‹ Les grandes chronique de France (volume 2)Chapitre 30 sur 110 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

vais, le roi de Navarre, Etienne Marcel, le prévôt des marchands, et peut-être surtout Robert le Coq, l'évêque de Laon, — ne se relèveront jamais des coups que l'iiistorien otîiciel leur a portés. Mais est-il démontré qu'il convienne de les réhabiliter et que la justice consiste à prendre le contre-pied de la version des Grandes Chroniques? Nous avons quelque expérience des révolutions en France, et nous savons qu'en général elles ne font pas surgir de la foule des hommes qu'on puisse ériger en héros ni prendre pour modèles. Accordons, si l'on veut, des circonstances atténuantes à la mémoire des ennemis du Dauphin, mais laissons subsister la condamnation jjortée contre eux. Ces personnages, à tout le moins équivoques, ne méritent pas d'être traités avec plus de faveur.

La valeur littéraire de la chronique est fort mince. C'est un récit habile, mais généralement très sec, où ne se trahit nul souci de la composition, ni de la forme. La clarté est obtenue au prix de répétitions de mots, fastidieuses et le plus souvent évitables^. Le détail pittoresque n'est jamais recherché et ne vient pas de lui-même sous la plume du chroniqueur. Une seule fois peut-être, la rancune, encore vivace malgré les années, a fait noter, à propos de la mort de Thomas de Ladit, le chancelier du roi de Navarre, un trait réaliste qui évoque à nos yeux cette scène lugubre. Comme les meurtriers avaient abandonné le cadavre du

p. 154 : « Et là le dit maistre Robert de Corbie dist que le prevostdes marchans avoit fait faire le fait qui avoit esté fait le jour précèdent... »

T. II, p. 184 : « Et en vérité, de nulle mémoire d'omme, n'avoit ce esté veu, ne que le Roy eust fait si grant fait. Et par les dessus dites gens d'armes furent fais plusours autres grans faiz et notables, dont cy après sera faite meucion. »

Page 1