CHAPITRE X
contrée particulièrement riche en caoutchouc et en ivoire (1) ». Le système de la rafle y était si cyniquement pratiqué qu’un agent allemand conseillait ainsi un de ses collègues : « La situation ne durera pas longtemps, profitez du moment ét ramassez ce que vous pourrez. » Ceci a été reconnu non seulement par M. Fourneau, commissaire général par intérim, le 4 août 1906, le Lieutenant Gouverneur du Gabon le 7 septembre 1906, le Ministre des Colonies et le Ministre des Affaires étrangères, mais encore, en 1911, à la Commission du budget, par M. Violette, adversaire avéré des Sociétés concessionnaires.
Il fallait donc agir au plus tôt et le plus énergiquement possible; malheureusement on ne fit rien pour mettre un terme à ce lamentable état de choses; ainsi « nous avions, par notre inertie, notre indifférence, notre négligence, éveillé toutes les convoitises, justifié toutes les espérances de concurrents avisés, laissé prendre à l'Allemagne une hypothèque de fait, ouvert la voie aux exigences qui bientôt allaient se manifester (1) ».
Mais la Compagnie concessionnaire N’Goko Sangha, sur le territoire de laquelle on avait constaté la présence d'environ 35 factoreries allemandes, ne
(1) Cité par M. André Tardieu.
(1} M. André Tardieu, op. citat,
pouvait pas se contenter d’une solution négative et laisser passer ces agissements sous silence. Elle saisit de ses justes réclamations le gouvernement métropolitain qui ne fit rien pour sauvegarder ses droits; aussi, de guerre lasse, entreprit-elle de les soutenir devant les tribunaux de Hambourg. Seulement les rapports précis du capitaine Cotte étaient au Ministère des Colonies; ni la Compagnie ni le Ministère des Affaires étrangères n’en reçurent communication; le procès avait donc peu de chances de réussir. De plus, M. Pichon, Ministre des Affaires étrangères, donna à nos compatriotes l’avis très bref de ne pas poursuivre leurs instances.
L'affaire serait donc restée en l’état si la Commission des affaires extérieures de la Chambre des Députés ne s’en était pas émue. En 1908, une Sous- Commission fut chargée d'examiner la situation, et, au mois de décembre, la Commission des Affaires extérieures: adopta ses conclusions en ce sens :
a) Le principe de la réclamation de la N’Goko Sangha était justifié par « l’apathie, l’inertie, l’impuissance administrative et gouvernementale », Nos nationaux devraient être désintéressés. « Par ces motifs, la Commission des Affaires extérieures et. coloniales vous propose :
b) « en admettant le principe d’une indemnité pécuniaire à accorder à la N’Goko Sangha en répa-