‹ Les Grandes Concessions: Au Congo FrançaisChapitre 53 sur 89 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Mais ce fut surtout M. Challaye qui instruisit le procès des Sociétés concessionnaires dans « les Cahiers de la Quinzaine » et dans son ouvrage paru en 1909, « le Congo français, la Question internationale du Congo » ; il puisait dans sa qualité de membre de la Mission de Brazza une autorité et une compétence qui en faisaient véritablement le chef de la campagne française : celle-ci, outre les critiques anglaises, trouva des armes dans les documents publiés par M. Challaye, dans « les Cahiers de la Quinzaine » (1), à la mémoire de Savorgnan de Brazza et à la suite de sa mission.

Loin de travailler à la prospérité future du pays, les Sociétés concessionnaires en diminuent peu à peu les richesses et finissent par les anéantir. Rien n’a été fait pour la domestication des éléphants et livoire est en train de disparaître, par suite de la chasse incessante qu’on leur a donnée. Le caoutchouc disparaît aussi car c'est le système de la rafle qui est employé « et par les indigènes pressés d’avoir terminé leur corvée, et par les employés des Sociétés pressés de toucher leur part de bénéfices ». La condition de replantation imposée par les actes organiques n’a été respectée par aucune

(1) Félicien Challaye : « Le Congo français », Cahiers de la Quinzaine, 25 février 1906.

Société, les unes prétendent avoir fait des essais infructueux, d’autres, plus sincères, ne font figurer les plantations à leur actif que pour la somme de 1 franc. Dans ces conditions, les exportations et les bénéfices des Sociétés ne peuvent qu’aller en augmentant jusqu’au jour où le pays dévasté ne rendra

plus.

La mise en valeur du pays étant négligée, l’amélioration matérielle ‘et morale du sort des indigènes l’est aussi. Les noirs, mal rémunérés, ne s'engagent pas dans les Sociétés concessionnaires; celles-ci les contraignent par la violence au travail, leur attribuant un salaire insuffisant; partant de ce principe que le latex leur appartient, elles ne paient aux indigènes que le temps de travail nécessaire à sa récolte, sans se préoccuper des conditions parfois très défavorables de celle-ci résultant du déplacement des indigènes,

Cette faible rémunération est encore diminuée de ce fait que les Sociétés concessionnaires paient en marchandises et non en numéraire. Or, ces marchandises sont souvent évaluées à 300, 400, 500 0/0 de leur valeur réelle. « Dans les environs de Bangui, le sel, marchandise tellement aimée des indigènes, qu'on peut le considérer comme une sorte de monnaie, est évalué à environ 5 francs le kilo, alors qu’il revient à 1 franc, 1 fr. 25, frais de transports com-

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