‹ Les grandes chronique de France (volume 2)Chapitre 37 sur 110 · INTRODUCTION. XLIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XLIII

Paris], c'est asavoir audit Peret, il chay et fu tourmenté d'une cruele passion, tant qu'il rendy escume par la bouche, etc.^ » P. Paris a souligné très justement l'intérêt de cette observation, qui malheureusement ne nous apprend rien sur l'auteur de la chronique. Tous les manuscrits autres que le français 2813 ont adopté ici une version différente. Ceux de la même famille que ce manuscrit abrègent le récit de l'exécution du « premier maître » et ne donnent pas la phrase citée plus haut. Ceux qui appartiennent à la seconde famille et sont de beaucoup les plus nombreux, c'est-à-dire les exemplaires des Grandes Chroniques proprement dites, rapportent l'anecdote dans les mêmes termes, mais changent le tour de la phrase : « Et virent aucuns que quant le bourrel, etc. » ; — « et virent plusieurs que quant le bourrel, etc. »

En racontant les origines du Grand Schisme, le chroniqueur nous dit que l'opinion du cardinal de Limoges, Jean de Gros, influa beaucoup sur l'esprit de Charles V et fut une des raisons qui motivèrent l'adhésion. de ce prince au pape d'Avignon : « Car, ajoute l'auteur, il n'est pas vraysemblable que un homme de tele auctorité et de tele science, tesmoingné d'estre preudomme de touz ceulz qui le cognoissent, se voulsist dampner pour amour ne pour haine d'omme vivant 2. »

1. Chronique des règnes de Jean II et de Charles V, t. I, p. 179. — Ceci est bien une interpolation attribuable à l'auteur ou au copiste du manuscrit français 2813, car dans tous les manuscrits de la continuation de Nangis l'événement est raconté très brièvement et la phrase caractéristique ne s'y trouve pas. Seuls, les exemplaires des Grandes Chroniques proprement dites relatent, sans rien omettre, le supplice du maître du pont, mais avec la modification que j'ai indiquée au texte.

2. Chronique des règnes de Jean II et de Charles V, t. II, p. 355.

XLiv INTUODUCTION.

« Se voulsist dampner » semblerait indiquer que le cardinal vivait encore lorsque cette phrase a été écrite, et par conséquent qu'elle l'a été avant 1)583, année où mourut Jean de Gros. Et, en effet, dans les autres manuscrits, au lieu de « se voulsist danipner », on lit : « se fust ^oulu dampner ».

Ni les Grandes Chroni({ues proprement dites, ni la Ghroni((ne amplifiée de Nangis ne prennent fin, dans la plupart des manuscrits, à la mort de Charles V. Elles vont en général quelque peu au delà, sans jamais dépasser, comme je l'ai dit, le mois de février 1384. Ces continuations, d'étendue variable, paraissent bien être du même auteur, — celui qui a écrit la chronique des règnes de Jean II et de Charles V, — et par conséquent on y a reconnu, avec autant de vraisemblance apparente, la main du chancelier de France. Il n'y a pas lieu de revenir ici sur une question déjà examinée et au sujet de laquelle il n'y a rien de plus à dire. P. Paris, sans s'arrêter à l'avènement de Charles VI, n'a cependant imprimé qu'une partie de la continuation dont il trouvait le texte, inégalement dévelo}){)é, dans divers manuscrits. Sa publication se termine à l'année 1381, au moment du départ de Louis d'Anjou pour l'Italie, et il ne j)araît pas avoir entrevu la possibilité de la conduire jusqu'en 1384. Cette lacune a été comblée par le baron Jérôme Pichon, qui a édité, et avec beaucoup de soin, tout ce que P. Paris avait omis, volontairement ou par mégarde. Il a suivi le manuscrit français 231158 (ancien Saint- Victor, 48') et n'en pouvait suivre d'autre. Des très

I. Baron Jérôme Pichon, Partie inédite des chroniques de Saitit-Denis, suivie d'un récit également inédit de la campagne de Flandi-es en 1382 et d'un poème sur les joutes de Saint-Inglebert (1390). Paris, impr. Ch. Lahure, 1804, in-8".

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