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DERNIÈRE ASCENSION DU SALAD1N

La grande aventure de M. et M œe Duruof paraît avoir familiarisé jusqu'à un certain point les aéronautes avec le contact des flots. En effet, depuis cette époque relativement récente, leurs promenades maritimes se sont prodigieusement répétées. Toutes n'ont point eu d'issue funeste comme il est inutile de le rappeler au lecteur qui a euMa complaisance de suivre les récits que nous en avons faits, mais depuis on doit reconnaître que l'aspect des ascensions maritimes s'assombrit singulièrement. Le nombre des accidents se multiplie dans une proportion si grande, qu'il devient évident que l'étude des descentes en mer est un des grands problèmes dont les aéronautes et môme les gouvernements amis du progrès doivent se préoccuper dorénavant.

Dans l'espace d'environ une année trois ascensions émouvantes dans la Méditerranée. Lr ballon de l'aéronaute Brest qui était parti de Marseille fut trouvé dans une baie de la Corse où il était parvenu après avoir semé en route l'imprudent qui le montait. Le corps d'Armantières qui avait fait une ascension à Montpellier fut découvert au large, enfin l'aéronaute Jovis et deux com-

capitaine Templer, d'un* régiment de volontaires, a fait un très grand nombre d'ascensions quelquefois pour le comptedel'Etat, d'autres fois pour son compte personnel ou pour de simples particuliers.

L'ascension que nous allons raconter a eu lieu dans la ville de Bath le 10 décembre à une heure cinquantecinq minutes de l'après-midi. Deux passagers avaient pris place dans la nacelle, M. Powell, membre du Parlement pour Malmesbury, et M. Gardner, fils d'un ancien membre du Parlement pour Chelthenham.

Avant de continuer notre récit, il est indispensable de donner quelques détails sur le personnage dont le sort excite en ce moment un si légitime intérêt.

M. Walter Powell est né à East-Court (comté de Wilts) dans le courant de l'année 1842. Son père qui était magistrat et député lieutenant du comté de Monmouth, lui a laissé une grande fortune, et il occupe une position sociale des plus élevées. En effet, après avoir fait ses éludes à l'école de Rugby, il fut nommé magistrat du comté de Wilts et, depuis l'année 1808, il siège au Parlement pour le bourg de Malmesbury qu'il représente encore en ce moment.

Il y a plusieurs années déjà que M. Powell a commencé à s'occuper de navigation aérienne par ballons.

11 fit ses débuts dans les airs avec M. Coxwell, le- vétéran aéronauie qui rend un hommage public à son courage et à son sang-froid et qui raconte, dans une lettre adressée à tous les journaux de Londres, qu'il fit avec lui une des plus longues ascensions qui aient été exécutées en Grande Bretagne. Celte course remarquable qui dura neuf heures et demie se termina dans le voisinage de Lands End, le cap Finistère de nos voisins.

M. Powell avait fait construire pour son usage personnel un ballon dont l'étoffe et le filet étaient égale-

trois passagers, il porte ordinairement 800 livres de lest. Son diamètre est de 30 pieds. La hauteur totale, depuis le bas de la nacelle, d'environ 60 pieds.

ment en soie, et dont la nacelle était combinée de manière à flotter d'une façon continue à la surface de la mer s'il y était emporté malgré lui. 11 fit avec cet aérostat plusieurs ascensions pendant lesquelles il eut deux fois l'occasion de traverser le détroit de Bristol, bras de mer dont la largeur est comparable à celle de la Seine devant le Havre, et il faillit faire une première fois connaissance avec l'Océan.

En effet son ballon s'arrêta sur les dunes du Somerset, et pour en devenir maîtres, les paysans qui l'avaient amHé furent obligés d'y faire de grands trous avec leurs couteaux.

M. Walter Powell ne bornait pas son ambition à traverser la Manche, il songeait encore à dépasser Blanchard et Green, en allant de l'autre côté de l'Atlantique. 11 voulait aussi renouveler les exploits de Glaisher et sonder les hautes profondeurs de l'air. M. Coxwell raconte qu'il fut plus d'une fois obligé de tempérer ces ardeurs difficiles à réprimer chez un homme dans la force de l'âge et dont les splendeurs de l'infini ont captivé l'intelligence et séduit la raison.

La dernière ascensfon que M. Powell avait faite, avait été exécutée avec le Saladin, et M. Frédéric Miles, habile artiste anglais. Les deux voyageurs étaient partis de Bath mais dans de déplorables conditions d'équilibrage.

Le ballon s'était accroché à un arbre voisin du gazomètre et s'y était fait deux trous dont l'un n'avait pas moins de trente-deux pouces anglais de longueur.

Le voyage n'avait duré que cinq minutes pendant lesquelles les deux touristes aériens avaient fait plus de trois kilomètres. Le vent était si violent que le traînage avait pris deux ou trois fois plus de temps que l'ascension, quoique les aéronautes eussent jeté tout ce qu'ils avaient dans la nacelle y compris la bouée de sauvetage dont ils étaient pourvus cette fois.

L'ascension du 10 décembre avait pour but de déter-

miner la température de l'air et de mesurer la hauteur à laquelle finissaient les nuages de neige qui flottaient alors dans l'atmosphère. Ils ne s'étendaient qu'à une élévationde 1,200 pieds, ce qui est une allitude relativement assez faible.

Dans l'intérieur de cette nuée il est aisé de comprendre que la température devait être inférieure à zéro. Elle était, en effet, de 2 1/2 centigrades au-dessous de la glace fondante. Mais ce qui est remarquable c'est que la température du thermomètre à boule humide était sensiblement moindre et tombée à 4 centigrades.

Ce fait prouve que la cristallisation avait produit une condensation assez parfaite de la vapeur ambiante.

A 2 h. 50 c'est-à-dire 55 minutes après leur départ, les voyageurs purent apercevoir la terre à travers une éclaircie., ils étaient à une hauteur de 1 ,300 mètres et se trouvaient au-dessus de Wells.

Le ciel devenant clair la température monta par suite de l'action des rayons solaires et le thermomètre s'éleva à 5 1/2 11° centigrades au-dessus de zéro. La terre continuait à se montrer et les voyageurs aériens reconnurent au-dessous d'eux la ville de Glastonbury, puis Somerstonet Longportentre lesquels le ballon se trouva suspendu. La trajectoire du Saladin était orientée vers le- Sud 1/2 E. Alors M. Powell jeta la quantité de lest suffisante pour que l'aérostat montât à la hauteur de 1,800 mètres afin de mesurer la températured'une bande de nuages allongés ayant la forme que prennent généralement les cirrus, et à laquelle les météorologistes qui restent à terre prétendent reconnaître la présence de neige. La température était à peu près celle delà glace fondante, ce qui pouvait faire croire que l'eau avait presque entièrement repris sa forme liquide.

Un coup de soupape ramena le Saladin à l'altitude de 650 mètres où régnait le courant N 1/2 W dont l'existence avait été déjà constatée.

L'approche de l'Océan rendait ce mouvement nécessaire.

Mais juste au moment où l'on entendait pour la première fois le murmure caractéristique des vagues, qui, lorsque la mer est grosse, se répand à plusieurs lieues de distance dans l'intérieur des terres, le ballon se mit à s'élever rapidement jusqu'à la hauteur de l,200mètres par une cause que les voyageurs aériens né prirent pas la peine de déterminer, ce qui pouvait du reste offrir plus d'un genre de difficultés. En effet, quelquefois le ballon s'élève parce qu'il obéit à un courant ascendant, produit par un effet mécanique. D'autres fois il peut passer sur une partie du sol fortement électrisée. Le plus souvent c'est un rayon de soleil qui pompe soudainement une certaine quantité d'eau dont le filet et l'enveloppe sont imprégnés ou bien qui échauffe le gaz et augmente son pouvoir ascendant.

M. Powell ouvrit de nouveau la soupape pour faire descendre le ballon à 30 mètres de terre afin d'être prêt à jeter l'ancre du moment que la mer apparaîtrait. Cette manœuvre toujours difficile fut exécutée avec un succès remarquable jusqu'à un village nommé Simonsbury.Encet endroit, le ballon était si rapproché de terre, qu'il devint possible d'engager la conversation avec les passants ; le capitaine Templer demanda donc à un paysan à quelle distance l'aérostat se trouvait de Bridport.

« Environ un mille, » répondit cet homme.

« Alors, dit le capitaine en s' adressant à M. Powell, il faut nous préparer à atterrir rapidement, car notre vitesse s'accélère et je crois qu'elle est de cinquante kilomètres par heure. »

Malheureusement au moment où les aéronautes se préparaient à faire le branle-bas de la descente, le petit village de Neape se présenta à travers leur trajectoire, leur barrant la route comme le petit village d'Havant avait bloqué la nôtre treize mois plus tôt, dans l'ascension que nous raconterons plus bas.

Craignant, comme l'équipage du ballon n° 1 de l'académie iVaèrostation météorologique, de faire sa descente dans les maisons, le capitaine dit à M. Powell de jeter du lest et le ballon bondit à une altitude de 4 à 500 mètres, qui mit pour la première fois les voyageurs aériens en présence de l'Océan.

Alors se passa une scène dont M. Powell a peut-être pour toujours emporté le secret dans la tombe, et que le capitaine Templer raconte de la façon suivante.

« J'ouvris la soupape, dit cet officier, et nous touchâmes le sol à cent cinquante mètres de la falaise. Le ballon se mit à traîner et je roulai hors de la nacelle tenant encore la corde de la soupape dans ma main. Ma chute fit remonter le ballon à une hauteur d'environ huit pieds, lorsque M. Gardner tomba et malheureusement se cassa la jambe. Je m'aperçus que la corde de la soupape glissait dans mes mains (à cause du surcroît de force ascensionnelle que la chute de M. Gardner avait produite). Alors j'appelai M. Powell qui était debout dans la nacelle et je lui dis de tirer la corde de soupape, c'est ce qu'il fit. Mais quelques secondes après la corde m'échappa et le ballon s'éleva avec rapidité.

« M. Powell agita sa main vers moi (sans doute pour m'indiquer qu'il n'était point effrayé de se voir lancer en plein Océan).

« Je me hâtai de prendre l'azimut du Saladin et je constatai qu'il disparaissait dans la direction S. 1/4 E. »

Le vent avait remonté du côté de l'ouest depuis le départ de Bath.

Quand cet accident arriva il était quatre heures, c'est-à-dire quelques minutes avant le coucher du soleil.

On vit le ballon monter rapidement à une grande altitude, puis quelques instants après on crut le voir retomber rapidement.

Mais tout s'effaça dans les dernières lueurs du jour mourant.

11 resta sur la terre ferme deux aéronautes dont l'un,

grièvement blessé, ne tarda pas à être secouru par les paysans.

Le capitaine Templer ne perdit pas une minute pour organiser une recherche qui, malheureusement, jusqu'au moment où nous écrivons ces lignes a encore donné bien peu de fruits. Il se rendit en toute hâte à Bridport, d'où il télégraphia au commandant des ingénieurs de faire chauffer un steamer. Lorsqu'il arriva à Weymouth, le Commodore était sous pression.

On se dirigea immédiatement à l'endroit de l'Océan où l'on croyait avoir vu disparaître le ballon, mais sans avoir pu recueillir la moindre épave.

Le Commodore resta à croiser dans la Manche jusqu'à ce que l'on fût arrivé en vue des phares français des Gasquets. Alors on retourna à Bridport, où l'on arriva dimanche, à cinq heures du matin, sans être plus avancé que lorsqu'on en était parti.

Nous ne nous arrêterons point à décrire les croisières expédiées dans les différentes directions, les télégrammes expédiés partout pour offrir une récompense à ceux qui donneraient une indication utile sur la route suivie par le ballon, à ceux qui le rapporteraient, qui découvriraient le cadavre de M. Walter Powell, ou lui prêteraient assistance pour se sauver.

En effet, la multiplicité et l'énergie de ces honorables efforts ne font que mettre plus complètement en relief l'impuissance de l'homme lorsqu'il cherche à disputer une proie à l'immensité.

Cependant, c'est cet infini redoutable que le génie humain doit apprendre à dompter, et c'est avec l'Océan que les aéronautes doivent apprendre à se mesurer actuellement.

Sans chercher à deviner le sort de M. Walter Powell, ce qui est actuellement au-dessus des forces de la science humaine, on peut dire que la principale cause de sa perte est la fatalité qui l'a privé de ses deux compagnons.

En effet, subitement délesté d'un poids si prodigieux, le Saladin a dû bondir dans l'espace avec une vitesse inouïe. Il est impossible qu'il n'ait point dépassé la couche d'équilibre et qu'il ne soit pas tombé avec une force considérable à la surface des flots, et peut-être privé de la force ascensiennelle nécessaire pour soutenir la nacelle hors du contact des flots.

Au commencement d'une longue nuit de décembre, le malheureux Powell s'est sans doute trouvé aux prises avec un traînage échevelé, que Duruof, malgré ses muscles d'acier et sa grande habitude de l'air, ne pouvait point supporter pendant longtemps, et qui l'aurait obligé à lâcher prise s'il avait duré quelques instants de plus.

Toutes les probabilités sont pour que M. Walter Powell, à bout de forces, épuisé par la fatigue, le froid et l'eau de mer, ait promptement lâché prise et que, perdant le gaz par mille ouvertures, le ballon n'ait pas tardé à disparaître dans les profondeurs océaniques, d'où il ne reparaîtra plus.

Hélas! l'on souhaiterait presque d'apprendre que M. Walter Powell a été suffoqué par le gaz qui sortait à torrents du ballon et qu'il a été suffoqué comme les deux aéronautes du Zénith.

Au lieu de retomber sur le sol qui brise et écrase, il avait rencontré les vagues qui enfouissent les corps dans un tombeau discret.

Il n'est point impossible que, par un miracle d'adresse et d'héroïsme dont est capable un aéronaute lorsqu'il est doublé d'un gentleman anglais, M. Walter Powell soit parvenu à se maintenir en l'air quelques heures et à la rigueur pendant la journée de dimanche, 11 décembre. Mais, dans ce cas, la nuit de dimanche à lundi a dû être la dernière qu'il ait passée sur cette terre, à moins qu'il n'ait été miraculeusement recueilli par quelque navire de haute mer.

Tous les objets que l'on voit actuellement dans les

airs n'existent que dans l'imagination des spectateurs ou sont autre chose que le Saladin. Pendant longtemps l'imagination excitée des habitants des côtes donnera des proportions gigantesques aux moindres ballons du Louvre qu'un enfant laissera échapper.

C'est ainsi que les passagers d'un bateau à vapeur qui naviguait au large de Montrose ont publié un récit revêtu de leurs signatures et tendantà faire croire qu'ils avaient vu passer le Saladin. Quelques-uns même pensaient avoir reconnu Walter Powell les regardant du haut de sa nacelle !

Mais il fut prouvé que le prétendu Saladin n'était qu'une montgolfière portant une éponge imbibée d'alcool, et qu'un habitant d'Edimbourg avait lancée dans l'air pour amuser ses enfants.

Le ballon que des pêcheurs de Bilbao ont aperçu au large dans la matinée du 16 et qui a été vu, paraît-il, par un douanier, est peut-être un des globes remplis de gaz hydrogène qu'un fabricant de ballons d'enfants s'amuse à lancer tous les jours, et dont quelques-uns sont rencontrés à des distances immenses.

La Ville de Paru raconte dans un de ses derniers numéros qu'une de ces sphèreâ en caoutchouc, remplie de gaz hydrogène et dont le volume ne dépasse pas celui des ballons du Louvre, a été trouvé le lendemain du jour où il était lancé ; il a été décroché par un grand seigneur allemand au milieu d'une partie de chasse dans une forêt de Westphalie.

On n'a pas oublié non plus l'histoire du ballon du Sacre, qui fut retrouvé près de Rome accroché au tombeau de Néron.

Il n'est pas d'objet bizarre flottant à la surface des océans qui ne soit exposé à être pris pour les débris du Saladin;

Un pêcheur d'Isigny, revenant au port, apprit à ses compagnons qu'il avait rencontré quelque chose qui s'était pris dans ses filets et dont il s'était empressé de

se débarrasser, afin de rapporter au plus vite sa cargaison de poissons.

Comme on lui apprit qu'il y avait une récompense de 2,500 francs à gagner, cet homme reprit la mer pour voir ce qu'il avait rencontré. Quel ne fut pas son désappointement quand il aperçut une carcasse de baleine qui flottait depuis quelque temps dans l'Atlantique.

Il n'est pas jusqu'aux mystificateurs.dela presse qui ne tarderont point à s'emparer de cette tragédie, et fabriquer de toutes pièces des nouvelles extraordinaires comme celles qui nous annonçaient, six ans après le siège de Paris, la découverte d'un de nos malheureux aéronautes du siège, qui avait pris terre dans les solitudes de l'Afrique australe après la plus merveilleuse des traversées.

Tous les contes, toutes les alertes, toutes les légendes auxquels le Snlndin donnera naissance sont autant d'hommages rendus à l'aéronaute anglais.

Nous ne cacherons point que. malgré les détails donnés par le témoin de la catastrophe, il reste à établir dans quelles circonstances a eu lieu la disparition du ballon.

Gomme l'ont fait remarquer plusieurs orateurs dans la discussion qui a eu lieu devant l'académie d'aérostation météorologique et la société de navigation aérienne, il est bien étonnant qu'un aéronaute un peu expérimenté sorte involontairement de la nacelle.

Je ne connais pas pour ma part d'autre exemple d'un cas pareil, cependant je me suis trouvé dans des nacelles qui ont été complètement renversés. En second lieu il est tout à fait impossible de comprendre la nature du choc qui a déraciné le second voyageur ; car si le rebondissement avait été violent, M. le capitaine Templer aurait immédiatement lâché la corde. La conversation qu'il rapporte, et dont la probabilité n'est point certainement très grande, n'aurait pu avoir lieu.

Dans tous les cas, circonstance remarquable, il n'est point question du rôle qu'aurait joué l'ancre.

Souvent elle ne mord pas. Mais à moins d'avoir complètement perdu la tête, surtout dans de semblables circonstances, on ne manque jamais de la lancer!

Cette omission est importante et l'attention du public compétent se trouvant maintenant attirée sur ce point il ne tardera certainement pas à être élucidé.

Mais il ne sufût pas d'examiner le rôle des deux compagnons de M. Walter Powell, il faut surtout faire en sorte que son dramatique et émouvant martyre soit utile à la grande cause qu'il a embrassée avec un enthousiasme si juvénile.

Les aéronautes, qui se voient dorénavant condamnés à braver l'Océan contre lequel il a eu à lutter, ne sont point réduits aux moyens d'action qu'il avait à sa disposition.

Non seulement ils ont la nacelle insubmersible et les bouées de sauvetage qu'il avait laissées dans son château, et qu'on devrait toujours emporter dans une île dont les dimensions sont après tout fort restreintes, mais un des plus illustres aéronautes anglais, le célèbre Green, a inventé un agrès spécial dont la manœuvre est susceptible certainement de grands perfectionnements, et qui sous sa forme actuelle a déjà rendu d'immenses services aux navigateurs aériens.

Nous voulons parler du cône ancre que l'on attache au bout d'une corde et qu'on laisse traîner derrière le ballon quand on veut diminuer la rapidité de ses mouvements.

Trouve-t-on que la mer est trop dure, que les secousses sont trop violentes, on relève le cône et on le vide à l'aide d'un cordage supplémentaire.

L'étude, de cette manœuvre est certainement un des plus pressants besoins de l'art aérien dans la période actuelle. Il faut donc espérer que le gouvernement

anglais qui s'est préoccupé du sort de M. Powell et du Saladin ne s'arrêtera pas en si bon chemin.

N'est-il pas permis de faire remarquer que ce sont les tentatives faites pour retrouver les traces du capitaine Franklin, qui ont donné aux études polaires une activité dont elles se ressentent encore aujourd'hui ?

N'étant pas marié, M. Powell ne laisse pas derrière lui une noble veuve, qui avait fait vœu de retrouver son mari mort ou vif, et qui a tenu son serment avec une ténacité dont l'histoire de l'antiquité ne nous offre point un seul exemple peut-être.

Mais sa famille, ses amis, ses admirateurs ne l'abandonneront point. Même s'il ne reparaît pas, la catastrophe du Saladin sera le point de départ d'une èi nouvelle dans l'histoire du développement des ballons.

Ce sera une noble consolation de la perte et une as* surance d'un éclatant triomphe si par un bonheur inespéré il reparaît.

En tout cas, nous formons les vœux les plus sincères pour que le nouveau gouvernement de la République française comprenne comme il paraît le faire le devoir que lui trace ce grand événement aéronautique, et que repoussant les plans peu pratiques et puérils des rêveurs ou des faiseurs de systèmes, il donne aux chercheurs les moyens de mener à bon terme des recherches éminemment pratiques dont le résultat immédiat se d'agrandir le domaine de l'art aérien. En effet l'ascension maritime dont nous allons raconter les détails, nous prouve qu'avec un peu de bonheur et de sangroid les aéronautes peuvent aisément braver les fureurs de l'Océan.

du capitaine Templer.

• da Londres.

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