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Il serait, dans ces conditions, très préférable de diminucr le chiffre de la subvention. et par une plus saine compréhension des intérêts nationaux et des besoins du grand commerce, de laisser aux Compagnies une liberté d'action qu'elles n’ont pas et qui cependant est la condition première de leur existence et de leur prospérilé.
Une très remarquable étude, parue dans la Revue polilique el parlementaire le 10 mai 1910, compare les situalions respectives de la Compagnie Peninsular and Oriental et des Messageries Maritimes, ainsi que la valeur effective de leurs subventions. Quoique le contrat des Messageries Maritimes ait été modifié en 1911, les principaux arguments de l’auteur de celte étude conservent toute leur valeur.
Il fait remarquer avec juste raison que la Compagnie anglaise peut faire son plein de soutes à 22 ou 24 francs la tonne, alors que les navires des Messageries Maritimes ne peuvent le faire qu’à 25 ou 26 francs ; de plus, la P. and 0. peut s’approvisionner de charbon exclusivement en pays anglais, Egypte, Indes, Australie, Hong- Kong, où les prix sont inférieurs à ceux des autres pays.
Il prouve que le chiffre de la subvention de la P. and O., augmenté de la somme que représenteraient pour cette Compagnie les rabais supportés par les Messageries Maritimes pour les passagers et le matériel de l'Etat (que sir Th. Sutherland évaluait à 5 millions de francs), et après déduction des frais de passage du canal de Suez,
est en réalité de 10.025.000 francs pour 320.944 lieues
marines, ce qui donne 34 fr. 23 par lieue, alors que les Messageries Maritimes recevaient en moyenne 18 fr. 04 d’après leur ancien contrat et 21 fr. 73 d’après leur nouveau contrat (1).
La Compagnie anglaise, comme d’ailleurs toutes les Compagnies étrangères, ne fournit pas le vin aux passagers, ce qui représente une économie d'environ un million sur les frais incombant à la Compagnie française.
Alors qu’en France les transports de troupes de relève se font par pelits paquets, le gouvernement anglais affrète chaque année, d'octobre à mars, des paquebots de la P. and O. spécialement construits pour ce genre de trafic (Assaye, Somali, Soudan, Plassy, de 7.000 tonneaux et 5.000 chevaux) et qui partent de Southampton bondés de soldats à destination de l'Inde. Ainsi en 1911- 1912, ces navires ont transporté en six mois plus de 36.000 passagers militaires, ce qui a procuré à la Compagüie un gain de près de 2? millions de francs.
Lors de la guerre du Transvaal, le gouvernement anglais a affrété des navires au prix fort, bien que le charbon ait été fourni par l’Amirauté, permettant aux Compagnies de réaliser des bénéfices considérables. La Peninsular and Oriental a pu gagner ainsi un million 1/2
de livres sterling (2).
(1) Le bon marché de la construction navale anglaise a pour effet de rendre les charges d'amortissement moins lourdes qu’en France,
(2) P. de Rouziers, Revue politique et parlementaire, 10 décembre
Enfin, si l’on songe que pour assurer ses services postaux, la Peninsular and Oriental a besoin de 19 paquebots, tandis que les Messageries Maritimes doivent en posséder de 35 à 38, on se convaincra facilement que par le seul fait des contrats auxquels elles sont soumises, la Compagnie anglaise a une situation sensiblement plus avantageuse que celle des Messageries Maritimes (1).
Il est juste de remarquer, en revanche, que les paquebots anglais, qui partent de Londres, n’embarquent cependant la plupart de leurs passagers qu'à Marseille. La P. and O. a donc à sa charge un trajet assez peu productif, au point de vue trafic-passagers, de Londres à
Marseille.
L'organisation actuelle.
Depuis sa fondation, la Compagnie Peninsular and Oriental n'a pas cessé de développer son réseau et d’accroître sa flotte qui est passée de :
45 navires jaugeant ensemble 58.185 tonneaux en 1854
(y compris les navires en construction).
Elle exploite actuellement un réseau de lignes desservant l'Egypte, l’Inde, Ceylan, Singapore, la Chine, le Japon el l'Australie.
(1) Et cependant sir Th. Sutherland déclarait en 1902 que la subvention de 330.000 £ était tout à fait insuffisante même à ne consi-
dérer que le service purement postal (Rapport du Select Committee, 1902).