XXIV INTRODUCTION
une grande place dans les récits ; ils sont présentés sèchement, parfois avec un souci médiocre de l'exactitude ou de la clarté. Il est vrai que la bataille de Poitiers était encore plus dilFicile à raconter que la bataille de Crécy. Le chroniqueur n'ignore pas les causes de la défaite : position inexpugnable des Anglais, défaillances de quelques-uns des corps français, mais en somme il n'a d'opinion faite que sur l'étendue du désastre, laissant au lecteur le soin d'en rechercher et d'en trouver l'explication. La personne du roi de France est mise hors de cause par un éloge de sa bravoure. La retraite, un peu trop précipitée, de ses trois fils est justifiée par un ordre formel de leur père. Enfin, la supériorité numérique des Français n'existe plus grâce à un euphémisme ingénieux. La journée fut perdue, confesse l'auteur de la chronique, « jà soit ce que le dit roy de France eust autant de gens que le dit prince' ».
La captivité de Jean II fait passer le Dauphin au premier plan. Dès lors, les événements sont rapportés dans le plus grand détail, avec une extrême précision quant aux faits et quant aux dates. Les Grandes Chroniques deviennent, à partir de cette époque, une source d'information d'un prix infini, et telle que rien ne saurait leur être comparé même de loin dans l'historiographie du xiv® siècle. La lutte presque quotidienne, soutenue par le duc de Normandie, pendant près de deux ans contre Etienne Marcel et pendant près de trois ans contre le roi de Navarre, est la partie capitale et la plus originale de la chronique. Le reste, toujours très intéressant, est moins développé et moins personnel.
L'échec des premières négociations, ouvertes entre Jean II
1. Chronique des règnes de Jean II el de Charles V, t. I, p. 72.