‹ Les Grandes Concessions: Au Congo FrançaisChapitre 48 sur 89 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

étaient leur propriété et qu’elles faisaient « acte de production », tandis que les commerçants libres achetant pour revendre ne faisaient qu’ « acte de commerce ».

Puis, le commerce libre n’avait pas complètement disparu de notre Congo, les actes de 1899 n’ayant pas interdit l'existence de factoreries ambulantes séjournant dans les villages indigènes et dans les dépendances du domaine publie et y échangeant contre du numéraire des produits manufacturés européens. En 1906, il entrait pour moitié dans les échanges effectués et, par suite du développement de l’usage de numéraire, il ne pouvait manquer de s’accroître; or, sous l'influence de l’administration et dans leur propre intérêt, toutes les Sociétés tendent à payer de plus en plus leurs travailleurs en espèces. Ce mouvement sera général quand l’exploitation des territoires concédés aura pris un tel développement qu’elle nécessitera l'emploi d’équipes d’indigènes travaillant régulièrement et habitués au paiement en numéraire; les noirs trouveront alors dans le commerce libre des ressources d'autant plus appréciables que la concurrence grandissante amènera Ja baisse des prix.

2° Le régime concessionnaire repose sur la spoliation et l'oppression des indigènes.

Au dire des adversaires du régime, l'Etat en octroyant aux Sociétés concessionnaires la majeure partie du Congo a dépossédé les anciens habitants du pays de leurs propriétés collectives; il est arrivé à ce résultat par l’exagération de la notion des terres vacantes.

Bien plus, les Sociétés concessionnaires mises injustement en possession des territoires appartenant aux indigènes ne respectent pas les prescriptions des actes de Berlin et de Bruxelles relatives à l’amélioration des conditions matérielles et morales d’existence des indigènes; elles ne peuvent arriver à un. résultat qu’en les contraignant au travail; les agents des Compagnies se procurent communément l’ivoire et le caoutchouc par les razzias, les vols à main armée, les menaces, les crimes même; ils rémunèrent les noirs en marchandises qu'ils évaluent à 200, 300, 400 fois leur valeur réelle. Le système aboutit donc à la spoliation et à l’oppression de l’indigène.

Prétendre qu’il n’y a pas au Congo de terres vacantes, c’est exagérer. Son immense superficie est couverte par une population à densité extrêmement faible, à telle enseigne, que M. Challaye, membre de la Mission de Brazza en 1905, un des adversaires

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