I. — Couronnement du roi Jean
(Ms., fol. 393, col. 1; édit., t. I, p. 25.)
Hauteur : 0'"077 X 0'"065. — Encadrement bleu et or; fond quadrillé; listel tricolore.
Le sujet, qui évoque l'un des derniers actes, et l'un des plus solennels de la cérémonie du sacre, est traité de façon conventionnelle. Sous une arcature dorée, le Roi, vêtu d'une robe grise et par-dessus d'un manteau bleu, semé de fleurs de lis d'or, est assis sur un siège d'apparat, sorte de fauteuil pliant sans dossier ni accoudoirs. Jean II, la couronne royale sur la tête, a une main posée sur ses genoux, tandis que l'autre touche le fermail du manteau. En réalité, le Roi devrait tenir le sceptre de la main droite, et de la gauche la verge ou main de justice.
Cinq prélats sont figurés ou indiqués à la droite du Roi , l'un deux est un archevêque, — l'archevêque de Reims, — comme le marque une croix portée en avant des deux crosses, qui seules se voient sur la miniature. Du côté opposé, — à gauche par rapport au Roi, — quatre personnages, que nul signe distinctif ne permet de reconnaître, représentent les pairs laïques ; l'un deux soutient la couronne de la main droite ; un autre fait le geste de la soutenir.
On notera la maladresse avec laquelle a été peinte la figure du Roi. Les traits ont été grossis de la façon la plus disgracieuse, et la tête est celle d'un vieillard, non pas ceUe
l't CHRONIQUE DE JEAN II ET DE CHARLES V.
d'un homme très jeune encore (Jean II, né vers 1317, était âgé d'environ trente-trois ans à l'époque de son avènement au trône).
La scène du couronnement est très souvent figurée dans le ms. français 2813, mais toujours de la même façon schématique et par conséquent avec peu d'exactitude. On trouvera ci-après, sous les n'" XXIV et XXV, le couronnement de Charles V et celui de la reine Jeanne.
II-III. — Institution de i/ordre de l'Étoile. Banquet des chevaliers de l'Étoile.
(Ms., fol. 394; édil., L I, p. 33-34.)
Le même feuillet porte deux très grandes miniatures, d'égales
dimensions, placées l'une au-dessus de l'autre et qui tiennent
toute la largeur du parchemin.
H. : 0°'090 X O'^Uô. — Encadrement lilas et or pour le n» II,
bleu et or pour le n° III ; fond de mosaïque, i^our la première
miniature, quadrillé pour la seconde.
II. — Le roi Jean donne leurs statuts aux chevaliers « de Notre-Dame, de la Noble-Maison de Saint-Ouen », appelés plus brièvement et plus communément les chevaliers de l'Étoile, en raison de l'insigne qu'ils portaient.
Cette miniature accuse une recherche de l'exactitude matérielle en ce qui concerne le costume des personnages, d'autant plus remarquable que le texte ne fournissait aucune indication à cet égard. Le peintre s'est inspiré de ses propres souvenirs ou des termes de lettres patentes du 16 novembre 1351, qui peuvent être considérées comme la charte de l'ordre {Ordonnances des rois de France, t. II, p. 465; Léopold Pannier, la Noble maison de Saint- Ouen, Paris, 1872, in-8°, p. 88-90). Le roi Jean est assis à gauche sous un dais conique, mobile, d'étoffe rouge, la couronne en tête. De la main gauche, il tient le sceptre; sa main droite est levée comme s'il adressait la parole ou
donnait un ordre à cinq chevaliers de l'Etoile debout devant lui. Il porte sur la poitrine l'insigne de l'ordre, — une grosse étoile qui constitue le fermail du manteau.
Le Roi et les chevaliers ont un manteau rouge ou vermeil, comme le prescrivait l'ordonnance, et fourré de vair (l'hermine était exclue). La robe est de la couleur réglementaire, c'est-à-dire blanche. Les autres détails du costume sont plus fantaisistes; c'est ainsi que les chausses sont mi-parties, violettes et rouges, et non pas noires, comme elles auraient dû l'être. Ceinture dorée, placée bas. Les chevaliers ont un cercle d'or dans les cheveux et ne sont pas coiâës du chaperon décrit dans les lettres précitées.
L'insigne de Y Etoile, dont les dimensions ont été exagérées par le miniaturiste, encore qu'en réalité il dût avoir à peu près le diamètre de nos « plaques » actuelles, mérite une mention à part. L'étoile était blanche ou plutôt d'argent; la couleur du métal s'étant altérée, elle paraît peinte en noir dans la miniature. Au centre était une rondelle bleue, portant un soleil d'or; ce petit soleil est encore nettement visible aujourd'hui. Les chevaliers n'ont pas l'étoile au milieu de la poitrine comme le Roi ; elle est fixée un peu plus à gauche et tient lieu également de fermail pour le manteau.
Derrière les chevaliers, tout à fait à droite, des sergents d'armes ou huissiers, dont l'un tient une masse d'armes, contemplent la scène. Ils sont vêtus d'un surcot très collant, qui descend jusqu'à mi-cuisse et dont la partie inférieure est tailladée à la mode du xiv° siècle. La ceinture est mise très bas, au-dessous de la taille; les chausses sont de deux couleurs.
III. — Le sujet de la miniature, placée au-dessous de celle qui vient d'être décrite, a pour sujet le repas ou banquet des chevaliers de l'Étoile. Quatre chevaliers, vêtus uniformément comme il a été dit ci-dessus, sont assis a une
table, chargée de plusieurs pièces d'orfèvrerie (une grande coupe à pied ou hanap, un pot à couvercle et à anse, deux plats creux, un grand verre, le tout d'or ou doré). D'autres pièces analogues se voient sur une crédence, à droite.
Trois valets servent les chevaliers. L'un deux, un genou à terre, « tranche » devant eux. Les deux autres portent des plats qu'ils vont chercher dans une sorte d'édicule ou de « tambour », communiquant sans doute avec la cuisine et destiné à la masquer. Le « valet tranchant » a sur l'épaule droite une sorte de rondelle, de caractère mal défini ; le même motif est répété sur sa jambe droite, à hauteur de la cheville.