‹ Les grandes chronique de France (volume 2)Chapitre 17 sur 110 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

nel du récit, tout trahit l'inspirateur de la chronique, pour ne pas dire son véritable auteur. Le Roi seul a pu garder, des années de sa jeunesse, un souvenir aussi fidèle et aussi précis; seul, dans nombre de cas, il a pu voir et entendre tout ce que raconte le narrateur'. Charles V a marqué de son empreinte l'œuvre entière, et plus spécialement la partie de la chronique consacrée au règne de son père. Il s'agissait, en efiet, de relater des événements où le Dauphin, puis le régent, avait eu une part directe et à propos desquels il importait de créer un courant d'opinion favorable à la royauté, défavorable à ses adversaires, révolutionnaires parisiens ou partisans du roi de Navarre. Mais la méthode ne change pas et ne pouvait changer avec l'avènement du Roi. Les mêmes préoccupations tendancieuses dominent l'exposé de la politique, prudente et sage, qui devait procurer la revanche du traité de Brétigny.

A plus forte raison en est-il ainsi quand il s'agit d'expliquer et de justifier la conduite du Roi, dans l'afiaire du Grand Schisme ou dans le procès fait aux gens de Charles le Mauvais. Cette deuxième partie de la chronique, — qui embrasse le règne de Charles V, — semble moins bien ordonnée que la première et plus hâtivement composée. Ce n'est peut-être là qu'une apparence. Les matériaux, il est vrai, sont parfois restés à pied d'œuvre. Dans certains cas, nous n'avons sous les yeux que des documents officiels, reproduits intégralement, un dossier au lieu du récit qu'il eût été possible d'en tirer; mais les pièces du dossier ont été choisies et disposées par un maître avocat, et avec une

1. Voy. surtout Chronique des règnes de Jean II et de Charles V, t. I, p. 121-124, 135, 136, 139, 145, 149, 150, 155, 165-166.

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habileté consommée. Elles valent une plaidoirie et disent à elles seules tout ce qu'il fallait nous laisser entendre.

Qu'on puisse voir dans le manuscrit français 2813, relié aujourd'hui en un seul tome, les deux volumes visés dans le mandement de Charles V, c'est ce qui ressort de deux extraits d'inventaires cités par Lacabane^ mais qu'à vrai dire lui seul a connus-. Nous aurions donc affaire ici au plus ancien exemplaire de la chronique de Jean II

1. Op. cit., p. 15 : « Mais ce qui ne pouvait être pour M. Paris qu'une conjecture, très forte à la vérité, va se changer en certitude à la lecture de l'extrait d'un inventaire conservé à Bourges et qui contient la notice des livres et joyaux ayant appartenu à Jean, duc de Berry, frère de Charles V. Voici ce curieux extrait que je dois à l'obligeance de M. le comte Auguste de Bastard :

« N° 49. Un livre des chroniques de France, en deux volumes, écrit en français de lettres de forme, très notablement historié et enluminé au commencement et en plusieurs lieux. Au commencement du deuxième feuillet du premier volume est écrit : de tout le inonde; et au commencement du troisième feuillet de l'autre volume : il vint jjrès. Un autre inventaire qui se trouve également à Bourges, intitulé Livres qui furent au roi, mentionne les chroniques de France dans les mêmes termes. En rapprochant de cette indication le précieux manuscrit n» 8395 (ancien fonds, aujourd'hui ms. fr. 2813), on reconnaît immédiatement la complète identité de celui-ci avec les deux volumes spécifiés dans les inventaires de Bourges. Ces expressions de tout le monde^ il vint près se trouvent exactement dans notre manuscrit à la place indiquée par les inventaires, et c'est bien là, incontestablement, ce livre écrit en lettres de forme, très notablement historié et enluminé au commencement et en plusieurs lieux. » Une note du comte de Bastard dit à propos du premier de ces inventaires : « Ce catalogue est écrit en entier de la main du Père Berthier, chanoine à Bourges. »

2. L. Delisle, op. cit., !■•« partie, p. 313; 2« partie, p. 312*, n. 241 : « Cet article (d'inventaire) est cité par M. Lacabane... J'ignore quelle en est la source et quelle confiance on doit lui accorder. »

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et de Charles V, qui est aussi, comme cela devait être, le plus correct. 11 est dès lors évident que, pour dresser un texte pleinement satisfaisant, il n'y a pas à chercher mieux que le manuscrit français 2813, en le corrigeant, bien entendu, dans les cas très rares où la chose est nécessaire et possible. Les variantes, en l'espèce, importent assez peu ; elles n'ajoutent rien au texte et ne constituent que de mauvaises leçons, à éliminer purement et simplement partout où elles se rencontrent. D'ailleurs, par suite d'une méprise singulière, sinon inexplicable, elles ont été accueillies presque toutes dans l'édition de Paulin Paris, et pour cette raison j'ai cru devoir les signaler dans les notes de la présente publication.

La chronique, rééditée sous les auspices de la Société de l'Histoire de France, comprend deux parties, correspondant l'une au règne de Jean II et l'autre à celui de Charles V.

Règne de Jean II. — Il occupe les feuillets 393 à 438 du manuscrit français 2813. La matière en est distribuée en 141 chapitres, d'étendue fort inégale, non numérotés, mais précédés chacun d'une rubrique qui indique, toujours très vaguement et parfois avec peu d'exactitude, le sujet traité dans le chapitre.

Jusqu'à la bataille de Poitiers, les événements sont racontés à l'ancienne manière, peut-être plus brièvement que sous les règnes précédents. Si l'on examine le texte de près, un changement assez sensible se remarque dans l'allure générale du récit, qui ne date que de l'avènement de Jean II. On a voulu le faire remonter jusqu'à l'année 1340 ^ C'est une erreur, qu'une lecture même superficielle

\. A. MoUnier, Les sources de l'hisluire de France, faso. IV,

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