‹ Les grandes chronique de France (volume 2)Chapitre 16 sur 110 · INTRODUCTION. XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIX

de telles ballades du poète, très connues et souvent citées, avec le texte des Grandes Chroniques, c'est que parfois Eustache Deschamps a mis en vers, servilement, des chapitres entiers de ces chroniques. Aucun doute n'est possible pour la période comprise entre 1350 et 1364. Il est probable que les rapprochements, notés pour une époque postérieure, tiennent à la même cause et s'expliquent par le même procédé. Deschamps a eu sous les yeux la chronique de Jean II et de Charles V : il y a trouvé matière à versifier sans grand effort d'imagination. L'hypothèse de G. Raynaud n'a donc pas quant à présent de fondement solide^.

Ce qui est incontestable, c'est que la chronique, citée à tort ou à raison sous le nom de P. d'Orgemont, et à laquelle E. Deschamps n'a eu sans doute aucune part, a un intérêt et une portée tout à fait exceptionnels. Elle reflète constamment et très exactement la pensée de Charles V. Cela est visible de très bonne heure, dès la captivité de Jean IL Si le sage roi avait laissé des mémoires personnels, il ne les eût pas rédigés autrement que maints chapitres de la chronique, dont on veut faire honneur à son chancelier. Certaines scènes, — et ceci s'applique surtout aux temps troublés qui suivirent la bataille de Poitiers, — n'ont pu être retracées que par celui qui en avait été non seulement le témoin, mais aussi l'un des principaux acteurs. Les propos attribués aux ennemis du Dauphin et les réflexions qui les soulignent, les réponses du prince et le ton très person-

1. Je noterai aussi l'opinion d'Ernest Petit, l'historien des ducs de Bourgogne, d'après leijuel Pierre Aymé (ou Aymon), évoque d'Auxerre, très mêlé aux événements politiques de son temps, aurait été dans une certaine mesure le collaborateur « indirect » de Pierre d'Orgemont (Ducs de Bourgogne de la. maison de Valois. Philippe le Ilardi^ t. I. Paris, Picard, 1909, in-8°, p. 231, n. 3).

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