régulier et national, qui a amené le Président de la République à faire appel aux Américains. Ceux-ci ont débarqué des troupes et instauré un Gouvernement dit provisoire avec gouverneur américain. Les Yankees affirment avec insistance qu'ils ne veulent point annexer. Ils ont commencé par faire le nouveau recensement dont nous avons parlé, afin de préparer de nouvelles élections générales, notamment pour remplacer le Président de la République, M. Pal ma, démissionnaire. Espérons que l'insurrection ne va pas rester à l'état endémique dans un pays qui a tout pour devenir florissant.

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près, eu égard aux dispositions de la Constitution, aux États des Américains du Nord, choisissent leur gouverneur et contrôlent leurs affaires personnelles. Actuellement, on trouve dans l'Ile six provinces : Pinar del Rio, La Havane, Matanzas, Santa Clara, Puerto Principe et Santiago (de l'ouest à Test).

La situation de la jeune République est assez satisfaisante, bien qu'on puisse désirer un plus grand développement de toutes ses ressources. Il est à espérer que Tordre et la sécurité ne seront point troublés, d'autant que les Cubains redoutent beaucoup (du moins ceux qui appartiennent au parti nationaliste) de donner aucun motif d'intervention aux Américains.

III. — Un point qui n'est pas secondaire, môme pour ceux qui ne veulent établir que des relations d'affaires avec Cuba, et qui est encore bien plus important pour ceux qui désireraient s'y installer et devenir de la sorte des contribuables de l'Etat, c'est de constater si la situation financière du pays est saine, comme on dit dans le style spécial.

Durant que Cuba dépendait de l'Espagne, il est bien certain que ses finances n'étaient pas dans un état fort satisfaisant : les recettes diminuaient presque continuellement, au contraire des dépenses. Celles-ci étaient montées de 25 millions de pesos (1) à 38 millions 1/2 entre 1866 et 1867. Elles avaient diminué ensuite; néanmoins, pendant la dernière année d'occupation espagnole, les dépenses s'élevaient à plus de 26 millions de piastres pour un peu plus de 24 millions de recettes. Pendant les années de crise qui ont suivi la séparation, on a fort sagement réduit le mon-

(1) Voir les unités frionétaires au chapitre iv.

tant du budget, qui se limitait à 18 millions de dépenses en 1899-1900, à un peu plus de 15 millions en 1901-1902.

Il est vrai que, à ces mêmes époques, les recettes ne dépassaient point respectivement 17.400.000 p. et 17.765.000 p. En fait, le budget cubain s'est soldé en déficit jusqu'en 1904, tandis que, pour 1906-1907, le boni a atteint un peu plus de 2 millions 1/2, et qu'il a été prévu à 2.160.000 p. pour 1907-1908.

Ce dernier budget se présente comme suit. Aux recettes : 23.046.000. p. pour les Douanes; 350.000 recettes consulaires; 743.000 Postes, télégraphes et droits intérieurs; 831-000 p. domaines de l'Etat; le reste en revenus divers. Aux dépenses : Pouvoir exécutif 105.000 p.; Secrétariat d'État et Justice, 680.000; Intérieur 8.973.000; Finances 3.440.000 ; Instruction publique 4.196.000 ; Travaux publics 4.445.000; Agriculture, Industrie et Commerce 275.000; et le reste des 23.309.000 pour le pouvoir judiciaire.

Pour ce qui est de la dette, elle est relativement très légère ; mais nous ne devons pas oublier que l'indépendance a fait disparaître une dette d'un milliard de francs environ, qui avait été contractée en grande partie pour parer aux dépenses faites par la Métropole à l'occasion des insurrections successives. (Le poids des impôts était très lourd, bien que fort peu d'argent fût consacré aux dépenses utiles au pays). Dès 1902, les Chambres cubaines ont voté le principe d'un emprunt de 35 millions, dont 4 pour l'agriculture sous forme d'avances (ce qui s'expliquait par les ruines laissées par l'insurrection), et le reste pour payer les anciens soldats de l'insurrection, qui se sont multipliés quelque peu quand tout a été fini : à la façon de ces soldats pensionnés de la Sécession amé-

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ricaine, qui deviennent de plus en plus nombreux sur les contrôles des pensions, au fur et à mesure que s'éloigne la date de la Guerre. Cet emprunt a été émis en février 1904, et acheté par une grande maison américaine de New- York : cela au taux de 90 1/2; la banque a bientôt revendu les titres à 96, ce qui montre que le crédit de la République a été apprécié, et la cote a monté rapidement jusqu'à 102 1/2. Un droit de timbre a été spécialement créé pour fournir les fonds nécessaires aux intérêts et à l'amortissement de l'emprunt ; il a été gagé sur un certain pourcentage des recettes douanières. Nous nous réservons de donner quelques indications rapides sur les impôts qui sont payés à Cuba. Le timbre prévu pour gager l'emprunt suffit amplement à payer les charges de cet emprunt. La République a également payé fort régulièrement les charges résultant de l'emprunt de 3 millions de piastres qui avait été émis par la Junte cubaine, en 1896 et 1897, pour aider le mouvement insurrectionnel. Nous approchons du moment où le principal viendra à remboursement.

Si nous ajoutons que l'on a pu prendre sur les excédents du Trésor une somme de 5 millions, qui a été mise à la disposition des banques pour être employée en avances aux agriculteurs, on comprendra que la situation financière est saine, et que le pays peut se développer puissamment au point de vue industriel et commercial, s'il lui arrive en abondance suffisante ce qui lui manque encore pour partie : des capitaux et des bras.

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