CHAPITRÉ VII
pris (1). » Les Sociétés concessionnaires ont donc tout intérêt à ce que l’usage du numéraire ne se répande pas dans le pays; elles s’y opposent par tous les moyens, contrevenant ainsi aux actes internationaux. Aussi, les indigènes, découragés par ces agissements, se refusent au travail. L’énumération que nous donne M. Challaye des atrocités commises par les agents blancs et noirs des Sociétés nous indique suffisamment comment ils font du caoutchouc; le résultat fatal est celui-ci : les indigènes se révoltent. Ainsi, en 1904, dans la région du Haut-Chari, les Bidigris, à la suite d’exactions de toutes sortes, entr'autres l’emprisonnement suivi de mort de l’un de leurs chefs, se soulèvent, tuent et mangent vingtsept traitants noirs; l'expédition chargée de punir les fauteurs de cette horrible scène, trouve, dans des cases indigènes, les crânes de ces traitants remplis de caoutchouc, « saisissant symbole exprimant bien la véritable cause de ces cruelles et légitimes révoltes » (2).
Ce sont ces exemples qui, multipliés par M. Challaye, à l’appui de ses dires, firent le fond d’une
(1) Félicien Challaye : « Le Congo français », Cahiers de la Quinzaine, 25 février 1906.
(2) Félicien Challaye : « Le Congo français », Cahiers de la Quinzaine, 25 février 1906.
série de conférences, à Paris et en province. L’opinion publique sollicitée quelque temps auparavant par les crimes commis par les agents de ladministration, était de nouveau par ceux des agents des Sociétés concessionnaires. Le mouvement s’étendit au Parlement, et les séances de la Chambre des députés des 19, 20 et 21 février 1906 furent consacrées à des interpellations dont nos Sociétés concessionnaires firent les frais (1); les armes fournies par M. Challaye ne manquèrent pas d’être employées : les Compagnies diminuent les richesses du pays ; elles ont des torts très graves vis-à-vis des indigènes « pressurés » et par les agents du fisc et par les agents des Sociétés. (Le Hérissé.) M. Caïllaux leur fait un grief de ce qu’elles contraignent les noirs au travail. « Les Compagnies, pressées de s'enrichir, exigent que les agents aïllent vite, très vite, qu’ils fassent travailler l’indigène le plus possible. » On ne se préoccupe pas de lui créer des besoïns. Il signale ensuite les inconvénients du procédé de la rétrocession en matière d'impôt qui, non seulement fait participer les Compagnies à un acte de souveraineté; mais encore les y intéresse : « L’indigène fournit, à titre d'impôt, une quantité de caoutchouc
(1) Journal officiel des 20, 21, 22 février 1906 : Interpellations de MM. Rouanet, Le Hérissé, Hubert, Caillaux.