C'est-à-dire le quatrième dimanche de Carême
de par le Roy, et estoient tous, ou la plus grant partie, sans chapperon, et ainsi avoit il esté crié. Et là fist le Roy reciter, en sa présence, les maulx, rebellions et désobéissances, qui avoient esté fais, depuis la mort du Roy derrain trespassé, en la dite ville de Paris, par les habitans d'icelle ou plus grant partie, et premièrement d'avoir fait abatre les aides, qui couroient pour la deffense du royaume, durant la vie du Roy, et comment après cen qu'ilz avoient 'esté somez et requis de faire aide au Roy, ainsi comme ilz estoient tenuz, ilz en avoient esté refusans, et jà soit ce que aucune fois ilz lui eussent accordé aucune somme d'argent, toutesvoies n'en avoient il aucune chose voulu paier, comme par pluseurs foiz il s'estoient assemblez de leur auctorité, sans congié du Roy ne de ses officiers, et avoient fait pluseurs monopoles ^ conspirations et seremens illicites et desraisonnables, ou préjudice du Roy et de la chose publique, comme ilz avoient fortifié la dite ville de Paris contre le Roy de chaiennes et de barrières, comme ilz avoient gardé de leur auctorité les entrées et yssues d'icelle ville et empeschié^ à qui qu'il leur avoit pieu, et par especial aux gens du Roy, et aussi comme, après ce que une grant partie des plus notables de la dite ville avoient accordé au Roy, au Bois de Vincennes, à lui faire aide commune, c'est assavoir imposicion, gabelle et le viii^
1. Coalition. C'est le sens de ce mot au xiv^ siècle, mais, dans sa traduction des œuvres d'Aristote, N. Oresme le prend déjà dans son acception moderne.
2. Ms. : a le erapeschié ». Edition Pichon : « les empeschié » Il semble que la phrase peut se construire, et de façon plus satisfaisante, sans l'adjonction de l'article.
du vin vendu à détail, la quelle aide devoit estre mise sus et comniencier à courir le premier jour de mars l'an mil CGGIIII" et un, et ainsi avoit esté crié par la dite ville de Paris le derrain jour de février précèdent, pour celle cause pluseurs des plus notables drappiers, merciers, espiciers, marchans de vins et autres, s'estoient assemblez secrètement à Paris et avoient, par manière de monopole, promis et accordé ensemble qu'ilz ne souffreroient point la dicte aide commune courir, et bien accomplirent cen qu'ilz avoient promis ensemble, et landemain jour de samedi et premier jour du mois dessus dit, quant les gens du Roy [cuiderent] cuillir la dite imposition es halles de Paris, s'estoit esmeu le pueple, et avoient empeschié le cours de la dite imposicion, et n'a voient pas esté de cen contens, mais avoient tué et meurdri aucuns des gens du Roy, et aussi d'iceulx qui avoient esté marchans et fermiers des aides du Roy, au temps passé, et avoient esté es hostelx de pluseurs des officiers du Roy et d'aucuns des dis fermiers, et les avoient pilliez et robez, et, les aucuns, abatus leurs maisons, et aussi avoient esté en la rue oùdemouroient les Juifs en la dite ville de Paris, lesquelx estoient en la sauvegarde du Roy, et avoient tué et meurdri touz ceulx qu'ilz avoient trouvez, Juifs et Juives, piliié et robe tout cen qu'ilz trouvèrent en leurs maisons, et aussi avoient esté en la maison de la ville, en la quelle avoit bien ii" maillés de plomb, qui avoient pieça esté faiz pour la guerre du Roy et les avoient pris, ravis et emportez, et avoient rompu les prisons de Ghastellet de Paris, délivré les prisonniers du Roy et ceulx de l'evesque de Paris par
pareille voie, et avoient fermé les portes de Paris, et par especial celle de devers Saint-Anthoine, pour ce que le Roy estoit au Bois de Vincennes, et y avoient mis gens pour la garder, et jà soit ce que le duc de Bourgoigne, oncle du Roy, fust aie jusques à Saint- Anthoine pour parler à eulx et eust parlé à aucuns, qui estoient venuz parler à lui, à sauf conduit, tous armez, et leur eust dit qu'ilz se voulsissent retraire en leurs maisons, et il leur feroit pardonner tout cen qu'ilz avoient fait, et aussi eust envoie personnes notables des gens du Roy à la dite bastide Saint-Anthoine, là où ilz estoient m ou un" personnes' de la dite ville, pour leur dire ce mesmes qu'il avoit dit à ceulx qui avoient parlé à lui, et les prier doulcement et courtoisement comme ilz se voulsissent retraire, toutesvoies n'en vouldrent il riens faire, mais demourerent touz jours et persévérèrent en leur obstinacion et mauvais propos, et pluseurs autres choses qu'ilz avoient faites et dittes au dommage et préjudice du Roy leur fist lors dire et proposer le Roy, et aussi comme toutes les autres villes du royaume de France avoient pris exemple à la dite ville et n'avaient voulu faire aucune aide commune, et aucunes d'icelles ville[s] s'estoient tenuz en rébellion, et aussi leur fîst dire comment il avoient, depuis ce premier jour de mars l'an mil GGGIIIF'' et un dessus dit, demouré touz jours en rébellion, sans donner obéissance au Roy telle qu'ilz dévoient, et comment durant ce temps ilz avoient empeschié par pluseurs fois le prevost de Paris à faire
1. Var. : « quatre ou cinq raille personnes » (Bibl. nat., ms. fr. 10134, fol. 305 v°).
justice, jusques ad ce qu'il sceurent la victoire, que par le plaisir de Dieu le Roy avoit eu en Flandres, car il pensoieiit bien que au retour le Roy les mettroit en obéissance, et, non obstant toutes les choses dessus dites, le Roy, voulant user de miséricorde, comme ses prédécesseurs ont acoustumé de faire ou temps passé, leur fist lors dire et prononcier qu'il leur quittoit et pardonnoit tous les metïais dessus diz, par les modificacions et exepcions qui s'ensuivent :
Premièrement, le Roy veult et ordonne* que, se les habitans de la dite ville, ou aucuns d'iceulx, rencheent jamais es meffais dessus diz, que ceste présente grâce ou remission leur soit de nulle valeur; item, veult le Roy que ceulx qui sont jà mis à composicion paient la dite composicion, non obstant ceste présente grâce; item, reserve le Roy xx de ceulx qui sont jà prisonniers, telx comme il vouldra eslire, pour faire pugnir criminelment, s'il lui plaist, ou de telle amende civille comme il lui plaira ; item, veult le Roy que ceulx qui sont partiz de la dite ville de Paris m jours avant cen qu'il entrast à Paris, et depuis qu'il y entra jusques au jour que le cry fut fait, et ne retournèrent dedens le dimenche ensuivant, selon la teneur du dit cry, demourent baniz et soient leurs biens touz confisqués et acquis au Roy, et, ces choses ainsi prononciés du commandement du Roy, il ordena que touz ceulx qui
1. Le brusque passage du style indirect au style direct est, pour le baron Pichon, une preuve que Pierre d'Orgemont, auteur de la chronique des règnes de Jean II et de Charles V, a aussi écrit cette continuation de la chronique; « il oublie qu'il raconte et parle au présent comme le Roi dans la charte » [Partie inédite des chroniques de Saint-Denis, p. ii, n. 2).
en vouldroient lettre l'eussent, et après se leva le Roy et se parti et touz ceulx de sa compaignie.
Item, le xvif jour de may l'an mil CGGIIIP'' et trois, l'evesquede Norwich^ acompaignié de grant foison de gens d'armes anglois et archiers, et environ vi'"' nefs, arrivèrent à Calais pour entrer au pais de Flandres et conforter les Flamens, ennemis du Roy, qui là estoient, et disoit on qu'ilz estoient bien vm" combatans, et tantost entrèrent au pais de Flandres. Et, le lundi xxv* jour du dit mois de may, se combatirent les diz Anglois devant Dunekarque contre aucuns Flamens, qui se tenoient de la partie du roy de France, et furent les diz Flamens desconfiz^, et puis alerent les. diz Anglois mettre le siège devant la ville d'Ippre, et pour celle mesme cause le Roy parti de Paris pour aler encontre les diz Anglois, si comme cy après sera dit.
Item, le lundi vf jour de juillet l'an mil CGC IIIP" et trois dessus dit, messire Pierre de Courtenay, chevalier anglois^, vint à Paris pour combatre à messire
1. Henri le Dépensier [Despenser), député et envoyé spécial du Pape, pour commander la croisade qu'Urbain VI, établi à Gênes, avait fait prêcher en Angleterre contre les nations clémentines, principalemerft contre la France (Froissart, Clironiques, t. XI, p. xxii, n. 2).
2. La bataille eut lieu entre Furnes et Bergues; les Flamands perdirent de 14 à 15,000 hommes, et du coup la Flandre se trouva ouverte aux Anglais (Froissart, Clironiques, t. XI, p. XXVI, n. 1),
3. Apparenté à la famille royale d'Angleterre [Calendar of patent rolls, Richard II, 1377-1381, p. 392, 15 octobre 1392), probablement fils de Hugues de Courtenay, comte de Devon, et de Marguerite de Bohun, et frère de William Courtenay, archevêque de Cantorbéry.
Guy de la Tremoille, chambellan du Roy et du duc de Bour{^oigne\ le quel Anglois a voit aaty'^ le dit messire Guy de bataille de volenté, sans nulle cause ou occasion.
Item, le mercredi ensuivant, vni* jour du dit mois, vint le dit chevalier anglois au Palais devers le Roy, lui faire la révérence, et lui requist que, comme il eust requis le dit messire Guy de bataille, et le dit messire Guy lui eust octroyé^, il pleust au Roy leur ordener place où la dite bataille se feroit, laquelle place fut dite au dit chevalier, en laquelle estoient jà les lisses faites, c'est assavoir en la Cousture-Saint-Martin de Paris ^
Item, le vendredi ensuivant, x® jour dudit mois de juillet l'an mil GCGIIIP'' et trois dessus dit, messire Pierre de Giac, lors chancellier du duc de Berry, fut fait chancellier de France.
1. Guy de la Trémoïlle, premier chambellan de Philippe le Hardi, conseiller et chambellan de Chai'les VI, avait épousé Marie de Sully. Il fut fait prisonnier à Nicopolis et mourut à Rhodes en 1397 (Froissart, Chroniques, t. IX, p. lxxxvi, n. 1).