‹ Les grandes dames d'aujourd'huiChapitre 17 sur 51 · L\ BARONNE DE POILLY · texte numérisé non relu

L\ BARONNE DE POILLY

du Hallay-Coëtquen, ce célèbre qui, en France, tint un peu le rôle du comte de Sandor en Autriche, et demeurera légendaire dans les annales de la bravoure. Gentilhomme de flère race, — le dernier de sa race et l'un des plus brillants, — on pourrait dire que sa maison s'éteignit en lui comme les nobles maisons doivent s'éteindre : en leur plus éclatant apogée — si toutefois le marquis du Hallay n'avait laissé son nom et ses titres à son petit-fils, le second enfant de M"** de Poilly ; œ qui promet encore une lignée glorieuse à ce sang illustre.

Les du Hallay-Coëtquen sont de souche souveraine. Ils descendent très directement des rois et ducs de Bretagne. Jean de Coëtquen eut l'insigne honneur d'amener au roi Louis XII sa fiancée, la reine Anne, et de participer au contrat qui unit le royaume de Bretagne à la France.

Le marquisat des du Hallay date de Henri III. Plus tard une alliance avec les Sévigné absorba la dernière goutte de sève decette maison illustre. Sans doute cette sève est passée en grande part dans les veines de celle qui, aujourd'hui, résume pour ainsi dire en sa personnalité gracieuse la race glorieuse dont elle est Tune des fleurs les plus éclatantes: — rose superbe, aux couleurs de pourpre, éclose au vieux tronc séculaire, que teint le sang des héros, et l'une des plus belles fleurs

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du parterre héraldique du beau pays de France.

Le marquis du Hallay , mort naguère, débuta dans la vie par cette école chevaleresque qui, sous la Restauration, forma les derniers gentilshommes. Officier aux grenadiers à cheval de la garde royale, il fut Tun des brillants représentants de cette génération, aujourd'hui disparue. Ses duels le rendirent célèbre au temps de sajeunesse, et sa réputation de bravoure retentit dans toute l'Europe. Chateaubriand Timmortalisa dans ses Mémoires d'outretombe par Toraison funèbre de ce regret : « C'est, dit-il, le dernier des Coëtquen-Chateaubriand ! »

Et le regret du poète est une apothéose.

En son âge mûr, ayant suffisamment « fait ses preuves», le marquis du Hallay devint l'arbitre de l'honneur après avoir été son champion. Combien € d'affaires » arrangea-t-il , tout en sauvegardant les intéressés ! La parole de ce grand batailleur était suffisante aux plus difficiles ; et aujourd'hui même qu'il n'est plus, son opinion formulée sur un point litigieux vaut celle de Châteauvillard.

Il a emporté dans sa tombe ce code sacré de la chevalerie rju exhument en vain de faux gentilshommes et les bretteurs de profession qui, prétendant se substituer à la vieille aristocratie française, n'en sont pas même les ombres !

Le marquis du Hallay épousa en premières noces sa petite-nièce, et c'est un même sang qui

coulo dans les veines de sa fille Aiiuette, aiyourd'hui baronne de Poilly.

D'un second mariage avec une comtesse du Cbimay, il eut trois autres filles: la baronne de Colobria, la vicomtesse Bresson et la comtesse Amelot de Chaillot.

M"* Annette du Hallay-Coetquen lut mariée de très bonne heure au comte de Brigode. Elle en eut deux fils et une fille. Sa fille, belle comme elle, et non moins originalement belle, lui fut enlevée à l'âge do dix-huit ans, et ce fut la plus grande douleur de sa vie. Son fils aîné, le comte de Brigode, a épouse M'" do Gramont, fille du duc; le second, je l'ai dit, a hérité, de par la volonté de son grandpère, des noms et titres des du Halley-Coetquen.

Demeurée veuve de fort bonne heure, M"" de Brigode épousa le baron de Poilly.

- Cette fois, le mariage de la jeune veuv.e fut un mariage d'inclination. Les convenances des deux parts s'alliaient d'ailleure en tous points à. cette inclination : fortune, élégance, distinction, goûts et sympathies se trouvaient d'accord. Malheureusement tout ce qui est bonheur ressemble aux rêves et ne saurait vivre que l'espace d'un mirage. Au bout de deux ans le baron de Poilly fut enlevé à l'affection de sa femme, et ce fut poijr elle un chagrin profond et violent — presque aussi profond et aussi violent que celui que lui causa

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plus tard la mort de Tenfant chérie, sa fille unique.

Le trait spécial de la baronne de Poilly, comme de toutes les femmes réellement supérieures, est la « personnalité » . On peut ajouter qu'elle est « une personnalité » en ce monde si correct et si policé, où tous peuvent passer sous la même mesure — où, si le terrible brigand mythologique existait encore, tous pourraient être ajustés au même lit sans que Procuste ait à couper ni pieds ni têtes.

Et ce sentiment absolu de personnalité — d'originalité, si Ton peut dire — se traduit chez la baronne en toutes choses, en elle et autour d'elle, en ses actes et en son existence.

Originale, oui certes ! Et ce mot n'a rien de choquant alors qu'il s'agit de l'une des plus gracieuses femmes de notre époque et de Tune des plus accomplies. Originale dans le mélange curieux d'aristocratisme et d'indépendance qui fait le fond de son caractère — indépendance au nom de laquelle elle bannit les préjugés ridicules, qu'elle apporte à la non-banalité de ses relations et à réclectisme de son salon ; non pas aux choses qui doivent être respectées, ni aux lois justes, la base de toute société. Originale dans la liberté de son jugement, dans son amour de l'art, qui est pour elle la première des aristocraties, dans la fidélité de ses amitiés et jusque dans la rancune qu'elle sait

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