CHAPITRE II
ront pas trafiquer à leur guise des produits qu'ils récolteront, la Société concessionnaire étant leur intermédiaire nécessaire,
Dès 1894 « la Société commerciale et industrielle du Haut-Ogoôué » était créée au capital de 2 millions. À ce moment commençait la campagne contre les « concessions Delcassé ». La société du Haut- Ogoôué ne fut pas épargnée. On lui fit d’abord un grief de l’insuffisance prétendue des charges : l’œuvre de pénétration équivaut bien, disait-on, à la redevance fixe, mais le budget local ne participe pas aux bénéfices annuels de la Société.On lui reprochait aussi de n’être pas soumise à l'obligation de replantation d’arbres à caoutchouc : elle allait se livrer à une exploitation désordonnée et compromettre ainsi l'avenir économique de la région qui lui était confiée.
Mais ce qui fit surtout l’objet de critiques très sévères, ce fut la délégation de certains droits souverains qui lui avait été faite. Malgré les avantages du procédé il était imprudent d’en user car c’était choquer ouvertement notre conception moderne de la souveraineté. Faire de la Société du Haut-Ogoôué une Compagnie à charte comme la qualifiait ellemême l'administration locale c'était revenir un siècle en arrière. Le Gouvernement comprit la faute et promit au Parlement, les 28 février, 1-2 mars 1895, la revision des actes de concession ; cette revision
amena la découverte d’un moyen pouvant provoquer la déchéance de la Société. En effet, le capital social devait être de 2 millions en espèces. Or 2.000 actions de 500 francs avaient été remises à la liquidation de la succession de M. Daumas, décédé, pour représenter ses apports en nature, M. Chautemps, estimant que les conventions n’avaient pas été respectées, prononça, dans son arrêté du 4 septembre 1896, la déchéance de la concession.
La Société s'étant pourvue devant le Conseil d'Etat celui-ci annula l'arrêté de déchéance pour faute de procédure reconnaissant même à la Société concessionnaire le droit à des dommages-intérêts pour le préjudice causé. Mais devant l'attitude toujours hostile du Parlement la Société renonça à ses dommages-intérêts; un accord intervint, le 8 juin 1897, entre elle et M. Lebon, alors ministre des Colonies, accord approuvé par un décret du 31 juillet 1897 et modifiant ainsi qu’il suit les attributions et les droits de l’ancienne Société : la colonie reprend le droit de police sur les territoires concédés, à charge pour la Société d'assurer le ravitaillement des postes de l’administration; de plus, la Société s’engage à l’exécution de certains travaux d’utilité publique, tels qu’aménagements de route, travaux d'amélioration à la navigabilité de l'Ogoôué. La Société a un délai de 15 ans pour l’exécution de ces travaux et doit y consacrer une somme minima de 1.500.000 francs; elle