CHAPITRE IV
PARAGRAPHE IT
La main-d'œuvre au Congo.
Nous avons vu déjà au début de la présente étude les difficultés soulevées par ces deux considérations; d’une part, l'abondance des richesses naturelles dans notre Congo, d'autre part le peu d’'aptitude des indigènes à leur exploitation.
Donc, et dès leur installation, les Sociétés auxquelles avaient été allouées des étendues de terre riche en caoutchouc, bois d'œuvre, etc., étaient dans l'impossibilité absolue d’en tirer parti par suite du manque total ou de la trop grande insuffisance de la main-d'œuvre; cette pénurie de travailleurs fut une des causes les plus importantes de la crise de début, et pourtant les Sociétés concessionnaires ne pouvaient pas attendre; outre lPobligation d’entreprendre immédiatement une exploitation méthodique, elles devaient s’acquitter des charges financières imposées. Comment fallait-il tourner la difficulté? Parmi les solutions proposées tant par les Sociétés concessionnaires que par les publicistes s’occupant des questions coloniales, une surtout mérite d’attirer notre attention : c’est celle du travail forcé.
Cette théorie du travail forcé fut très développée en 1901 et en 1902; tous ses partisans la présentent d’ailleurs comme conforme à l'intérêt bien entendu des indigènes, et en 1901, un administrateur délégué de la Compagnie de la Haute-Sangha y voyait « le salut pour les concessions et un bien pour le noir ». Les plus acharnés voulaient tout simplement revenir à l’esclavage : M. Colrat de Montrozier le préconisait dans le Haut-Oubangui, où nous nous substiturions aux traitants arabes pour l’achat des esclaves. D’ailleurs cet esclavage ne serait pas perpétuel : On laisserait à l’administration le soin d’y mettre un terme quand il lui semblerait bon.
D’autres ayant remarqué qu’au Congo l'esclavage du noir au profit du noir était particulièrement doux en concluait qu’au profit du blanc il serait encore plus doux (1).
Plus modérés étaient ceux qui préconisaient un servage laissant au noir la disposition pleine et entière des fruits de son travail, lui permettant ia vie de famille et l’astreignant seulement à la résidence et à un travail modéré (2).
(D Capitaine Renard : La Colonisation au Congo francais, Paris, 1901.
(2) M. Leroy-Beaulieu : La Colonisation chez les peuples modernes.