CHAPITRE ViIt AA
ont été les premiers pionniers de notre œuvre dans l'A. E. F. (). » Pourtant, dans cette même profession de foi, M. Cosnier se pose en partisan résolu du commerce libre. Même note chez un de ses concurrents, M. Paul Bourdarie : « Le régime concessionnaire est un fait avec lequel il faut compter. Si j'ai critiqué jadis soit sa trop grande extension, soit ses erreurs ou même ses fautes, je n’ai pas discuté son principe : aussi bien l'application de ce régime a-t-elle avancé l'exploitation du Congo (2). »
Donc, il n’est pas douteux que les Sociétés concessionnaires aient brusqué le développement économique du pays, mais, reprennent leurs adversaires, c’est au détriment du pays lui-même dont l’avenir est compromis; cette assertion est fausse pour la plupart des Sociétés. Nous avons déjà vu qu’elles ont effectué dans la mesure possible les replantations de caoutchouc auxquelles elles étaient astreintes; elles ne se sont pas tenues à l’exploitation raisonnée de ce seul produit. On constate dans la zone maritime des plantations de tabac, de cacaoyers (Contrat de résiliation du 10 septembre 1911 passé entre l’administration et la Société des factoreries de N'Djolé. Certaines Sociétés de la Haute-Sangha
(1) Journal officiel de l'A. E. F., 1* avril 1913. (2) Journal officiel de l'A. E, F., 1° avril 1913.
se sont consacrées à l'élevage et font pacager sur leurs territoires du bétail venant du Tchad.
Quant aux rapports existant entre les agents des Sociétés et les indigènes, ils n’ont jamais été empreints des caractères de violence qu'y ont vus M. Challaye et ses amis; au contraire;,la plupart mettent tout en œuvre pour se les attacher, apprenant leurs dialectes, ouvrant des écoles; quelques Sociétés ont même apporté leur concours à l’administration dans la lutte contre la maladie du sommeil (3). Les reproches que l’on a faits aux Sociétés concessionnaires de s’être opposées à la diffusion du numéraire sont plus fondées: quelques-unes ont continué à pratiquer le troc, mais d’autres, comprenant tous les avantages qu’elles auraient plus tard lorsque les indigènes seraient familiarisés avec l’usage de la monnaie, ont commencé dès 1906 à rémunérer régulièrement leurs travailleurs en argent; le salaire est en moyenne de 0 fr. 80 par jour; il est librement débattu et librement consenti de telle sorte que l’engagé n’est nullement sous la dépendance de son en- -gagiste; d'autre part, c’est un salaire normal étant donnés les conditions d’existence et le rendement en
(3) Discours prononcé par M. Merlin à l'ouverture du Conseil de gouvernement de l'A, E. F. à la séance ordinaire d’octobre 1911 (Journal officiel de l'A. E. F.).