CHAPITRE vi
l'indemnité. La Compagnie N’Goko-Sangha ayant eu à souffrir des agissements des Maisons John Holt, Hatton et Cookson, obtenaient, en référé, l’autorisation de saisir-arrêter 603.000 francs sur les sommes restant dues à ces deux Maisons; la mainlevée de cette saisie-arrêt était consentie par la N’Goko- Sangha, le 20 avril 1910, à la suite des négociations engagées en vue de la création d’un consortium franco-allemand.
Ainsi, malgré la ferme attitude montrée au début de cette affaire par nos ministres des Affaires étrangères, MM. Delcassé et Rouvier, la campagne anglaise était en partie couronnée de succès. Les désintéressés défenseurs des noirs congolais transigeaient avec leurs principes, grâce à d’appréciables avantages pécuniaires, et témoignaient toute leur gratitude à M. Morel en lui offrant un bijou de prix et un chèque de 100.000 francs (1).
Un peu plus tard, à la tribune de la Chambre, un député, mettant ses collègues en garde contre cette alliance des principes moraux et des affaires, disait: « Il y a dans ces Sociétés (les Sociétés humanitaires) des hommes admirables que je respecte et aussi
(1) Ce qui n’a pas empêché ce M. Morel d’être condamné pendant la guerre pour propagande défaitiste.
que je vénère, mais à côté de ces hommes de sentiments élevés, il y a des habiles qui savent mettre en valeur cette heureuse alliance de la philanthropie et des intérêts commerciaux. » (Journal officiel, 5 avril 1911.)