INTRODUCTION. XLI
rétablir le vrai sens faussé par quelque bévue, nous noterions avec surprise que toutes les mauvaises leçons, à l'aide desquelles nous avons distingué entre elles les deux principales familles de manuscrits, se rencontrent dans l'édition de P. Paris, tandis que le manuscrit français 2813 n'en offre pas une seule. Comme il est clair que P. Paris n'a pas eu la main assez malheureuse pour faire disparaître d'un manuscrit excellent quantité de bonnes leçons en les remplaçant par de mauvaises, il en résulte qu'il a dû livrer à l'impression un texte différent de celui qu'il s'imaginait avoir « principalement suivi ». Quel était ce manuscrit, — incontestablement d'une autre famille que le français 2813, — auquel il a donné la préférence, pour des raisons inconnues de nous, et peut-être tout simplement par inadvertance? Il serait assez malaisé de le déterminer, vu la liberté fort grande qu'en tout état de cause P. Paris semble avoir prise avec les textes originaux ou les copies qu'il en faisait exécuter. Le plus vraisemblable est que sa publication a été faite sur quelque ancien exemplaire gothique des Grandes Chroniques, corrigé çà et là un peu au hasard, et très insuffisamment, sans que l'éditeur ait eu le soin de le collationner avec le manuscrit reconnu le meilleur, et qu'il eût fallu utiliser constamment, à l'exclusion de tout autre'.
De l'annotation, je ne dirai rien, sinon qu'elle est à peu près inexistante, bien des notes étant inutiles et quelquesunes inexactes^. Je ne m'attarderai pas davantage à souligner
1. Les deux mauvaises leçons que j'ai relevées dans la n. 2 de la p. 35 (« pluseurs des maistres de Paris », « Moret en Acquitaine de ce que on lui devoit pour son douaire ») sont dans l'édition de Vérard (t. I, p. 79, 96).
2. Éd. Paris, t. VI, p. 49 : « Et outre furent si esmeus par toute la dite ville (de Paris) que il fisrent cesser tous menestereux d'ouvrer. »
Note (2) : « D'ouvrer. De chanter ou jouer des instrumens. »
XLli INTRODUCTION.
les défauts d'une édition qui, telle qu'elle est, a rendu d'incontestables services. J'ai eu l'occasion de signaler ailleurs les nombreuses corrections qu'il y a lieu d'apporter au texte de P. Paris', et ces mêmes indications se retrouvent dans les notes de la nouvelle édition. Il était indispensable, en effet, de montrer en quoi une collation minutieuse du manuscrit de Charles V pouvait apporter une contribution appréciable à l'histoire même du règne.
C'est ce manuscrit qui a servi de base à la présente publication. Il est le plus ancien qu'on connaisse, le plus correct, et probablement l'original d'où dérivent, plus ou moins fidèlement transcrits, les autres exemplaires de la chronique. Quelques particularités significatives semblent justifier cette opinion ou, si l'on veut, cette conjecture. Il y a d'abord l'état dans lequel ce manuscrit nous est parvenu. On sait qu'il s'arrête un an et demi environ avant la mort de Charles V, ce qui est tout à fait explicable si à partir d'une certaine date, — en fait depuis le début de l'année 1378, — il est devenu le journal officiel du règne, tenu à jour par l'ordre et sous les yeux du Roi. Une fois ou deux la rédaction du texte décèle un auteur témoin ou contemporain des événements qu'il rapporte, et de façon si personnelle que dans les copies postérieures ces passages ont dû être légèrement modifiés. Ainsi, à propos de la mort du maître du pont de Paris, décapité en place de Grève le 29 mai 1358, le chroniqueur relate l'accident survenu au bourreau, — une crise d'épilepsie, — dans l'instant même qu'il s'apprêtait à faire sa sinistre besogne : « Et je, dit-il, qui ceci escris, vi que, quant le bourrel, appelle lors Raoulet, voult couper la teste au premier maistre [du pont de