ANGLETERRE
Si nous recherchons maintenant dans l’histoire d’Angle-
ANGLETERRE. {1 terre les premières associations commerciales dont le nom ait été conservé, deux surtout s’offriront à nous : 1° La Compagnie des aventuriers où des confrères de Thomas Becket ; et 2° la Compagnie de l'Étape.
En dehors de ces compagnies de commerce, lAngleterre possédait, on le sait, un important comptoir. C'était la hanse de Londres, dont nous avons cité le nom plus haut, ghilde ou hanse teutonique formée par des Flamands, des Hollandais et des Allemands. Installé sur la rive droite de la Tamise, ce comptoir datait, au moins comme existence oflicielle, du milieu du xim° siècle. Les subdivisions qu’il formait étaient nombreuses. Paris et nombre d’autres villes importantes du continent se rattachaient à la hanse de Londres‘. Il faut, d’ailleurs, se garder de confondre, comme le fait remarquer justement M. Ch. Gross, « les « hanses locales d’Anglais avec la hanse teutonique (Aansa « Alemanniæ) d'Allemands trafiquant en Angleterre ? ». La confusion a été faite souvent et on ne peut s’en étonner, si l’on songe que la matière était fort peu connue avant l’étude de M. Gross. En résumé, la hanse anglaise, conclut M. Gross, la guilde marchande en Angleterre, est une concession de privilèges exclusifs de commerce. « C’était cette « partie du gouvernement d'une ville qui gardait et régle- « mentait ces immunités commerciales. »
1° La Compagnie des confrères de Thomas Becket ou des marchands aventuriers se forma en Angleterre dans le but avoué de supplanter peu à peu la hanse de Londres et de se rendre maîtresse du commerce extérieur des Iles bri-
1. V. Bourquelot, £tudes sur les foires de Champagne, p. 134 et suiv. V. aussi sur la hanse de Londres, E. Van Bruyssel, Histoire du commerce et de la marine en Belgique, Bruxelles-Paris, 1861, in-80, p. 215.
2. V. dans la Revue historique de mars-avril 1887, p. 296 et suiv., l'étude de M. Gross sur la Janse anglaise.
3. M. Ch. Gross, d'après un renseignement datant de 1888, s'apprête à imprimer un ouvrage en deux volumes sur Les guildes marchandes en Angleterre, à la Clarendon Press, à Oxford. (V. la Revue historique de janvier-février 1888, p. 237).
18 INTRO DUCTOIN.
tanniques. Constituée vers 1296, cette société fut bientôt assez puissante pour créer à Anvers et à Bruges des comptoirs.
L'industrie anglaise se développait rapidement depuis qu'Edouard III, en attirant en Flandre d’habiles tisserands, avait créé en Angleterre la fabrication du drap. Les draps anglais rivalisèrent bientôt avec les draps flamands, les premiers de l'Europe. La Compagnie des aventuriers ou des confrères de Thomas Becket se chargea elle-même, dès le milieu du xiv° siècle, de l’exportation de ces draps dans l’Europe et dans le Levant’. C’est dire l'importance qu’elle devait acquérir et qu’elle ne tarda pas, en effet, à prendre.
La cotisation annuelle à payer par les membres de cette confrérie alla, de son côté, en augmentant: de 20 schellings, elle monta à 8 livres sterling 13 schellings par tête.
La Compagnie était chargée de la perception des droits de douane établis en Angleterre sur les produits des Flandres et de l'Allemagne.
2° Une telle prospérité appelait des rivaux. Les confrères de Thomas Becket en rencontrèrent de bonne heure dans les marchands de la compagnie de l'Étape d'Angleterre. Fondée, sinon complètement organisée, en 1267, cette nouvelle compagnie porta son activité du côté des riches villes des Flandres et fonda, comme l'association rivale, des comptoirs dans cette heureuse région. Middelbourg et Anvers comptaient parmi les principaux.
Les marchands de l’Étape, dont la constitution en société est antérieure à la création de la confrérie de Thomas Becket, n’eurent pas d’aussi rapides développements que cette confrérie. Ils ne cessèrent pourtant pas de la suivre de près dans la carrière commerciale et industrielle, rivalisant souvent avec elle de richesse et de puissance. Ils étaient investis, eux aussi, de certains monopoles doua-
1. Depping, Histoire du commerce entre l'Europe et le Levant, t. 1, p, 339.
FRANCE. 19 niers. La perception des droits d’entrée et de sortie sur les laines, le plomb, le cuir et l’étain était ainsi remise, assure-t-on, aux soins de la compagnie de l’Étape.
Les longs différends “‘stant entre les deux compagnies dont il vient d’être parlé se terminèrent enfin par le triomphe de la Compagnie des marchands aventuriers ou confrères de Thomas Becket. Ils recurent de la Couronne en 1495, 1505, 1513 et surtout en 1564 d'importants privilèges qui consacrèrent définitivement leur suprématie*.