‹ Les grandes chronique de FranceChapitre 4 sur 46 · Dante, Purgat., XI · texte numérisé non relu

Dante, Purgat., XI

« Queir arte

Che alluminare è chiamata in Parisi. »

2. Règne de Jean II : 23. Règne de Charles V jusqu'au voyage de l'Empereur : 8. Voyage de l'Empereur : 18. Suite du règne de Charles V : 1.

du voyage de l'empereur Charles IV à Paris, qui est à elle seule un tout complet, inséré tel quel dans le corps des Grandes Chroniques . L'ampleur et le caractère nettement officiel de cette relation expliquent et justifient une illustration hors de proportion avec ce qui a été fait pour le reste de l'ouvrage.

Plusieurs mains ont contribué à « enluminer » et à « historier » le volume. L'influence de l'école dite de Pucelle ne se fait sentir franchement nulle part, encore qu'elle ait persisté pendant toute la durée du règne de Charles V*. Le bréviaire de Belleville^, la bible glosée de Jean de Sy, exécutée pour le roi Jean^, restent des monuments uniques de l'enluminure française du XIV® siècle. Il est juste de rapprocher de ces chefsd'œuvre inégalés le charmant bréviaire parisien de la bibhothèque de Charles V, mais le peintre qui a illustré ce manuscrit ne s'est pas seulement inspiré du bréviaire de Belleville; il l'a imité de très près et à vrai dire copié*.

La manière de Jean de Bruges pourrait se reconnaître dans les nombreuses miniatures traitées en grisaille, qui se rencontrent un peu partout dans le manuscrit français 21813. La grande composition, placée en tête du volume, autoriserait plus que toute autre cette supposition. Une certaine afféterie dans les gestes et

1. Comte P. Dumneu, op. cit., p. 119 : « L'école de Jean Pucelle prolongea son existence pendant tout le règne de Charles V. »

2. Bibl. nat., latin, 10483-10484. Voy. L. Delisle, Recherches sur la librairie de Charles V, t. I, p. 182 et suiv.

3. Bibl. nat., français, 15397. On n'a qu'un fragment du travail de Jean de Sy, qui est resté inachevé (L. Delisle, op. cit.,Tp. 146).

4. Bibl. nat., latin, 1052. Voy. L. Delisle, op. cit., 1. 1, p. 187 et suiv.; comte P. Durrieu, op. cit., p. 135.

les attitudes des personnages, les détails de leur costume, leurs cheveux et leurs barbes bouclés, je ne sais quoi de précieux et de réaliste tout à la fois dans l'expression, rappellent la scène, souvent reproduite, où Jean de Vaudetar offre à Charles V la belle bible, qui se trouve aujourd'hui à La Haye, au musée Meerman-Westreenen*. Mais la miniature initiale du manuscrit français 2813 est postérieure à celles qui figurent dans cet exemplaire des Grandes Chroniques, et y a été insérée évidemment après coup, car elle représente le couronnement de Charles VI. Un autre maître parisien a dû collaborer à la décoration de notre manuscrit. C'est celui que j'appellerais le peintre du sacre, et par là je veux désigner l'artiste qui, en 1 365, reçut de Charles V la mission d' « historier » le très beau « livre », conservé jadis dans la librairie royale et actuellement au British Muséum^. Manuscrit très riche, de grand luxe, mais d'un mérite artistique simplement ordinaire^. Le maître, qui en exécuta les peintures ou les fit faire par ses disciples, entendait bien l'imagerie officielle. C'est

1. Voy. notamment Y Inventaire du mobilier de Charles V..., publié par Jules Labarte, Paris, 1879, in-4''. Coll. des Documents inédits. — Cette miniature a été achevée entre le 21 janvier et le 28 mars 1372, comme je l'ai établi dans une note publiée par la Bibliothèque de l'École des chartes (t. LXXI, 1911, p. 711-712).

2. British Muséum, Colton., Tiberius B. viii. Au fol. 74 v» est la note suivante, de la main de Charles Y : « Ce livre du sacre des rois de France est a nous Charles le V* de notre nom, roy de France, et le fîmes coriger, ordener, escrire et istorier l'an MCCCLXV. — Charles. »

3. Ce manuscrit a été reproduit intégralement, avec toutes les miniatures qu'il contient, pour la Bradshaw Society (société fondée pour la publication de textes liturgiques rares). Il forme le volume XVI de la collection (Londres, 1898, gr. in-4").

à lui peut-être qu'on doit toute la partie de l'illustration du manuscrit français 21813 qui a trait à la visite de l'Empereur*. Il est à noter qu'il n'emploie pas comme élément décoratif le listel tricolore, en forme de quadrilobe, qu'on remarque si souvent, mais non point d'une manière constante, dans les volumes provenant de la bibliothèque de Charles V.

La plupart des cinquante miniatures, dont on trouvera ci-après la description et la reproduction phototypique, ont des dimensions sensiblement égales, assez réduites; elles tiennent dans de petits rectangles qui ont en moyenne 0'"080 de hauteur sur O^'OôS de largeur. La décoration de ces cadres est très variée et très riche; l'or y a été appliqué à profusion. Un double filet d'or et de couleur les limite extérieurement; à l'intérieur, la peinture se détache sur des fonds de dessins différents, mais qui se rapportent tous à trois types définis : fonds de mosaïques, fonds quadrillés et fonds moirés, suivant l'expression heureusement imaginée pour rendre l'effet chatoyant de certaines combinaisons décoratives. Sauf pour les miniatures, qui accompagnent la relation du voyage de l'Empereur, et quelques autres encore, — particulièrement celles qui ont été exécutées à une plus grande échelle, — le listel tricolore est d'un emploi général. On remarquera à ce propos qu'une certaine variété a été recherchée et obtenue en modifiant d'une image à une autre, — qu'elles se succèdent à un ou plusieurs feuillets d'intervalle ou qu'elles soient juxtaposées sur la même page, —

1. On peut lui attribuer beaucoup plus sûrement les miniatures qui, dans le présent album, portent les n°* XXIV et XXV : Couronnement de Charles V. — Couronnement de la reine Jeanne.

10 CimONIQUE DE JEAN II ET DE CHARLES V.

l'ordre traditionnel des trois couleurs (bleu, blanc, rouge).

Par suite de l'exiguïté habituelle du cadre, les sujets traités ont été ramenés à l'essentiel, nécessité qu'ont subie également les sculpteurs en ivoire et les peintres sur verre. Une figuration conventionnelle est de rigueur, surtout s'il s'agit de quelqu'une de ces batailles, si fréquetnment représentées à toutes les époques.

Le paysage est inexistant ; à peine une « motte » , un tertre ou un escarpement, de couleur verte, en tiennentils lieu dans quelques cas exceptionnels ^ Le seul arbre connu, et on le rencontre rarement, est cette sorte de pin parasol, rigide et immuable, où se réduit l'unique emprunt fait par les miniaturistes de ce temps à la végétation forestière^. Le rideau de fond, si l'on peut s'exprimer ainsi, ne s'abaisse ou ne se replie jamais sur lui-même pour laisser apparaître un coin du ciel, suivant l'artifice, ingénu et ingénieux, dont le peintre du bréviaire de Belleville et ses imitateurs ont largement usé.

De ce qui précède il résulte qu'on ne saurait trouver dans ces compositions, à la fois naïves et très libres d'allures, plus qu^elles ne sauraient donner, ni leur attribuer une valeur documentaire à laquelle leurs auteurs ne prétendaient pas atteindre. Il n'y a pas toujours une concordance parfaite entre ce qui est dit au texte et ce que 1' « historieui' » a traduit à sa façon. Le désaccord peut même aller jusqu'à la contradic-

1. Album, n° XXVI. Reddition de Burgos. — C'est une montagne ou une colline, plutôt qu'une motte, que le peintre a voulu représenter.

2. Ibid. La colline qui fait face au château de Burgos porte à son sommet quelques-uns de ces arbres.

tion^ OU au contresens^. Il arrive que l'image soit infidèle, comme la rubrique qui souvent résume de façon inexacte, en une seule phrase, tout un long chapitre. Les grandes compositions, couvrant une partie notable du feuillet, laissent plus de latitude à l'artiste pour rivaliser avec l'historien, pour faire vivre par son pinceau une page pittoresque de la chronique. Je signalerai, à titre d'exemples, les deux miniatures consacrées à l'institution de l'ordre de l'Étoile et au banquet des chevaliers de la première promotion^. Le costume des chevaliers est peint avec une recherche évidente et peu commune de la vérité historique. L'entrée de Charles IV à Paris* et le « Grand entremets », dont la scène se place au Palais royal de la Gité^, se distinguent aussi par le souci de l'exactitude, mais à un moindre degré, car l'accumulation des détails n'a pas empêché le peintre de faire la part trop large à la convention et à la fantaisie.

Il est rare que dans les petites miniatures, — les plus nombreuses de beaucoup, — 1' « historieur » se soit appliqué et ait réussi à donner à la physionomie des personnages une expression appropriée aux circonstances. J'excepterai cependant l'épisode tragique du meurtre des maréchaux dans la chambre à coucher

1. Album, n° XXXVIII. — L'Empereur et son fils, le i^oi des Romains, entrèrent à Paris montés sur des chevaux noirs. Or, le cheval de Charles IV est gris dans la miniature, et celui de son fils est un alezan.

2. Ibid., n" XVIII. L'attaque du marché de Meaux. — Il semble bien, à voir la façon dont la scène est représentée, que les nobles soient les agresseurs et que les Jacques se défendent.

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