I,A COHTESSK AIMERY DE LA ROCHEFOUCAULD
NKK MAILLY
Blonde, svelte, élancée, une grâce élégante de haute patricienne, des cheveux splendides qui glissent, dénoués, en ondes dorées sur le marbre des épaules, pour venir caresser les petits pieds de Cendrillon ; des yeux d'azur dont la sereine lumièi'e semble enfermer un morceau d'infini : telle est la comtesse Aimery de La Rochefoucauld : une reine et une déesse.
Quand, il y a deux saisons, elle apparut au bal de la princesse de Sagan, costumée en Minerve, — une Minerve de la cour du Grand Roi — son corsage de statue enfermé dans une cuimsso de pierreries, ses cheveux glissant en long flottement d'or sous lo casque étincelant où le hibou symbo-
lique jetait par ses yeux jaunes une poignée de rayons, à sa main blanche le sceptre de la beauté, il n'y eut qu'un cri devant son olympienne splendeur.
La pureté de son regard bleu défendit de la comparer à la duchesse de Châteauroux, son aïeule. On la rêva, non sur les marches du trône, mais sur le trône même, et Ton revit dans cette éblouissante apparition une ressouvenance de la plus belle des reines.
Jamais costume ne fût mieux approprié. Trop chaste pour mettre à son corsage les roses de Vénus, Minerve, la déesse sage et fière, était la seule qu'ellepût personnifier.
Fraîche comme une rose de mai, la comtesse Aimery restera, au souvenir de nos petits-neveux. Tune des plus jolies femmes de notre génération. Si elle a créé autour d'elle un cadre digne de la plus gracieuse des reines, de la blonde martyre qu'elle adore en son cœur, elle en est elle-même la radieuse image. Ses cheveux possèdent cette merveilleuse couleur « cheveux de la reine», qui fut l'un des charmes les plus enchanteurs de Marie-Antoinette. Son profil, pour être moins accentué que celui des Habsbourg, n'en conserve pas moins en sa grâce exquise quelque chose de Taltière majesté d'une race impériale.
Avec cela la bonté, la douceur, l'affabilité même.
L COMTESSE ÀINERY DE LA ROCHSrOUCAVLn
Quelque chose, dans ses manières et son accudi, de cette politesse des cours aujourd'hui perdue. Aussi elle est adorée de tous ceux qui l'approchent. Chose rare, belle comme elle l'est, elle a peu d'ennemis. Son charme profond a de si touchantes délicatesses, qu'il s'empare de tous, et la malignité s'émousserait à cette enveloppante douceur.
Ses réceptions, très élégantes, sont fort suivies. Elles gardent, la plupart du temps, un caractère presque intime, qui emprunte au cadre charmant et original qu'elle leur a donné une élégance suprême. Son hôtel, en effet, dont l'étrange arrangement possède une originalité saisissante, est l'un des plus curieux que l'on puisse décrire.
Une débauche de rouge, tout d'abord, un éclat infernal qui étonne et stupéfie dès l'entrée ; le vestibule, l'escalier, tout est tendu de peluche flamboyante sur laquelle se détache une vraie galerie de tableaux, et que coupent, aux paliers, les tentures drapées de vieilles tapisseries. Cela fait songer à l'immense brasier de quelque féerie, dans les flammes duquel danse la fantasmagorie de toute une épopée artistique.
A l'entresol sont les appartements particuliers, qui demeurent fermés. Au premier étage, la grande galerie et les salons. Ici du rouge encore, et, ce qui est très spécial, une suppression absolue des portes, remplacées par des portières
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soulevées, dans le rayonnement des cadres gigantesques aux immenses feuillages d'or.
Ces vieux cadres, trouvés dans les palais de Venise par le comte Aimery, lors de son voyage en Italie^ ainsi appliqués à Tameublement, sont une trouvaille étrange et magnifique.
Mais prenons par ordre : l'appartement se compose d'un premier salon, d'un boudoir, de la galerie, d'un autre salon et de la salle à manger.
Le premier salon est tendu de peluche rubis. Des statues vénitiennes de bois sculpté servent de lampadaires, répandant leurs gerbes d'or le long des murs, presque disparus sous les tableaux. Ici un Salvator Rosa; en face, la maréchale de Mailly et, lui faisant pendant, sa belle et royale amie. M™" Louise de Savoie, comtesse de Provence ; vis-à-vis, une autre dame de Mailly, princesse de Montbei
Ce salon sert d'antichambre à la salle à manger, toute tendue de soie grenat sombre, sur laquelle resplendit encore le rutilement des consoles d'or et des grands cadres qui sertissent les portes. Un boudoir lilliputien se niche de côté, blotti contre la galerie à laquelle l'unit l'arc d'une grande baie arrondie, crevée dans le vide d'un cadre gigantesque. Ici, tout est Louis XV : les peintures du plafond, la soie des tentures, les meubles coquets et le ton rococo. C'est un recoin charmant et très