‹ Les Grandes Concessions: Au Congo FrançaisChapitre 33 sur 89 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

portés, des Chinois, par exemple, se contentent de peu et ne dépensent presque rien du fruit de leur travail; à la fin de leur engagement, ils se font rapatrier pour la plupart en emportant leurs économies chez eux. Non seulement tout est à recommencer au point de vue recrutement, mais encore il y a une diminution sensible dans le capital d'exploitation de la colonie.

Autre péril : devant ces travailleurs facilement recrutés, que deviendront les noirs congolais? Ne leur étant d'aucune utilité, ils seront délaissés par les Sociétés concessionnaires qui les laisseront croupir dans leurs habitudes primitives, et ces Sociétés concessionnaires se trouvant en tout ou en partie dans le bassin conventionnel, seront anisi amenées à négliger les prescriptions des actes de Berlin et de Bruxelles. Quelle source de nouvelles complications pour elles!

Cependant la combinaison est ingénieuse et le gouvernement métropolitain ne fut pas loin d'y recourir. En 1907 un projet de décret fut rédigé en ce sens; quelque temps plus tard, une clause de la convention passée le 18 juillet 1910 entre le département des colonies et la Compagnie concessionnaire N’Goko Sangha autorisait cette dernière à introduire dans ses plantations des travailleurs étrangers. Félicitons-nous cependant de ce que la mesure n’ait pas

été étendue à toute la colonie.

Il vaut mieux, à notre avis, s’en tenir aux maigres ressources manouvrières que nous possédons, elles ne peuvent manquer de s'améliorer si l’administration use de son influence morale auprès des indigènes et si les Sociétés concessionnaires rémunèrent suffisamment le travail fourni par eux. M. Challaye n’a-t-il pas reconnu lui-même que les noirs commençaient à travailler « volontairement » quand leur travail est « honnêtement et suffisamment rémunéré ». Il ne faut donc pas désespérer de leur perfectibilité.

Les populations de la côte et celles du Haut- Oubangui nous fournissent des travailleurs sinon irréprochables, du moins d’un rendement appréciable. Pourquoi? Le contact des Européens pour les uns, des traitants musulmans pour les autres, a éveillé chez eux des besoins inconnus du reste des populations congolaises à qui une nature généreuse fournit tout ce qui leur est nécessaire, mais « leur activité peut être tout au plus stimulée par le désir de se procurer des armes, des ornements, une femme (1) ».

D'autre part, la population disponible s’est accrue de ce fait. Autrefois, les transports administratifs

(1) Etienne Richet, op. citat, Notre œuvre au Congo, Paris, 1910.

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