CHAPITRE VII
La campagne française
contre les Sociétés concessionnaires
Certes, la création des Sociétés concessionnaires, en 1899, n’avait pas été approuvée unanimement en France, les socialistes notamment ne pouvaient pardonner à nos concessions de reposer sur des Sociétés de capitaux; mais les critiques n'étaient qu'isolées et n'avaient pas pris l'ampleur de la campagne anglaise, lorsque des crimes odieux, commis en 1903, à Fort-Crampell, par deux fonctionnaires, l’un administrateur, l’autre commis des affaires indigènes, attirèrent l’attention du grand public sur notre colonie, attention d’autant plus grande qu'ils s'étaient déroulés dans une région presque inconnue, mystérieuse pour beaucoup d’où les renseignements étaient longs à parvenir, en raison de l'éloignement et du manque de moyens de communication.
Devant cet état de chose, et pour rassurer l’opinion, le Gouvernement chargea une mission spéciale dirigée par M. de Brazza d’enquêter sur les faits, d'étudier de près l’organisation administrative ct financière de notre colonie et de rechercher les moyens les plus pratiques d'amélioration du sort des indigènes; subsidiairement elle devait s’occuper des Sociétés concessionnaires.
La mission fit preuve d’une activité très grande; malheureusement, elle revint en France privée de son chef, M. de Brazza ayant été débarqué mourant à Dakar. À ce moment même, se déchaînait en France une campagne parallèle à la campagne anglaise et lui empruntant ses arguments. Comme en Angleterre, les publicistes, la presse, les parlementaires y prennent une part ardente; deux ligues de protection, l’une française (1906), l’autre internationale (1908) ont leur siège social à Paris et se posent en protectrices de l’humanité noire.
Rien de ce qui se passe au Congo n’échappe aux attaques du Courrier Européen et à la plume de trois publicistes, MM. Challaye, Paix et Mille : on n'aurait plus reconnu dans ce dernier l’auteur du « Congo belge » publié en 1899; 5 ans avaient transformé un des plus ardents promoteurs du régime concessionnaire dans notre Congo en un de ses adversaires les plus systématiques et les plus outranciers.