‹ Les Grandes Concessions: Au Congo FrançaisChapitre 6 sur 89 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

vre suffisante? Des familles françaises s’y établissant pourraient-elles tirer parti des richesses naturelles par une exploitation judicieuse? Non, l’Européen ne peut pas s’y installer à demeure pour s’y livrer à un travail pénible; il serait vite la proie de ces terribles maladies, paludisme, fièvre jaune, que propagent les moustiques, sans compter la mystérieuse maladie du sommeil. Pourtant l'utilité d’établissements agricoles et industriels au Congo est indiscutable pour « l'exploitation de certaines richesses qui ne se rencontrent que dans des régions tropicales et qui y constituent un monopole naturel (1) ».

Ce sont là des difficultés réelles, difficultés qu'ont essayé de résoudre les promoteurs du régime concessionnaire. Y ont-ils réussi? Nous pensons que oui, surtout si nous le comparons aux modes d’exploitations qui l'avaient précédé.

PARAGRAPHE II Le commerce libre au Congo avant le régime concessionnaire. Dans les régions où certaines richesses sont € un

monopole naturel », il faut, semble-t-il, que la puissance publique ne se désintéresse pas complètement

(1) M. Leseur : Cours professé à la Faculté de Droit de Paris, année 1911-1912.

de l'exploitation de ces richesses; il faut au contraire qu’elle intervienne auprès des exploitants pour que ceux-ci, ne suivant pas leur propre intérêt, ne se livrent pas à une exploitation désordonnée et provoquent ainsi, dans un temps plus ou moins éloigné, la ruine certaine du cercle où ils opèrent. Or, ce système de la « rafle » a été appliquée autrefois au Congo; des commerçants, pour la plupart étrangers, y drainaient le caoutchouc que leur apportaient les indigènes qui, trop inconscients pour songer à l’avenir, coupaient des arbres ou des lianes au lieu de les saigner; de sorte qu’à un moment donné, ce mode d’exploitation ne rendant plus, et pour cause, les commerçants se déplaçaient pour soumettre une région voisine au même régime épuisant.

Depuis longtemps déjà, notre Congo était la proie de ces commerçants « peu scrupuleux, cyniques ou inconscients (2) ». En 1878, M. Levasseur écrivait : « Le commerce y est (au Gabon) entre les mains des noirs de la côte qui font l'office de courtiers et qu’on désigne sous le nom de Jacks-Jacks. En général, les navires européens déposent sur la plage leur pacotille (tissus de coton, fusils, poudres, eau-de-vie, tabac, verroteries, poteries, quelques confections communes etc.) et les confient à ces courtiers qui vont

(2) Lefébure, Thèse de doctorat, Paris, 1904, p. 41.

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